Rencontre avec une serre du troisième type ! A Conne-de-Labarde en Dordogne, Adrien et Mélanie Couderc ont présenté leur serre combinant puits canadien, photovoltaïque, thermitubes et voilages. C’est parti pour la visite de cette installation unique, en service depuis novembre 2025. Agriculteurs bio, Adrien et Mélanie mènent une activité de maraîchage comprenant un hectare en extérieur et leur nouvelle serre de 3400 m². Ils élèvent aussi 55 vaches allaitantes sur 80 ha, dont 60 en prairie. Retour sur la serre bioclimatique photovoltaïque.
Un partenariat pour financer l’installation
« Nous souhaitions une serre pour commercialiser plus tôt notre production de légumes, explique Adrien Couderc. Pour financer l’installation, nous avons cherché un partenariat avec un énergéticien, qui exploiterait une toiture photovoltaïque sur la toiture. »
Or, deux contingences raccourcissent vite la liste des partenaires motivés : « Comme nous sommes en bio, et compte tenu de nos deux UTH à ce moment-là, nous voulions une serre en verre, et pas trop grande. » Cependant, ils trouvent un accord avec l’énergéticien Enervivo. Celui-ci fournit les panneaux photovoltaïques et percevra les revenus de la production d’électricité.
Climatisation décarbonée
Cette serre en verre s’étend sur 3400 m², comprend quatre chapelles et 19 travées. Surtout, elle se distingue par son système de climatisation décarboné, une obligation en agriculture biologique.
Un puits canadien enterré à environ 4 mètres de profondeur rafraîchit l’air en été, et le réchauffe en hiver. De l’air pris à l’extérieur est acheminé en profondeur, puis ressort dans la serre à une température proche de 14°C.

Deux entrées d’air extérieures alimentent le puits canadien. (©Entraid Médias)
Puits canadien autonome
La pompe de ce puits est alimentée de manière 100 % autonome par une centrale photovoltaïque de 30 kWc (kilowatts-crête), installée sur la toiture d’un autre bâtiment de la ferme. » Ce choix respecte le cahier des charges de l’agriculture biologique qui interdit les combustibles fossiles. De plus, il nous évite les contraintes d’approvisionnement et de maintenance d’une chaudière à bois« , se réjouit Adrien.
Toutefois, il estime que le dimensionnement du puits canadien mériterait d’être doublé pour garantir une bonne efficacité, l’actuel étant jugé légèrement insuffisant.

Une centrale photovoltaïque de 30 kWc alimente la ventilation du puits canadien. (©Entraid Médias)
Panneaux et voilages contre les brûlures
La moitié de la toiture de la serre est équipée de panneaux solaires orientés au sud. Ils couvrent 46 % de cette surface, et affichent une puissance de 325 kWc. Les exploitants n’utilisent pas de plastique ni de blanchiment pour le verre.
En revanche, ils déploient des voiles sur la partie sud pour protéger les plantes des brûlures. « Nous constatons une baisse de température d’au moins 3°C lorsqu’ils sont mis », indique Mélanie Couderc.

La moitié de la serre est couverte à 46 % de panneaux photovoltaïques. Les modules génèrent de l’ombrage partiel. (©Entraid Médias)
Thermitubes et goutte-à-goutte
À l’intérieur, des « thermitubes » accumulent la chaleur la journée pour la relarguer la nuit. Ce sont de gros boudins remplis d’eau inerte, revêtus de géotextile noir. En période froide, des voiles tendus autour des plants maintiennent la chaleur autour des plants.
Deux retenues d’eau collectent l’eau de pluie tombée sur la serre. Elles alimentent un système d’irrigation en goutte-à-goutte. Le photovoltaïque alimente la pompe d’irrigation.

Durant les nuits froides, les thermitubes restituent la chaleur accumulée en journée. (©Entraid Médias)
La première bananeraie de Nouvelle-Aquitaine
Mise en service en novembre 2025, la serre permet de cultiver des productions maraîchères classiques (tomates, concombres, courges, courgettes, radis, blettes, épinards…). « Au printemps 2026, nous avons observé une avance de 2 mois par rapport à nos cultures sans serre« , analyse Mélanie.
Quelques précautions sont néanmoins nécessaires. Par exemple, les fortes chaleurs de ce printemps-été 2026 ont diminué la pollinisation. En outre, les pics de pucerons ont nécessité l’apport d’auxiliaires. Par ailleurs, les exploitants essaient des cultures exotiques (bananiers, manguiers, avocatiers), pour tenter de diversifier les revenus.

En plus de produits maraîchers habituels, Adrien et Mélanie testent des cultures exotiques comme la banane. (©Entraid Médias)
Serre pilote
Adrien et Mélanie Couderc contrôlent l’installation comme ils le veulent (ouverture des ouvrants notamment), Enervivo n’intervient pas.
Sur le plan financier et structurel, Énervivo (maître d’ouvrage) et Richel (constructeur) ont développé ce prototype. Enervivo annonce un coût de 680 000 €, dont 180 000 € pour le dispositif photovoltaïque. Enervivo a financé la structure et les panneaux de la serre, avec une aide de la Banque Publique d’Investissement (BPI) comprise entre 20 et 30 %.
De leur côté, Adrien et Mélanie Couderc ont investi 100 000 € pour le terrassement, la création des retenues d’eau, l’installation de l’irrigation et l’achat des plants.

La serre du GAEC Couderc couvre 3400 m². Elle est en service depuis novembre 2025. (©Entraid Médias)
Suivi bioclimatique
La serre fera l’objet d’un suivi pendant 3 ans par la Chambre d’Agriculture de la Dordogne, qui enregistrera des paramètres comme la luminosité, la température et l’humidité. Elle comparera la moitié de la serre couverte à 46 % de panneaux solaires à l’autre moitié, qui en est dépourvue.
A noter, ce suivi est volontaire. En effet, la serre ne relève pas de l’agrivoltaïsme au sens de la loi APER (accélération de la production d’énergies renouvelables). Enervivo, Adrien et Mélanie Couderc n’ont donc pas d’obligation réglementaire de respecter des seuils technico-économiques vis-à-vis de l’installation.
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