Dans le brouillard automnal du Nord, émergent deux tracteurs. L’un tracte une benne, l’autre une arracheuse de pommes de terre. Une scène classique dans la région, à cette époque. Le calme qu’engendre le brouillard est trompeur, ici, à Steenwerck, il y a du monde qui s’affaire. On retrouve la machine, une AVR Lynx de deux rangs attelée au New Holland T7210, tous deux à la cuma de la Cordée, mais aussi les trois bennes qui se relaient au champ. Quant au bâtiment, trois personnes trient les tubercules fraîchement arrachés. C’est le début de l’arrachage de pommes de terre 2026.
L’arrage de pommes de terres en vidéo
Arrachage de pommes de terre 2026 : conditions idéales
Un chantier qui se fait en famille et en entraide avec les adhérents de la cuma. Et dans la bonne humeur aussi. « Les conditions d’arrachage sont excellentes, annonce Laurent Bève, le chauffeur de l’arracheuse. Il a plu la semaine dernière, le sol est meuble, on récupère les tubercules facilement sans les abîmer. » Un bon point, après une année culturale où le sec s’est imposé, comme partout. « Nous avons des terres très argileuses ici, reconnaît le chauffeur, qui est en passe de s’installer avec son frère et son père. Ça a l’avantage de conserver l’humidité. Nous avons rebuté nos parcelles, une dizaine de jours après la plantation, pour essayer de conserver le peu d’humidité du sol. »
L’enjeu, cette année, est de réussir à honorer les contrats. En 2025, le marché s’était effondré avec des prix très bas causés par une hausse des rendements mais aussi des surfaces emblavées en hausse. « On a planté 10 ha cette année, un peu moins qu’en 2025. La faute aux prix des contrats et au trop-plein de marchandise annoncé, poursuit le jeune agriculteur. En parallèle, nous sommes engagés à livrer au moins 24 t/ha à l’industriel Clarebout, à 7 km de là. Ces pommes de terre seront stockées jusqu’en mars. »
Petites patates
Le surplus, s’il y en a, sera vendu sur le marché du libre, selon les cotations du moment. Celles-ci devraient être plus élevées que celles des contrats car finalement, la marchandise manque. « On devrait avoir des pommes de terre en surplus à vendre », se satisfait Laurent Bève. Car les rendements sont au rendez-vous : entre 35 et 40 t/ha. C’est moins comparé aux années précédentes mais honorables pour une année où sécheresse et canicules se sont accumulées.
« Il manque du calibre, regrette-t-il. Bon, parfois, on voit une grosse pomme de terre, mais c’est plutôt rare. Selon les variétés demandées par l’industriel, les pommes de terre sont plus petites que d’habitude. Avec la reprise des pluies depuis la mi-août, on a aussi du rejumelage. » Entendez par là, une reprise de la végétation de la plante qui crée de nouveaux tubercules. Trop petites cette fois-ci.
L’enjeu du stockage

L’arrachage de pommes de terre 2026 a débuté à Steenwerck dans le nord. (©Entraid)
Les agriculteurs ont dû revoir les réglages de l’arracheuse pour laisser les petites pommes de terre, les fanes et la terre dans la parcelle. L’AVR Lynx le permet. Bien plus facilement que l’arracheuse précédente, changée il y a six ans, une AVR Esprit. « Celle-ci est équipée de deux rouleaux éffaneurs, de dolman et d’un tapis à tétines, explique-t-il. J’en suis content, tout comme mon collègue qui la conduit également. Nous avons eu quelques soucis avec les barreaux qui cassaient mais le défaut a été rectifié. »
Au bâtiment, les trois trieurs ne chôment pas. Le déterreur fait pourtant bien son travail mais le défi est de stocker les tubercules pendant au moins six mois, sans qu’elles ne pourrissent. Il faut donc être vigilant. “La chaîne de conditionnement a été achetée également par la cuma, il y a plus de vingt ans, se souvient Thierry Dehors, vice-président de la cuma de la Cordée. Pour les 30 à 40 ha de pommes de terre triées chaque année, c’est suffisant.”
Réduction des surfaces pour l’arrachage de pommes de terre 2026
Laurent Bève réalise le chantier d’arrachage en entraide. Avec deux autres exploitations adhérentes de la cuma du groupe. Cette année, la conjoncture a incité les agriculteurs à planter moins de surfaces, mais habituellement, l’arracheuse récolte plus de 40 ha. Cette année, c’est plutôt 30. Cela risque de faire augmenter la facture qui était établie à 450 €/ha arraché, tracteur, à 27 €/h, matériel de stockage compris. Le carburant et la main-d’œuvre restent à la charge des adhérents.
La cuma a renouvelé l’arracheuse en 2019 avec un prix d’achat de 123 000 euros. Le groupe a prévu de l’utiliser pendant au moins douze ans. Quant au tracteur, il est neuf. Équipé d’un GPS, de fines roues et d’une prise de force avant, il fait 180 chevaux et a déjà 500 heures au compteur. Il est attelé pendant toute la campagne devant l’arracheuse. « Je ne l’ai pas encore bien en main, avoue Laurent Bève. La preuve, je n’utilise pas le GPS. Avec la boîte de vitesses Vario, j’ai de la souplesse de conduite. Seul bémol, le siège n’est pas assez pivotant pour se retourner complètement vers l’arracheuse. »
Pour quelques heures par an, les deux chauffeurs s’en passeront.
Fin de la récolte
Outre, une diminution des charges de mécanisation, le groupe profite de la banque d’entraide. Car l’arrachage des pommes de terre, c’est un chantier qui demande des bras. « Il y a toujours trois bennes qui suivent l’arracheuse, explique l’un des deux chauffeurs. Chacun trie sa remorque. On note le temps passé chez l’un ou chez l’autre, que l’on essaie de rendre pour d’autres travaux comme le broyage des fanes par exemple. »
À cinq hectares par jour, le chantier avance bien. Environ 20 ha seront récoltés d’ici la fin de la semaine. Dix supplémentaires le seront la semaine suivante. Dans les temps et avec sérénité puisque la météo s’annonce clémente en ce début de mois d’octobre.
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