Transmission d’exploitation agricole : comment le modèle cuma facilite la reprise

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Transmission d’exploitation agricole : comment le modèle cuma facilite la reprise

Alain et Christine Rondeau ont transmis il y a deux ans leur exploitation laitière, située à Jublains, en Mayenne, à un couple de jeunes repreneurs venus du Morbihan. (©Fdcuma53)

Transmettre une exploitation ne consiste pas qu’à céder des biens matériels. C’est aussi et surtout une histoire de valeurs, de sens et de relations humaines. Alain Rondeau, producteur laitier en Mayenne, a ainsi apporté à son successeur bien plus que des terres et de la "rutilante ferraille".

Assurer sa succession, c’est avant tout transmettre des relations humaines plutôt que du matériel. Alain Rondeau, qui a lui-même transmis sa ferme laitière située à Jublains, en Mayenne, il y a maintenant deux ans, est affirmatif sur ce point. Rencontre pour parler de la transmission d’une exploitation agricole en cuma.

Moins de machines privées pour maximiser la mutualisation en cuma

Du matériel, Alain Rondeau en possédait d’ailleurs peu. Très impliqué dans la cuma des Bois à Grazay, en Mayenne, il a « toujours essayé d’utiliser au maximum le matériel de la cuma », explique-t-il, avant de préciser qu’il s’était d’ailleurs impliqué au poste de trésorier de la cuma.

Il aurait même voulu « encore plus mutualiser la traction mais la distance avec la cuma a été un frein sur ce point ». « On ne fait pas toujours comme on le souhaite », regrette-t-il.

Concernant les matériels présents au moment de la transmission, l’éleveur laitier possédait deux tracteurs, de 140 et 110 ch, une faneuse, une bétaillère, un bol mélangeur et une faucheuse auto-chargeuse 1,80 m.

Une exploitation fonctionnelle au moment de la transmission

Avec ces 130 ha pour 3 UTH, cette ferme laitière bio produisant 350 000 l, qui livre sa production à la laiterie Martin de Montsûrs, est globalement très fonctionnelle au moment de la transmission, en 2023. Elle est alors constituée d’un troupeau de 75 vaches laitières, avec un système fondé sur la valorisation de l’herbe, 6-7 ha de méteil et 2 ha de betteraves pour la complémentation. Toutes les génisses sont gardées et les males vendus à 8 jours.

L’exploitation dispose en outre de 28 ha pâturables. Comme la ration est constituée essentiellement d’herbe, il y a aussi 30 ha d’herbe ramassée mécaniquement dont une fois en ensilage puis l’auto-chargeuse, le foin et l’enrubannage.

Alain Rondeau a toujours conservé l’esprit cuma. Dès son installation, il a trouvé un groupe avec les valeurs qui lui correspondaient. Tant sur le point des matériels que la banque d’entraide. « J’ai vraiment œuvré pour que mes repreneurs perpétuent ce fonctionnement », témoigne-t-il.

Fauchage en prestation cuma au printemps, ensilage et moisson en cuma, épandage de lisier délégué à la cuma, épandage du fumier par lui-même mais avec l’épandeur de la cuma, betteraves plantées et récoltées par la cuma Cepvil, travail du sol et semis réalisés par lui-même avec le matériel de la cuma, pressage de round en prestation par la cuma… l’éleveur ne conçoit pas son activité sans la cuma.

Réussir la transmission de son exploitation agricole grâce au modèle cuma

Au moment de la transmission, les repreneurs ont racheté :

  • Le cheptel ;
  • Les bâtiments ;
  • Le peu de matériels qu’il y avait.

Ils ont bénéficié d’un confort de travail excellent : après 1 h de traite et 1 h d’affouragement, l’astreinte est terminée.

Pour Alain Rondeau, la cuma a été essentielle. Elle lui a apporté « des relations humaines dans un métier qui isole si l’on s’enferme dans le travail », reconnaît-il.
Elle lui a aussi permis d’utiliser du matériel performant, renouvelé régulièrement et économique. Le couple de jeunes, originaire du Morbihan, qui a repris l’exploitation, a bien sûr demandé s’il pouvait être intégré à la cuma. En dehors de l’aide matérielle, cela a également facilité son intégration locale.

Alain souhaitait partir de l’exploitation et laisser sa maison à ses successeurs pour « ne pas voir ce qu’il s’y passe ». Il reste toutefois disponible à la moindre question et pour les remplacements. Agriculteur un jour, agriculteur toujours…

Analyse sur la transmission et la stratégie d’équipement de Benoit Bruchet, directeur de la fédération des cuma de Mayenne

« La transmission d’une exploitation agricole se prépare longtemps avant et je dirais même que dans le choix du système de production et de la stratégie d’équipement tout au long de sa carrière, on oriente déjà vers une transmission plus ou moins aisée. Bien sûr, la dynamique cuma locale va aussi impacter et souvent être un élément facilitateur de transmission. On voit bien aujourd’hui la frilosité des banques à financer du matériel dont les prix s’envolent, il y a donc là un créneau important à saisir pour les cuma, à condition que les porteurs de projets d’installation considèrent vraiment la cuma comme le prolongement de l’ exploitation et comme un facteur de production à part entière et non pas comme un « prestataire » quelconque ou un « loueur de matériel » »

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