Vague de chaleur : quels impacts ?

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Vague de chaleur : quels impacts ?

Les épisodes de forte chaleur des dernières années enseignent que même pour les systèmes très herbagers, un bâtiment qui préserve au maximum les conditions d’ambiance peut être un atout essentiel. (©Entraid)

L'agrométéorologue Serge Zaka le dit sans détour : avec la vague de chaleur de ce mois de mai 2026, "on est en train de pulvériser" les limites connues du climat. Les experts de l'Inrae partagent ce diagnostic. Quels impacts pour les éleveurs? 

On fait le point avec Serge Zaka et l’Inrae sur l’impact de la vague de chaleur sur les élevages qui touche actuellement la France.

+10°C au-dessus des normales : Radiographie d’une vague de chaleur hors norme

Compilés sur le site agrometeorologie.fr, l’agrométéorologue Serge Zaka décline quelques chiffres permettant de brosser le panorama de la vague de chaleur qui affecte la France depuis quelques jours.

Par exemple le fait que cette vague de chaleur arrive avec près de trois semaines d’avance sur le précédent épisode le plus précoce… observé seulement le 19 juin 2025.

Et de citer les records tombant à propos de cette vague de chaleur de mai 2026 :

  • « la journée présentant l’écart aux normales le plus élevé jamais observé à l’échelle nationale, avec près de +10°C »
  • « près de 60 % des stations météorologiques susceptibles de battre leur record mensuel, parfois jusqu’à 7 jours consécutifs »
  • « le record national mensuel de chaleur pour un mois de mai (38,0°C) qui pourrait être dépassé, possiblement à plusieurs reprises. »

Vague de chaleur inédite par sa précocité

Constat confirmé par Inaki Garcia de Cortazar, directeur de l’unité AgroClimat à l’Inrae d’Avignon. « Cette année, la vague de chaleur se produit un mois avant celle de l’année dernière.

Les conséquences sont donc très différentes en termes d’impacts physiologiques, sur les cultures et les élevages ». « On est face à une situation inédite, » formule-t-il.

Concrètement, quelles conséquences dans les élevages?

Vaches laitières : jusqu’à -20% dans le Sud-Ouest

Pour l’agroclimatologue Serge Zaka, « les animaux d’élevage vont subir un stress thermique modéré à sévère dans une grande partie du sud-ouest. Par endroits, les niveaux attendus correspondent à ceux des canicules estivales les plus intenses, avec des pertes de production laitière pouvant atteindre 20 % par jour dans les situations les plus critiques. »

Carte de prévision des pertes de production pour les vaches laitières pour le 28/05/2026, générée le 25/05/2026 (© site AgroClimat).

« Et au-delà des pics de chaleur, », argumente-t-il, « la durée est particulièrement problématique. « Plusieurs jours consécutifs, des nuits parfois trop chaudes pour permettre la récupération physiologique. Et une arrivée rapide de la chaleur alors que les organismes ne sont absolument pas acclimatés à de telles températures en mai. »

Tout l’Ouest de la France frappé de plein fouet

Analyse partagée par les experts de l’Inrae. « Cette vague de chaleur frappe notamment l’ouest de la France avec davantage de sévérité« , argumente Inaki  Garcia de Cortazar, illustrant son propos à l’aide de cartes générées par le site AgroMetInfo.

« L’ouest, où se situent 75 % des porcs produits en France, mais aussi 80 % des poulets et 20 % des vaches laitières, » abonde son collègue David Renaudeau, directeur de l’unité mixte de recherche Pegase (Inrae Bretagne Normandie).

« La précocité de cette vague de chaleur conduit à une relative impréparation des éleveurs, » souligne ce dernier. « Les systèmes de cooling, d’alimentation en eau n’ont par exemple pas toujours été vérifiés. Or, nous savons que cette première vague de chaleur est souvent la plus sévère. Car les organismes ne sont pas prêts. Ils le sont davantage lors des suivantes, » souligne le chercheur.

Vague de chaleur : surmortalité, stress et adaptations en élevage

En termes de conséquences, il est encore trop tôt pour les mesurer. Mais David Renaudeau se réfère aux vagues de chaleur déjà survenues en 2003 et 2006.

