« Berlese 2.0 ». Le test du XXe siècle prend un coup de jeune en 2026. Sur le Sia, Terres Inovia lance une application détectant automatiquement sur photo le nombre de larves d’altises de l’échantillon. De quoi remettre au goût du jour le test Berlese. Ou du moins le rendre moins rébarbatif. Et ce procédé facilitateur en garde un peu le nom : Berl’eyes. Ou les yeux de Berlese en français. Une innovation majeure pour Terres Inovia. Qui pour arriver à ce résultat est monté en compétence en intelligence artificielle (IA).
Compter les larves de grosses altises du colza gratuitement à la photo
Destiné à toute la profession de l’amont à l’aval, Berl’eyes est promis gratuit pour les agriculteurs. Dont quelques 10 000 aujourd’hui se seraient mis au comptage des larves d’altises, d’après Terres Inovia. Un intérêt quelque peu obligatoire vu les difficultés à trouver des solutions efficaces contre ces larves d’insecte. Il devient crucial de bien identifier le seuil d’infestation nécessaire au traitement. Quand rien d’autre n’a fonctionné. Cette application pourra donc grandement faciliter la tâche. Et peut-être convaincre d’autres producteurs de colza de l’utiliser. Car avant tout, comme toute IA, Berl’eyes a encore un petit peu besoin d’être entraînée.

Image de détection par Berl’eyes des larves d’altise du colza. (©Terres Inovia)
Un travail collectif par une communauté d’utilisateurs
« Le taux de précision de Berl’eyes atteint 88 %, confie Julie Auque, directrice de la data et de l’innovation numérique de Terres Inovia. On est quasiment à l’erreur humaine. Et ça ne peut que s’améliorer. » Car l’ensemble des photos prises par les utilisateurs, coopératives, OS, semenciers, et bientôt conseillers et agriculteurs, entraînent l’IA. Qui devient plus performante. La seule condition est de prendre une photo correcte. Puis il ne faut que 15 à 30 secondes maximum pour avoir le résultat. Un gain d’efficacité certain. « Mais aussi une baisse de pénibilité à la clé. Et moins d’erreurs humaines ». Car ce sont des centaines de tests que mettent en place chaque année les différents acteurs qui suivent l’évolution de l’infestation.
L’altise du colza dans l’oeil de l’agroécologie
Outre le besoin interne chez Terres Inovia, ce Berl’eyes pourra profiter à bon nombre d’acteurs de la filière et d’agriculteurs producteurs de colza. Soit directement, soit par un conseil basé sur les photos de bassines et l’IA. « Et il accompagnera efficacement ceux qui sont engagés dans la technique du colza robuste« , ajoute Gilles Robillard, le président de Terres Inovia. Berl’eyes s’inscrit comme un outil de plus pour les pratiques agroécologiques. Et au-delà. Car le retrait du Phosmet a compliqué les techniques de traitement phytosanitaire. Ensuite, Karate Zeon ou Decis Protect (lambda-cyhalothrine, deltaméthrine, cyperméthrine) rencontrent beaucoup de résistances. Ne reste guère d’efficace mais sous dérogation que le cyantraniliprole. Et encore, sous conditions. Une seule application par an. Uniquement entre les stades 6 feuilles et 9 feuilles. Et il peut nécessiter un test Berlèse, justement au préalable, pour justifier du dépassement du seuil de nuisibilité.
Cette IA-là, elle ne bassine pas
À Terres Inovia, le développement continue autour de l’IA. Pour les instituts techniques, c’est sûrement même le début de nouvelles aventures. « Berl’eyes illustre dans quels genres de projets on s’engage pour les dix prochaines années, partage Laurent Rosso, directeur de Terres Inovia. On doit aider les agriculteurs à gérer la complexité. On est là pour simplifier et faire gagner du temps. »
Next : reconnaître les stades larvaires
« le travail en cours est maintenant d’arriver à reconnaître les stades larvaires de l’altise, précise Julie Auque. Mais pour l’heure Berl’eyes a mis trois ans d’entraînement. On est prêts. » Prochaine étape : un webinaire ouvert à tous pour apprendre à se servir de l’application. Il aura lieu en mai et sensibilisera pour la prochaine campagne. Ne jetez donc pas les bassines, au contraire. Car c’est par contre la constante de Berl’eyes, il faut toujours mettre en place les bons vieux tests à la bassine. Une bassine qui cette fois sera moins contestée.
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