Cécile Foissey, démineuse de conflits

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Cécile Foissey est formatrice, médiatrice et coach.

Cécile Foissey est formatrice, médiatrice et coach.

05/11/2015 - 10:06

Améliorer l’entente dans les groupes et les Gaec, c’est le cheval de bataille de Cécile Foissey. Le métier de médiateur est parfois difficile à assumer. « La médiation impose d’être au contact direct avec le feu. A nous d’être solides, positifs et d’avoir de l’énergie ».

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Une bâtisse rectangulaire, près du centre-ville de Chaumont. Sur la façade grisonnante, des lettres replètes de couleur verte informent le visiteur : « maison de l’agriculture ». Niché au premier étage, un bureau dénote. Une longue fleur collée au dos de la porte, des petites phrases placardées ici et là, des coupures de journaux sur le bureau. Bienvenue dans l’antre de Cécile Foissey, formatrice, médiatrice et coach. Yeux bleus pétillants, sourire aux lèvres, cette jeune quadragénaire travaille depuis une quinzaine d’années à la chambre d’agriculture de Haute-Marne.

« Choisissez un métier que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie », est-il mentionné sur un mur. Ce dicton résume bien son parcours. Son diplôme d’ingénieur agricole en poche, Cécile Foissey a intégré la chambre d’agriculture de Haute-Marne. Un département où elle a rencontré son mari, avec qui elle a eu ensuite trois enfants.

Son premier job : technicienne en élevage laitier. « Je n’étais pas bien dans ce que je faisais. Je ne parvenais pas à changer certains comportements avec des solutions techniques. Certaines résistances étaient plus profondes », raconte-t-elle.

Un raz de marée émotionnel

A cette époque, la Haute-Marne comptait déjà de nombreux Gaec. Une forme d’organisation prometteuse sur le papier, mais qui se révélait fragile. En cause : les conflits entre associés. Pour sa part, Cécile Foissey était en quête d’un nouveau métier. En 2003, elle a rejoint le service « formation » de la chambre d’agriculture. «  J’ai cherché un nom à ce que je voulais faire : c’était médiatrice. La chambre d’agriculture m’a permis de suivre une formation de 12 jours répartis sur six mois », poursuit-elle.

« Les premières médiations ont été les plus dures, car les participants sont venus en dernier recours, suite à de grosses tensions », se souvient-elle. Pas facile de faire face à un raz de marée émotionnel. « Dans la vraie vie, il n’y a pas que la technique, il y a le cœur, le ventre aussi. On ne peut pas travailler qu’avec le cerveau ».

Pour désamorcer un conflit entre associés, Cécile Foissey a sa méthode. Elle écoute tour à tour les personnes concernées, puis les rassemble. « Le médiateur est un régulateur, un facilitateur de la parole. Il fait le sous-titrage, il reformule, il fait passer la parole, il permet aux émotions de s’exprimer positivement, il évite les sous-entendus, les intentions prêtées », résume-t-elle.

Pas de Gaec « à tout prix »

Elle compte désormais une quinzaine de médiations à son actif. Son meilleur souvenir ? « Lorsque j’ai accompagné un groupe dans les Vosges et que j’ai organisé une rencontre avec un groupe similaire en Haute-Marne. Cela a été une formidable expérience de codéveloppement ». Cécile Foissey « aime les gens » et le revendique. Sans pour autant tomber dans l’angélisme. Si la médiatrice croit aux vertus du groupe, source de solidarité et de créativité, elle ne veut pas de « Gaec à tout prix ». « Avant de s’engager en Gaec, il faut bien avoir conscience des gains et des pertes. Ce n’est pas inné de travailler en groupe, tout le monde n’est pas prêt pour ça ». Une médiatrice ne fait pas de miracle. Il ne faut pas lui demander combien elle a « sauvé » de Gaec au cours de sa carrière. « Mon objectif n’est pas d’arriver à un pourcentage !», se défend-elle.  Plutôt de permettre à tous de repartir sur de bonnes bases.

Le métier de médiateur est parfois difficile à assumer. « La médiation impose d’être au contact direct avec le feu. A nous d’être solides, positifs et d’avoir de l’énergie ». Pour éviter de ne rencontrer que des groupes qui dysfonctionnent, la médiatrice organise des formations à l’attention des agriculteurs. En 2010, elle a également suivi une formation de coach. «Cela m’a beaucoup déstabilisée, ce n’est pas la même posture. La médiatrice intervient dans une situation de crise alors que le coach travaille dans la durée, avec une approche plus individuelle ».

Cécile et Marguerite

Cécile Foissey

« Le médiateur est un régulateur, un facilitateur de la parole. Il permet aux émotions de s’exprimer positivement », explique Cécile Foissey.

Ecrire, c’est une autre passion de Cécile Foissey. Depuis 2007, elle tient une rubrique dans l’Avenir agricole et rural, le journal agricole de Haute-Marne. Elle met en scène Marguerite, la vache de Gégé, cet éleveur qu’elle observe avec empathie. La vache s’est enquis d’améliorer le bien-être des humains. Soixante rubriques ont déjà été écrites. « Marguerite a grandi avec moi », témoigne Cécile Foissey.

Réminiscence de sa formation d’ingénieur agricole, Cécile Foissey cultive les métaphores et citations comme d’autres un champ de blé. Elle ratisse le net, stocke tout, puis sème ses trouvailles au gré de ses écrits et rencontres. Une façon de toucher les gens sans qu’ils y prennent garde. « Elle traite les sujets de façon simple mais ça nous prend là, dans le ventre », confie ainsi la secrétaire de rédaction du journal agricole. Cécile Foissey a maintenant dans l’idée de faire un livre qui compilerait tous ses articles.

Communiquer, cela s’apprend

S’il est une personne qui ne lit presque jamais « la rubrique de Marguerite », c’est Jérémy Pettini, agriculteur en Haute-Marne au sein d’un Gaec de huit associés. « Je n’ai pas le temps », avoue ce jeune agriculteur très occupé. Néanmoins, il tient à cultiver une bonne entente dans son Gaec. Il a déjà participé à trois formations sur ce thème. « Dans notre Gaec familial, il y avait un petit conflit de génération. Les anciens étaient beaucoup dans la critique et les jeunes dans l’affrontement. La formation nous a appris qu’il fallait se dire les choses régulièrement. Et à donner la parole à tout le monde ». Ferait-il appel à Cécile Foissey en cas de litige ? « Oui, car elle a les compétences et l’expérience. Seul problème : nous sommes devenus proches pendant les formations, ce qui risquerait de compliquer le travail». Une limite dont a conscience Cécile Foissey : «  la difficulté, en étant du secteur, c’est qu’il faut veiller à garder sa neutralité ».

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