#AmericanDream, épisode 3: la coopération capitaliste, c’est possible?

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Sur cette exploitation américaine du Dakota du Nord, le parc matériel s'amortit sur 5400ha.

14/08/2017 - 12:00

Martin Roquet est fils d’agriculteurs finistériens. Avant de s’installer, il réalise son rêve: découvrir l’agriculture nord-américaine en travaillant pendant plus de 8 mois sur une exploitation dans la vallée des Sioux, dans le Dakota du Nord. Au menu: maïs, soja et blé sur… 5.400ha. Entraid publie son journal de bord, en exclusivité. Aujourd'hui, ce fils de cumistes convaincu analyse la coopération "à l'américaine".

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La Rédaction vous propose d’en savoir plus sur ces 8 mois de découverte de l’agriculture américaine aux côtés de Martin Roquet :

#AmericanDream, épisode 1 : le rêve américain d’un futur agriculteur

#AmericanDream, épisode 2 : un autre monde

#AmericanDream, épisode 4 : road-trip à la recherche de Lucky Luke

#AmericanDream, épisode 5 : le pays de la liberté… de tout faire ?

#AmericanDream, épisode 6 : ma ferme «à l’américaine» ?


« Une idée reçue : “chez les Américains, c’est chacun pour soi”. En fait c’est plus compliqué que ça: ici, les agriculteurs savent s’organiser, sont plus nombreux et savent s’adapter aux marchés.

Ici, les coopératives ont le droit de s’associer entre elles afin de stopper les ventes de grain sur le marché en attendant que les prix remontent à un seuil qu’elles auront prédéfini. Et le jour où le prix dépasse ce seuil, les agriculteurs se bousculent sur les routes au volant de leurs camions pour livrer à la coopérative. Le temps que le prix redescende, ils auront tous profité de l’embellie du marché, la tendance est de faire en sorte que tout le monde puisse gagner sa vie, c’est « l’union fait la force ».

En Europe, j’ai l’impression que la tendance est d’essayer de produire moins cher que son voisin pour être plus compétitif et lui prendre le marché, c’est plutôt « chacun pour soi et dieu pour tous ». Par exemple pourquoi les Etats-membres de l’Union européenne n’ont-ils pas réussi à se mettre d’accord sur ce même modèle pour le cas de la production laitière? Les Américains ne souhaitent qu’une chose: l’implosion de l’Europe afin de peser davantage sur le marché mondial.

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Certaines entreprises ont bien compris qu’il y avait de l’argent à gagner: ce sont les Custom Harvesters. Ces gars font 5 mois de moisson avec les batteuses en démarrant à la frontière mexicaine et en remontant progressivement jusqu’à la frontière canadienne (l’équivalent d’un trajet Gibraltar-Lille) et font de même avec le matériel de semis.

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Des moissonneuses-batteuses voyageuses.

C’est la raison pour laquelle je suis persuadé de l’avenir des cuma et notamment des intercuma qui mutualisent les matériels de semis et récoltes en les faisant migrer d’une région à une autre. Il y a par exemple, un réel potentiel en France entre le grand Ouest et les pays au sud de la Loire! Entraid l’a plusieurs fois démontré.

Les agriculteurs n’hésitent pas à optimiser le matériel et donc les capitaux aux maximum. En période de semis ou de récolte, ils sont nombreux à faire des journées de 16 heures sans même descendre de leurs machines pour manger le midi, ici ça ne choque personne!

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Martin Roquet en cabine. Les déjeuners se prennent aussi dans le tracteur.

J’ai même lu un article de la presse locale, où deux chauffeurs se sont relayés jour et nuit pendant 5 semaines au moment des semis de printemps pour faire 750h sur le même outil. Certaines exploitations ayant une grosse part de betterave sucrière dans leur assolement récoltent 24h/24 et les chauffeurs bénéficient de primes de saison ainsi que de prime d’intéressement.

La région est ventée ce qui contraint les agriculteurs à souvent traiter de nuit quand les conditions sont optimales. Cet été, nous avons même dû épandre de l’engrais entre 4 et 6h du matin, la seule fenêtre climatique depuis plusieurs jours.

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