« L’impact le plus évident, ce sont les surmortalités des animaux, que l’on a pu estimer lors des épisodes précédents à +10 % en vaches laitières, et +25 % en allaitant. La filière avicole, de son côté, avait estimé le surcoût de la vague de chaleur de cette année-là à 45 millions d’euros », souligne-t-il.

« Ces surmortalités avaient été constatés pour les animaux, par exemple en phase de lactation, dans les environnements confinés, et lors des transports vers l’abattoir, » relève-t-il.

Impacts de la chaleur dans les élevages: l’immédiat et le long terme

Puis, décrit David Renaudeau, « il y a ensuite les baisses de production immédiates, qui ont par exemple été mesurées autour de -5 % pour les vaches laitières. »

« En outre, la qualité des produits peut varier, » décrit le chercheur. « Les poules pondeuses produisent par exemple des oeufs plus petits, aux coquilles plus fragiles. Ils sont donc moins bien valorisés. Cela pose bien entendu des problèmes de déclassement et de rémunération aux éleveurs.

De plus, alerte David Renaudeau, « la capacité des produits à être transformée peut se trouver perturbée. »

Effets de la vague de chaleur sur les animaux en gestation

À plus long terme, le chercheur indique que « pour les animaux gestants, on peut avoir un effet sur le foetus. On constate plus tard que le comportement, les performances, le métabolisme sont différents. »

Enfin, à plus long terme encore, David Renaudeau souligne que les vagues de chaleur, plus fréquentes, intenses et précoces contribuent à modifier les aires de répartition de certains insectes piqueurs, vecteurs de zoonoses.

Côté solutions, du bon sens… et des transformations indispensables

Si, côté solutions, Inaki Garcia de Cortazar liste « l’avancement dans la planification des travaux, les démarches agroécologiques avec la combinaisons des cultures », David Renaudeau insiste de son côté sur « les solutions incrémentales en élevage. »

« Il va s’agir de changements des systèmes de vêlage, des systèmes fourragers, des bâtiments. La sélection génétique est aussi un levier généralement perçu comme intéressant à mobiliser, » analyse le chercheur.

Il souligne que « certaines races rustiques sont adaptées à ce climat, mais elles sont minoritaires dans les systèmes de production actuels. Il y a quand même de la variabilité dans les populations actuelles, c’est une bonne nouvelle car ce la signifie qu’il est possible de faire de la sélection. Par contre, ces facteurs sont très polygéniques, ce qui complique ces stratégies de sélection. »

« À terme, analyse David Renaudeau, ce qui est possible en termes de productions ne le sera peut-être plus. Avec d’un autre côté d’autres effets positifs : l’herbe poussera mieux dans certains endroits. C’est difficile à penser avec les filières, car c’est vraiment transformant. Mais c’est un enjeu important aujourd’hui.  »

Vague de chaleur: ce que font les éleveurs

« Le parc de bâtiments d’élevage en France est relativement vieillissant,  » constate David Renaudeau. « Les éleveurs se retrouvent souvent avec des bâtiments construits il y a 20 ou 30 ans, destinés à affronter les rigueur de l’hiver, mais pas des vagues de chaleur comme celle que nous affrontons aujourd’hui, » souligne-t-il.

« Les normes de construction se sont adaptées. Les bâtiments construits aujourd’hui au sud de la Loire intègrent obligatoirement des système de ‘cooling‘ », indique-t-il par exemple.

« Donc aujourd’hui les éleveurs s’adaptent, » complète-t-il. « Ils décalent par exemple les sorties au pâturage, sachant que les vaches laitières entrent en stress thermique à partir de 25°C. »

« Les éleveurs connaissent aussi les risques associés à chaque stade physiologique. Les vaches en lactation sont par exemple plus sensibles à la chaleur« , détaille David Renaudeau.

« Les éleveurs règlent et entretiennent leur matériel de refroidissement des bâtiments. Ils évitent les mouvements d’animaux, en particulier aux moments les plus chauds du jour, » complète-t-il.

« Quand c’est possible, ils réduisent la densité animal dans les bâtiments. Ils évitent aussi la distribution d’aliment quand il fait trop chaud », résume-t-il.

« Et bien sûr ils portent une attention particulière à la distribution de l’eau « sachant qu’une vache laitière peut consommer de 50 à 150 litres d’eau par jour par exemple.  »

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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