Le marché des grains reprendrait-il un peu de couleurs ? C’est ce qu’il semblerait à l’annonce des mauvaises récoltes françaises de 2026. Ces dernières semaines, les prix du blé et du maïs évoluent à la hausse. « Sur le marché européen, le maïs a pris de l’avance sur le blé, annonce Jean Jacquez, analyste chez FranceAgriMer. Mais ces derniers jours, le blé l’a rattrapé, ne laissant plus qu’un écart de 13 €/t entre les deux denrées. » Mi-juillet, le blé est ainsi coté sur Euronext à 232 €/t contre 245€/t pour le maïs. Un sursaut du marché ou une tendance à long terme ? Difficile de l’estimer, mais cela laisse entrevoir un peu de perspectives.
Une mauvaise récolte de céréales 2026 qui tire les prix
La preuve, quelques voyants sont au vert pour les céréaliers français. Tout d’abord, il y a la production française de blé tendre qui est en berne. La faute à la météo très chaude et sèche de ces dernières semaines. « On estime une collecte française en retrait de 4 %, lance Thibault Champagnol, analyste chez FranceAgriMer. Cependant avec les stocks ont devrait avoir une disponibilité réduite de 1 %. Cela reste en dessous de la moyenne quinquennale. »
À cela s’ajoute une prévision de rendements de cultures de printemps et de maïs en baisse. Ce qui laisser présager un report des fabricants d’aliments du bétail du maïs vers le blé. En revanche, les exportations sont attendues, pour le moment, en retrait. « Le Maroc et les pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient semblent avoir une belle récolte, fait remarquer l’analyste. Tout comme les pays de la mer Noire qui restent très compétitifs. » Une chose est sûre, la consommation de blé tendre restera très dynamique en 2026-2027.
À l’international, ça se tend
Ailleurs, d’autres éléments font monter les cours du blé et du maïs. « Les récoltes sont compromises dans l’ensemble des pays de l’Europe avec les vagues de chaud successives, alerte Jean Jacquez, analyste chez FranceAgriMer également. La moisson est décevante mais la météo actuelle laisse un peu de répit au maïs. »
À l’exception de l’Ukraine, qui semble avoir la qualité et la quantité, les pays de la mer Noire et l’Allemagne profitent de beaux rendements en blé mais la qualité semble compromise. Les exportations de céréales depuis ces zones seront peut être amoindries. D’autant qu’avec la sécheresse, la navigation le long du Rhin devient compliquée pour les grosses cargaisons.
La logistique bloque
« D’autant que le conflit entre l’Ukraine et la Russie endommage certains terminaux d’expédition ou d’infrastructures énergétiques, constate l’analyste. Une situation qui laisse les capacités d’exportation de ces deux pays dans l’inconnu pour le moment. »
En effet, les attaques de part et d’autres sont intenses en ce moment. À Odessa, par exemple, il y a eu des dommages sur la chaîne logistique de deux terminaux d’exportation. Le détroit de Kertch, là où transite 25 % du blé russe, est fermé. Et plusieurs infrastructures énergétiques russes ont été endommagées, notamment les raffineries d’Omsk, la plus grande de Russie, de Saratov et de Norsi, qui ont dû interrompre temporairement leur production.
Impacts sur l’énergie
« Si ces attaques se poursuivent, et rendent difficiles les exportations, elles pourraient accentuer les tensions sur les marchés de l’énergie, explique Majda En-Nourhi, chargée d’études économiques chez FranceAgriMer. Celles-ci sont déjà alimentées par la situation au Moyen-Orient. Elles pourraient impacter également les prix des céréales et ceux des engrais. »
Les tensions ne se limitent pas au pourtour de la mer d’Azov. Le conflit qui reprend de la vigueur autour du détroit d’Ormuz fait de nouveau grimper les prix de l’énergie et des primes de risques. « Le baril de brent qui avait diminué en juin pour arriver au niveau de l’avant-conflit à 70 $, est de nouveau passé au-dessus des 85 $, fait remarquer la chargée d’études. Même constat pour le gaz. » Cependant, les prix de l’urée résistent, pour le moment, aux tensions. Les niveaux de prix sont équivalents à ceux de février. En revanche, le prix des engrais phosphatés reste très élevé.
Un euro faible
Un autre indicateur qui devrait redonner un peu de compétitivité aux grains européens, ce sont les valeurs des monnaies internationales. « Le rouble est à un niveau très fort, ajoute-t-elle. Une telle conjoncture peut poser question quant à la rentabilité pour les exportateurs et les agriculteurs. » Le dollar est lui aussi en forte progression, ce qui limite leurs exportations.
Toutefois, celles-ci devraient être limitées puisque les Etats-Unis enregistrent l’une des plus mauvaises récoltes de blé. L’ importante inflation des prix en Europe, impacte la croissance économique européenne. À cela s’ajoute un risque accru du phénomène météorologique El Nino.
La récolte de maïs scrutée de près
La grande inconnue reste tout de même la récolte européenne de maïs. Les cours du maïs augmentent en même temps que les potentiels de récolte diminuent. Sauf dans les cas où le maïs peut être irrigué, la production française est attendue en retrait de 30 % selon l’AGPM. Au niveau européen, elle devrait diminuer de 3,7 Mt (millions de tonnes).
Les prochaines semaines devraient être cruciales. Alors que 42 % des maïs sont en pleine floraison, contre 35 % en 2025, la sécheresse et les températures risquent de limiter le potentiel des plantes. « L’offre mondiale est en retrait de 3,3 Mt, estime Majda En-Nourhi. Elle est comblée par les exportations des Etats-Unis et du Canada ainsi que les stocks mondiaux. » Les cours suivent ce sillage mais les acheteurs restent en retrait. Une situation à modérer puisqu’en Amérique latine, la récolte s’annonce bonne.
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