La métha fertilise les projets de cuma

Biogaz Organisation des chantiers
La tonne Samson 25m3 trainée par le Fendt de la cuma déploie sa rampe de 24m

Tout le fumier et une partie du lisier des élevages, engagés dans la SAS Métha Ferchaud, transitent désormais via le digesteur. Pour la cuma, c’est plus de transport. Elle s’est aussi rodée à l’épandage de digestat.

08/09/2017 - 12:24

Les agriculteurs, engagés dans la méthanisation à Martigné, sont aussi adhérents de la cuma et, pour la première année complète de fonctionnement de leur unité, ils ont fait appel à leur intercuma pour transporter 6.000m3 de lisier et épandre 9.000m3 de digestat. Pour l’activité épandage de la cuma, cette nouvelle donne lance ou relance des questions d’évolution.

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Trois des associés qui la dirigent, sont au bureau de la cuma la Fourragère. Logique que la SAS Métha-Ferchaud essaie de travailler avec la cuma de la commune. Déjà, le développement des légumineuses que facilite le site de production d’énergie du Bois-rocher (voir épisode précédent), s’intègredans la démarche de GIEE de la cuma ayant pour objet un gain d’autonomie en azote des élevages. Aussi, depuis le démarrage de la fabrication du gaz, la cuma intervient au niveau de la logistique des matières. Elle assure les transports d’effluents (tout le fumier et une partie du lisier) depuis les élevages vers l’unité de méthanisation, puis le transport du digestat et son épandage sur les terres des élevages concernés, au prorata des unités d’azote qu’ils ont apportées au digesteur.

Un produit riche en azote ammoniacal

Et la cuma est même intervenue en amont. «Ils nous ont aussi consultés pour donner un avis sur la conception des nouvelles fosses», se souvient Frédéric Pavy, responsable d’atelier à la cuma. «C’est plutôt une fierté d’avoir à travailler avec cette nouvelle activité, ça fait aussi parler de la cuma.» De plus,  l’arrivée de ce besoin nouveau a consolidé l’activité épandage de l’intercuma(1). «Nous avions un peu de souplesse, maintenant le planning de la tonne est bien chargé.» A la saison, la citerne tourne 23 heures par jour. Quand la fertilisation organique n’est pas possible, le matériel n’est plus totalement au chômage puisque des transferts de lisier vers la fosse de réception du méthaniseur sont régulièrement nécessaires.

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D’après le salarié de la cuma, le voisinage voit d’un bon nez le changement de produit. «Quand nous avons épandu du digestat, nous avons plutôt des remontées positives des riverains qui trouvent que ça sent moins fort que le lisier.»

La tonne est une Samson avec une réserve de 25m3 qui alimente une rampe pendillards de 24m avec coupure de tronçon mètre par mètre. «Une autre cuma du secteur travaille depuis pas mal de temps avec un méthaniseur. Nous n’avions pas de crainte que ça ne fonctionne pas techniquement.» Le tarif de l’épandage du m3 de lisier, facturé à près de 1,10€ (auquel s’ajoutent le tracteur et le temps du salarié) vaut aussi pour le digestat. En revanche, pour servir la SAS, la cuma a défini un tarif spécifique au transfert de fosse à fosse (environ 0,90€/m3).

Aux commandes du tracteur ce jour-là, Florian, un autre salarié, confirme: «Le remplissage de la cuve est peut-être un peu plus long». En effet, dans la fosse de stockage du digestat, une épaisse croûte se forme et le produit est plus visqueux que du lisier. Il est aussi plus homogène: le système d’épandage se bouche moins aux dires des opérateurs.

Autre propriété avec laquelle ils doivent composer: la forte propension du digestat à voir son azote s’envoler… Le produit est riche en azote ammoniacal, ce qui le rend plus vite assimilable par les plantes, mais plus volatil. La littérature fait état de pertes d’azote pouvant aller jusqu’à 70, voire 80%, si les bonnes conditions d’épandage ne sont pas respectées. Florian confirme: «Surtout avec le digestat, on fait attention à bien déposer le produit au sol Les pendillards doivent le caresser… Un chantier tout en délicatesse!

Même professionnalisme sur le délai d’enfouissement. Dans le futur champ de colza, le Fendt et sa tonne déposant le précieux fertilisant croisent un déchaumeur au travail. «Il faut enfouir à suivre», insiste Frédéric en manœuvrant l’outil Grégoire-Besson de 5,60m que la cuma est la première à avoir commandé dans la région.

Transport à optimiser

Si l’on compte bien, cela fait donc deux chauffeurs sur un chantier. N’y aurait il pas matière à optimiser? Surtout que la cadence de la tonne change du tout au tout entre des parcelles au pied de la fosse de stockage du digestat et des champs à plus de 10km de là, pour lesquels le tonneau met plus d’une heure à faire le tour. Pourtant, l’idée d’un épandage à l’enfouisseur n’a pas pris. «En fin de compte, ça coûterait trop cher, à cause d’un débit de chantier beaucoup trop faible par rapport à ce que nous faisons aujourd’hui», constate le responsable d’atelier.

