Eau en agriculture : 5 réponses pour rationnaliser un débat sous tension

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Eau en agriculture : 5 réponses pour rationnaliser un débat sous tension

C'est particulièrement au mois de juillet que les conflits d'usage éclatent autour de l'irrigation en agriculture. Crédit: Fasterholt

La France irrigue-t-elle trop ses cultures ? Faut-il multiplier les réserves artificielles ou irriguer les vignes à tout prix ? Alors que la pression climatique s'accentue, la gestion de l'eau en agriculture suscite de vifs débats. A l'Inrae, les chercheurs spécialistes de ces questions ont dégainé les réponses.. et démonté les idées reçues.

Décryptage d’un sujet qui fait débat : les usages de l’eau en agriculture. Lors d’un webinaire de l’Inrae, la chercheuse en sciences politiques Gabrielle Bouleau et l’agronome hydrologue Sami Bouarfa ont apporté un éclairage scientifique sur les enjeux complexes de l’eau utilisée par l’agriculture en France.

Est-ce qu’on irrigue beaucoup de surfaces agricoles en France ?

La réalité de nos paysages nuance fortement l’idée d’une agriculture sous perfusion. Loin des modèles d’autres pays, « l’agriculture française est majoritairement pluviale », rappelle Sami Bouarfa. Dans les faits, l’irrigation reste une pratique circonscrite qui ne concerne aujourd’hui que moins de 7 % de la surface agricole utile (SAU) à l’échelle nationale.

Pourquoi débat-on de l’usage de l’eau en agriculture ?

Le monde agricole prélève moins de 15 % des volumes d’eau globaux, très loin derrière le refroidissement des centrales nucléaires qui capte plus de 70 % de la ressource.  C’est la nature de la consommation qui alimente la critique. « L’agriculture consomme de l’eau qui […] repart vers l’atmosphère, donc elle sort du bassin versant », explique Sami Bouarfa.

Au cœur de l’été, lorsque la ressource est au plus bas, ce besoin agricole représente 60 % de l’eau dite « consommée » (non restituée au cours d’eau). Avec des pointes allant jusqu’à 90 % dans certaines régions. C’est ce télescopage saisonnier, au moment où tous les usagers et les milieux naturels en ont le plus besoin, qui cristallise les tensions.

Va-t-on pouvoir irriguer davantage les vignobles ?

Face aux chaleurs extrêmes, la demande en irrigation pour la viticulture, particulièrement en zone méditerranéenne, a littéralement explosé depuis une décennie. Mais la généralisation de l’irrigation dans ce contexte est une illusion.

D’un point de vue quantitatif, « il n’y aura pas assez d’eau pour irriguer toutes les vignes« , prévient l’agronome, qui précise que même l’irrigation de 50% des surfaces actuelles n’est pas possible.

Par ailleurs, la rentabilité de ces équipements très onéreux, destinées à apporter des volumes d’eau limités, à des périodes très circonscrites, soulève d’importantes questions. Notamment au regard de la valorisation des vins sur un marché international très concurrentiel.

Dans quels cas conseillerait-on les « retenues de substitution », sujettes à débat ?

Souvent érigées en rempart contre la sécheresse, les retenues artificielles (parfois appelées « bassines ») constituent une solution parmi d’autres, à évaluer à l’aune de critères stricts.

La doctrine scientifique est claire. Il faut en priorité « laisser l’eau s’infiltrer dans les réservoirs naturels souterrains qui sont sans évaporation et qui ne sont pas coûteux », souligne Gabrielle Bouleau. « Le premier réservoir qui stocke de l’eau, c’est le sol », a ainsi rappelé Sami Bouarfa.

On envisage les ouvrages de stockage en surface, qui nécessitent un lourd génie civil en plaine,  que lorsque les aquifères ne le permettent pas. Leur efficacité et leur légitimité (notamment dans le cadre des Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau, les PTGE) doivent être évaluées selon trois critères.

D’abord leur impact environnemental, leur équité sociale (qui bénéficie de cette eau ?) et leur pertinence économique, selon un ratio calculé en ramenant le volume d’eau stocké aux coûts d’ingénierie, au vu des fonds publics mobilisés.

Comment penser idéalement la gouvernance de l’eau en agriculture ?

Au vu du nombre d’acteurs impliqués, l’allocation de la ressource exige une approche fine. Pour Gabrielle Bouleau et Sami Bouarfa, cette gouvernance doit être pensée de manière « territoriale et saisonnière », car c’est particulièrement au mois de juillet que les conflits d’usage éclatent.

Le projet de loi d’urgence agricole prévoit un renforcement de la transparence des organismes répartissant l’eau. Ce qui irait, selon Gabrielle Bouleau, « dans le sens d’une meilleure compréhension », pour « apaiser les questions de justice concernant l’allocation de la ressource. »

Avec pour corolaire, un nécessaire renforcement par l’État des capacités de surveillance, de contrôle et de sanction sur le terrain, pour lutter contre les captages et usages sauvages.

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com:

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