Joël Merceron, DG de l’Idele: « La recherche «bottom-up» »

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Entraid publie dans son numéro de juin 2016 une enquête sur le financement de la Recherche et du Développement (R&D) sur les exploitations agricoles. L'interview de Joël Merceron, DG de l'Institut de l'Elevage.

15/06/2016 - 09:00

La Rédaction a demandé à plusieurs organismes de recherche de quelle manière les exploitants contribuent à les financer, mais aussi comment ces instituts font participer les agriculteurs à la production de savoirs et de références. Les réponses de Joël Merceron, Directeur général de l'Institut de l'Elevage.

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Entraid: Dans quelle mesure les agriculteurs contribuent-ils au financement de l’Idele ?

Joël Merceron: Les agriculteurs financent l’Institut de l’Elevage (Idele) par des voies indirectes uniquement. Le principal financeur de l’institut, comme les autres établissements de recherche technique, c’est le fonds Casdar, alimenté par la taxe fiscale que paient les agriculteurs. Pour l’Idele, cela représente 9 millions d’euros, soit environ un tiers de son budget, une dotation répartie ensuite par appels à projets. Viennent ensuite les crédits du ministère de l’Agriculture et ceux des interprofessions, via les CVO prélevées sur les produits. Les interprofessions des filières viande attribuent une petite partie de ce prélèvement au financement de notre institut.

Nous facturons également quelques prestations aux entreprises, aux chambres d’agriculture, aux coopératives et organismes techniques, mais pas directement aux agriculteurs.

Entraid:  L’Idele fait-il appel directement à des agriculteurs pour produire des résultats ?

Joël Merceron: Je ne parlerais pas de résultats à proprement parler, mais plutôt de références. L’Institut de l’Elevage a créé les réseaux d’élevage dans les années 1980, il s’agit donc d’une très vieille bonne idée… Nous travaillons en partenariat avec les chambres d’agriculture pour étudier les systèmes d’exploitation en place et les améliorer.

L’hétérogénéité est très forte au sein des élevages : il y a parfois plus de différences entre exploitations d’un même type qu’entre différentes filières. Les réseaux d’élevage permettent de caractériser cette complexité et d’analyser les paramètres qui rendent un tiers des élevages plus performants que les autres. Le financement collectif permet de construire des références collectives sur cette base et d’en tirer des outils de conseil et d’aide à la décision pour rendre le meilleur service possible à tous les éleveurs.

Entraid: Comment sont-ils rémunérés/indemnisés ?

Joël Merceron: Les éleveurs ne sont pas rémunérés pour leur participation à ces réseaux d’élevage. L’investissement en temps, ils le retrouvent en service rendu via les analyses que nous leurs fournissons, la participation à un groupe de travail et le conseil.

Le financement sur ces réseaux ayant diminué de moitié, nous travaillons à le rendre extrêmement efficace pour que nos travaux, qui couvrent un éventail de problématiques très large (de l’économie au bien-être animal, en passant par les antibiotiques et les gaz à effet de serre), atteignent un maximum d’exploitations.

Entraid: Cette participation des agriculteurs est-elle appelée selon vous à s’amplifier ?

Joël Merceron: Aujourd’hui, c’est très à la mode, on parle de recherche «bottom-up» pour décrire ce qui part du terrain. Pour nous, l’innovation partant du terrain, c’est acquis. Les nouvelles technologies, les nouveaux moyens de communication vont encore amplifier ce mouvement en fournissant de plus en plus de données. Mais à qui appartiendront-elles ? Elles n’auront de valeur que si elles sont utilisées collectivement. C’est un des enjeux actuels: rester sur un fonctionnement collectif, celui que nos pères ont créé.  Sinon les grands leaders de ces technologies se les approprieront. Je milite pour que ces références soient gérées collectivement. Cela doit rester organisé par les agriculteurs.


Le complément du mensuel Entraid de juin 2016 

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Recherche et développement R&D dossier tracteur juin 2016 Entraid

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