Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra: “La participation des agriculteurs aux projets de recherche est appelée à croître”

Le national
Herve-Guyomard-Inra

Entraid publie dans son numéro de juin 2016 une enquête sur le financement de la Recherche et du développement (R&D) sur les exploitations agricoles. L'interview d'Hervé Guyomard, directeur scientifique de l'Inra, vient compléter ce dossier. 

03/06/2016 - 10:00

La Rédaction a demandé à plusieurs organismes de recherche de quelle manière les exploitants contribuent à les financer, mais aussi comment ces instituts font participer les agriculteurs à la production de savoirs et de référence. Les réponses d’Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra.

Partagez cet article: Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra: “La participation des agriculteurs aux projets de recherche est appelée à croître”

Entraid: Dans quelle mesure les agriculteurs contribuent-ils au financement de l’Inra ?

Hervé Guyomard: Les agriculteurs en tant que tels ne contribuent pas au financement de l’Inra. Parce qu’il est un institut de recherche public, le budget de l’Inra est essentiellement assuré par le contribuable français sous la forme d’une subvention d’Etat.

Ce budget est d’environ 880 millions d’euros et environ 80% de cette somme vient de l’Etat, quasi-exclusivement du ministère en charge de la recherche. Le solde du budget, soit 20%, est couvert par des contrats de recherche avec des institutions publics, nationales (par exemple, l’Agence nationale de la recherche) ou internationales (par exemple, la Commission européenne), des contrats avec des entreprises privées ou encore le produit de la vente des produits des unités expérimentales végétales ou animales.

Entraid: L’Inra fait-il appel directement à des agriculteurs pour produire des résultats ? Comment sont-ils rémunérés/indemnisés ?

Hervé Guyomard: L’Inra a une longue tradition de partenariat de recherche avec le monde agricole : instituts techniques agricoles, chambres d’agriculture, coopératives, etc. C’est dans le cadre de ces relations qu’il est souvent fait appel à des agriculteurs qui acceptent de tester, dans des situations réelles, de nouvelles variétés, de nouvelles pratiques agricoles, des systèmes de production innovants, etc. Toutes ces expérimentations sont régies par des contrats spécifiques qui définissent les conditions d’une éventuelle compensation ou indemnisation.

Par ailleurs, l’Inra entretient des relations directes avec des associations d’agriculteurs, par exemple la Fédération Nationale des Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural (FN-CIVAM) dans un triple objectif de partage des connaissances, d’analyse des besoins et attentes des deux partenaires, et de montage de projets communs pour financement par des institutions tiers. Rappelons en effet que l’Inra n’est pas une agencement de financement, une grande part de son budget étant mobilisée pour assurer les salaires des agents fonctionnaires de l’Institut. Il convient donc de trouver des sources autres de financement pour mener à bien les projets.

Entraid: Cette participation des agriculteurs est-elle appelée selon vous à s’amplifier ?

Hervé Guyomard: La participation des agriculteurs aux projets de recherche est appelée à croître pour au moins deux raisons. D’abord au titre du développement de science et recherche participatives. Ensuite, et de façon liée, parce que la mise au point de pratiques et de systèmes agricoles durables dans les trois dimension de l’économie, de l’environnement et du social, exige des solutions différenciées, adaptées aux spécificités locales. Dans cette perspective, un enjeu majeur est de combiner les informations issues de fermes réelles et de sites expérimentaux mieux contrôlés de façon à dégager les enseignements qui seraient génériques, et donc réplicables, de ceux qui serait plus spécifiques à tel milieu biophysique, à telles conditions climatiques, etc. La révolution des ‘’big data’’ et du numérique en agriculture augmente encore cet intérêt mobiliser des informations de fermes réelles.


Le complément du mensuel Entraid de juin 2016 

Retrouvez tous les compléments du mensuel de juin 2016 sur entraid.com dans notre dossier spécial en cliquant sur l’image.

Recherche et développement R&D dossier tracteur juin 2016 Entraid

Cliquez sur l’image pour accéder aux compléments.

Si vous souhaitez recevoir Entraid’ Magazine : abonnez-vous.


 

Propos recueillis par Elise Poudevigne
Publicité
Simple Share Buttons