Les petits cubes s’accumulent petit à petit dans la grande parcelle de blé fraîchement moissonnée. Minuscule, l’ensemble avec le tracteur et la presse de la cuma du Flambard évolue dans cette immensité de jaune à perte de vue. La parcelle fait 60 ha, celle d’à coté, 100. Hervé Larché, le chauffeur avoue : « C’est un peu long, c’est vrai. Je suis content que les collègues arrivent avec plateaux et telesco dans la parcelle. Ça va me distraire un peu. » Les chantiers de pressage de paille de blé de 2026 ont débuté dans la Haute-Marne, laissant apparaître une belle récolte.
Le chantier de pressage de paille de blé en vidéo
Pressage de paille de blé 2026, une belle récolte
La tâche est longue, pour la paille de blé, il a 3 000 ha à presser pour la dizaine d’agriculteurs de la cuma. Certes, il n’est pas seul, mais il estime entre cinq à six jours de travail. « Nous sommes trois chauffeurs de presse, explique Hervé Larché, président de la cuma du Flambard. J’utilise le tracteur de la cuma tandis que mes deux autres collègues, ont recours à ceux de location. » en effet, la cuma du Flambard loue chaque année, deux tracteurs pour conduire les presses dont elle dispose. C’est une décision qui date de 2010, suite à la revente d’un tracteur de la cuma et l’arrêt d’une location à un adhérent. Cela ne représente pas beaucoup, une histoire de 300 à 400 heures par an.
« Les concessionnaires avec qui nous travaillons jouent globalement le jeu, estime le président. Ils nous louent des tracteurs neufs et bien équipés du 1er juin au 1er septembre. Nous avions un contrat avec la marque Case à 23 €/ha. Mais les tarifs ont augmenté. Nous sommes passés avec la marque John Deere pendant plusieurs années. » Mais les tarifs ont toujours augmenté. Si bien, que le groupe d’une dizaine d’adhérents a dû se tourner vers des tracteurs Claas, loués 30 €/h. « C’est la première année que nous travaillons avec cette concession, nous avons loué deux Axion 830 de 240 chevaux« , explique Hervé Larché. Pour le moment, nous en sommes satisfaits. Et il faut l’avouer, les concessions sont ravies de ce système. Cela leur permet de vendre des tracteurs typés démo à leurs clients. »
À 50 kilomètres
Pour accéder à de la paille, les adhérents de la cuma du Flambard doivent parcourir quelques kilomètres. Situés dans une zone d’élevage, les agriculteurs pressent à une cinquantaine de kilomètres de leurs exploitations. « Nous pressons plus ou moins chacun le tiers des surfaces, précise le président. Tous dans une vingtaine de kilomètres à la ronde de Chaumont mais dans des secteurs bien distincts. » Les chauffeurs communiquent tous les jours pour se répartir l’ouvrage selon les besoins et disponibilités des adhérents. Avec le foin, l’enrubannage, l’orge et le blé, les trois presses réalisent entre 25 et 30 000 bottes chaque année. Le nombre varie selon la quantité de fourrage à récolter. Les surfaces n’ont quasiment pas évolué depuis le début de l’activité il y a 40 ans. Autant dire que le chantier est rodé.
Mais il ne laisse pas pour autant de côté quelques surprises. « La paille est à peine mûre, mais elle n’est pas non plus verte comme on aurait pu l’imaginer, annonce Hervé Larché. ça donne de la quantité. J’estime à environ 4 t/ha. Je suis agréablement surpris. » En effet, après la récolte de la paille d’escourgeons, entre 2 et 2,5 t/ha, c’est une bonne nouvelle. D’autant que celle des orges de printemps s’annonce menue avec maximum 1 t/ha.
Risque de feux
La chantier avance bien. La paille n’est ni trop chaude, ni trop humide. » Elle est à 9 % d’humidité, vérifie le chauffeur sur sa console. Au dessus de 16, on laisse de coté, il y a trop de risques que les bottes prennent feu. » Le tracteur à 7 km/h avance tout de même rapidement au son haché de la presse. À l’extérieur de la cabine du tracteur, c’est un four. Equipé de la chaleur tournante puisque le vent rend l’air respirable. De quoi mettre le feu à une brindille.
Le chauffeur se garde de bien de crier victoire mais pour le moment, aucune presse n’a brûlé depuis le début de son activité il y a 40 ans. Mais il reste sur ses gardes. « On fait très attention. Lors de l’épisode de canicule, nous n’avons pas travaillé la journée. C’était d’une part trop dangereux mais d’autre part, la paille était trop sèche, nous ne pouvions pas la presser sans la casser. Elle glissait et les bottes n’étaient pas assez denses. » Autant prendre patience, donc.
Une paille rare
Pour l’heure, les deux télescopiques et trois plateaux s’affairent dans la parcelle fraîchement pressée. Ce sont les salariés d’Hervé Larché qui viennent d’arriver. « Ils vont faire une meule sur un côté de la parcelles pour libérer le plus rapidement possible la parcelle, indique t-il. Nous reviendrons les chercher quand nous aurons le temps. » Toutefois, 50 kilomètres sont à parcourir.
Un système qui a fait ses preuves mais qui reste précaire. « La paille est très demandée dans notre secteur, fait remarquer l’éleveur. Elle est de plus en plus chère. J’ai de la chance, je bénéficie de partenariats de longue date avec douze agriculteurs. Cependant, avec les faibles rendements en céréales et un prix bas, de nombreux céréaliers se tournent vers la culture de luzerne. C’est parfait pour l’alimentation des vaches mais cela rarifie la paille. » Les équilibres se modifient au fil des ans, rendant le prix de la paille plus élevé. Cette année, les organisations agricoles du territoire l’ont estimé à 100 €/botte.
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