« La fertilisation par les excrétas humains a fait ses preuves »

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« La fertilisation par les excrétas humains a fait ses preuves »

Fertiliser les champs avec des urines et matières fécales humaines est à l'étude depuis dix ans avec le programme de recherche Ocapi. (©Entraid)

Via le programme de recherche Ocapi, des scientifiques se penchent sur l'utilisation des excretas humains pour la fertilisation des sols. Tanguy Fardet, chercheur Inrae au sein du Toulouse Biology Institut, y participe. L'objectif ? Evaluer le potentiel des urines et matières fécales humaines comme engrais et amendements agricoles. Le point sur ce projet qui comptabilise dix ans de résultats.

L’excreta humain pourrait-il devenir le nouvel engrais urino-fertilisant ? A travers le programme de recherche Ocapi, des scientifiques étudient ce nouveau modèle de fertilisation des sols. Tanguy Fardet, chercheur au sein du Toulouse Biotechology Institute, participe au projet.

Pourquoi ce projet ?

D’un point de vue scientifique, tôt ou tard, il faudra s’y intéresser. Car on n’aura plus les moyens de fertiliser les cultures avec les produits commerciaux actuels. On a des gisements qui vont s’épuiser à terme.

D’un autre côté, l’assainissement conventionnel fait perdre 90 % du phosphore et 50 % de l’azote des excrétats humains dans l’environnement. Fertiliser avec des urines et matières fécales humaines permettrait de retourner au champ ce qui a été prélevé en tant que nourriture.

Le programme Ocapi a démarré il y a dix ans. L’objectif premier de ces travaux était de trouver une solution pour limiter la pression sur la ressource en eau. Mais l’intérêt pour les engrais eux-mêmes augmente du fait des enjeux environnementaux et géopolitiques. Les résultats agronomiques sont très positifs et le gisement est important.

Quels sont les résultats jusqu’à présent ?

Les urino-fertilisants sont très complets. Ils tiennent la comparaison avec les engrais minéraux standards en termes de rendements. Le plus simple est le lisain, de l’urine hygiénisée par simple stockage, elle peut s’appliquer avec une tonne à lisier ou en fertirrigation en maraîchage, par exemple. Moins concentrée que les produits standards, elle requiert par contre des volumes importants.

L’urine nitrifiée et concentrée (l’aurain) apporte de l’azote, du phosphore et du potassium comme les produits commerciaux. Elle est plus chère à produire que les urino-fertilisants, car la concentration demande de l’énergie. Les synergies industrielles, par exemple profiter de la chaleur perdue d’une autre usine, ne sont pas encore construites.

Et pour les matières fécales ?

Les matières fécales peuvent être compostées ou méthanisées. Le compost obtenu est très riche, notamment en phosphore. Il est utilisable tel quel puisque les matières ont été hygiénisées pendant le processus. Le digestat peut aussi l’être, ou bien on peut en extraire l’azote et le phosphore.

En outre, le compost obtenu, d’un point de vue réglementaire, n’est pas considéré comme un produit, et nécessite donc soit une déclaration, une autorisation ou un plan d’épandage selon les quantités obtenues.

Quels sont les obstacles ?

Les résultats du programme Ocapi indiquent que ces produits peuvent déjà remplacer une partie des fertilisants traditionnels.

Le plus gros obstacle, finalement, c’est que le recueil des excrétas humains nécessite de faire évoluer toute une partie de l’assainissement.

Économiquement, est-ce que ça tient ?

L’Ademe a évalué cela. En résumé, la séparation à la source des urines aurait un impact économique limité, estimé entre – 0,2 à + 1,3 milliard d’euros par an, via notamment les économies réalisées sur l’assainissement conventionnel.

La valeur fertilisante des urines, évaluée aujourd’hui à 270 millions d’euros en équivalent azote, pourrait compenser. Et bien sûr, cette valeur augmentera avec le coût de l’énergie.

Qui s’y intéresse aujourd’hui ?

En Allemagne, Suède et aux Pays-Bas, il existe déjà des écoquartiers avec un système de gestion séparée des urines et des fèces, le tout relié à un méthaniseur.

En France, des métropoles comme Paris, Toulouse, Bordeaux, Lyon ou Angers sont actives sur le sujet, et parfois en rénovation de quartiers.

Il y a des communautés de communes actives aussi et parfois des communes, comme celles qui se sont retrouvées sans eau potable en 2022, pour lesquelles l’épisode a été un électrochoc. Le sujet, finalement, c’est de changer d’échelle.

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