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Deux tracteurs dans un champ. Le digestat doit être enfouis sitôt qu’il est sorti de la tonne. Néanmoins, la solution d’une rampe à enfouisseurs n’est pas apparue comme la plus pertinente pour la cuma.

Néanmoins, la logistique des effluents liquides et du digestat sera amenée à évoluer. Même si des organisations ont déjà été mises en place pour optimiser le transport, le premier bilan que peuvent tirer les énergiculteurs, se résume simplement: «Ça coûte trop cher.» Guénaël Hamelin est un des associés. Il est aussi le trésorier de cuma. Il pose l’équation: «Des transporteurs annoncent un coût de l’ordre de 40% moindre», en charriant le lisier en semi-remorque. Si elle juge opportun d’assurer tout le service de transport, la cuma devra donc évoluer, «trouver des solutions pour baisser ses coûts». Rampe amovible? Epandage sans tonne? Fosses décentralisées? Tonne de transport en fibre de verre? Transporteur? Pour l’instant, les hypothèses envisagées pour y parvenir sont plus des questions plus ou moins étudiées, que des perspectives réelles et définitives.

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Éleveur laitier, Guénaël Hamelin est désormais aussi producteur d’énergie, et ça impacte toutes ses productions, y compris végétales.

L’épandage sans tonne, par exemple, est un sujet que les éleveurs méthaniseurs ont déjà exploré. Tant que les conditions sont favorables, «on passe dans le blé avec la Samson», explique Guénaël Hamelin. Autrement, «on peut appeler une entreprise pour de l’épandage sans tonne. On espère investir, nous avons des devis, mais c’est compliqué, il y a toute une installation à mettre en place». De plus, sur colza, le système n’est pas satisfaisant: le tuyau arrache les plantes. «Il faut passer au Quadra-ferti», au tarif de 4€/m3, «sachant qu’il faut amener le lisier jusqu’à la parcelle», résume Guénaël. En prenant en exemple cette question du transport, l’éleveur laitier insiste enfin sur un autre point primordial pour lui: si sa cuma doit évoluer, «il faudra aussi que la réglementation évolue» pour intégrer les nouveaux besoins que génère le développement de la méthanisation.

Un autre fertilisant

Au terme de sa première campagne réalisée avec du digestat, Guénaël Hamelin affiche une satisfaction: son système a gagné en autonomie, sans perdre en efficacité. «Sur une parcelle, j’ai fait un apport de digestat d’un côté et trois apports d’ammonitrate de l’autre. Le résultat des analyses Jubil était le même. J’ai juste réduit mes achats», analyse-t-il, en précisant: «Dans l’état actuel des prix des choses, le système de culture a gagné en autonomie, pas en économie
Quant à un éventuel appauvrissement de ses sols sur le long terme avec la réduction des apports de carbone via l’épandage, le cultivateur se rassure: «Une étude de l’AAMF(2) ne montre pas vraiment d’effet.» Manque de recul ou conclusion définitive? L’avenir le dira. Guénaël Hamelin ajoute: «Après, il faut travailler intelligemment, enfouir les couverts ou les pailles dont on n’a pas besoin pour l’élevage, ou alors apporter autre chose.»

(1)  La cuma de Martigné travaille avec celle de Coesme pour cette activité qui représente 50.000m3 sur l’année.

(2) Association des agriculteurs méthaniseurs de France.

Retrouvez les précédents épisodes:

La ferme apporte lumière et chaleur nouvelles à son territoire

La seconde vie d’un jeune corps de ferme

De la bouse à la lumière

Ne pas confondre poubelle et méthanisation

Méthanisation: l’expérience éclairée de la SAS Métha-Ferchaud

Abriter un système autonome grâce au séchoir

 

Et pour aller plus loin sur l’épandage sans tonne:

La technique est au goût du jour

Les perspectives du sans tonne

La remorque fait fosse tampon

  • Christian

    Bonjour, On se focalise beaucoup sur les méthaniseurs qui sont, pour beaucoup, la seule solution viable permettant la suppression des problématiques liés aux effluents agricoles. Nous développons en pour 2018 un premier projet de en Normandie de valorisation des effluents pour la production d’engrais organique composé de charbon végétal.
    De nombreuses problématiques agricoles seront supprimées. A commencer par la perte d’Azote énoncée dans l’article qui sera maintenue au plus proche du sol à l’aide du charbon végétal et à la rémunération des agriculteurs pour un prix moyen de 10-15 €/T. Nous sommes une des solutions alternatives ou complémentaires aux méthaniseurs.

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