Face au défi du renouvellement des générations, les dernières données de la Safer révèlent les dynamiques complexes qui bousculent le marché foncier rural en 2025, entre reprise des transactions pour les terres et prés, crise viticole et nouvelles alertes sur le détournement d’usage des sols.
Analyse du marché foncier rural 2025 : les enjeux de la transmission
« On ne voit pas se profiler de « mur de foncier » agricole », a résumé Thierry Bussy, président de la fédération nationale des Safer. C’est-à-dire que malgré le vieillissement et l’arrivée à l’âge de la retraite de nombreux exploitants, les ventes de foncier agricole n’augmentent pas outre mesure.
Il intervenait dans le cadre de la diffusion des résultats de l’observatoire du marché foncier rural, publié annuellement par les Safer, à actualiser pour 2025. Cet observatoire s’appuie sur l’ensemble des notifications de projets de vente que les notaires sont tenus d’adresser aux Safer.
« Par contre, poursuivait Thierry Bussy, on va voir un nombre d’exploitations complètes à reprendre. Ce sont des cas complexes. Ce n’est pas le cœur d’activité des Safer, mais nous avons des initiatives en cours là-dessus dans certaines régions. »
L’accès au marché foncier rural 2025 pour les jeunes agriculteurs
La FNsafer, au côté du ministère de l’Agriculture, s’inquiète dans ce contexte de la difficulté d’accès au foncier agricole pour les nouveaux porteurs de projets agricoles. Ils ont conjointement présenté les résultats de l’étude AgriNovo, qui caractérise les projets et difficultés de ces nouveaux actifs agricoles. Des projets ne coïncident pas toujours avec les structures d’exploitations des cédants.
D’un autre côté, les analystes de la FNSafer ont souligné que, si les deux tiers des surfaces exploitées en agriculture sont en location, ce chiffre s’élève à 75% des pour les projets agricoles portés par des personnes de moins de 40 ans.
Les tendances du marché foncier rural 2025 : reprise pour les terres et prés
C’est la bonne nouvelle, concernant le marché de « terres et prés », selon la nomenclature de la Fédération nationales des Safer. Après 3 années de baisse, le marché du foncier lié aux terres et aux prés a repris des couleurs en 2025.
Les notifications des notaires adressées aux Safer permettent d’établir que ce sont les biens loués qui ont tiré cette dynamique.
« Les transactions progressent de 3,2 %, les surfaces échangées de 5,9 % et la valeur de 11 %. Les biens loués tirent cette dynamique (+ 7,3 % en transactions, + 12,9 % en surface, + 22,6 % en valeur) et deviennent même majoritaires, » note la Safer dans sa note d’analyse.
Le marché sociétaire, qui « pèse » 10% du marché foncier, est aussi appelé à croître.
Foncier viticole : une crise profonde, des signaux contrastés
Bilan beaucoup plus contrasté concernant le foncier viticole, avec des bassins entiers plongés dans des crises profondes.
« On constate des marchés nettement en baisse dans le Sud-Ouest. En un an, le foncier dans le secteur du Cognac a perdu plus de 50% de sa valeur », ont par exemple relevé les analystes de la Safer.
« La crise du vin rouge n’est pas terminée. Mais les situations peuvent s’avérer contractées à l’intérieur même d’un bassin de production », ont-ils nuancé, notant certains signaux de hausse parfois au cœur des zones sinistrées.
À l’autre bout du spectre, ils citent un marché du foncier viticole au cœur duquel 4 opérations ont pesé 25% du total national, dans le secteur Bourguignon.
Moins d’artificialisation du foncier, davantage de détournements
L’artificialisation des terres a poursuivi son recul en 2025. « Les surfaces, divisées par deux en quatre ans, atteignent 8 500 ha, un nouveau point bas inédit depuis 30 ans, » soulignent les analystes de la Safer.
« Aujourd’hui, l’heure est à l’acceptation de la contrainte liée au « zéro artificialisation nette« . Les élus se l’approprient, cela ne se passe pas si mal. C’est à ne surtout pas remettre en cause, » expose Thierry Bussy. Le contexte économique pèse également.
Si la mesure de l’artificialisation « officielle » recule pour 2025, d’un autre côté, la FNSafer tire la sonnette d’alarme en constatant des détournements d’usages du foncier agricole.
Premier signal : celui des « consommations masquées » du foncier agricole, visant à contourner les régulations appliquées au foncier agricole. Cela comprend comprenant les baux emphytéotiques souvent utilisés par les énergéticiens. Elle a dépassé en 2025 le recul de l’artificialisation. Des signaux existaient déjà les années précédentes.
Deuxième alerte, lancée par Thierry Bussy, président de la FnSafer: « La prestation totale (des opérations agricoles, ndlr), pour moi, c’est un contournement. Cela n’installe pas d’actifs qui font vivre un territoire. J’appelle cela la financiarisation de l’agriculture. Nous n’avons pas de chiffres officiels. Mais on le constate beaucoup sur le terrain. Or l’objectif, c’est d’avoir un maximum d’actifs avec des projets économiques viables pour pouvoir vivre (de l’agriculture) pleinement et dignement. »
Un foncier agricole moins cher qu’ailleurs en Europe
Les prix du foncier agricole en France restent beaucoup plus bas que dans les pays voisins.
Et c’est à double tranchant, analyse Bernard Charlotin. Ce dernier a réalisé pour sa société MaPropriété.fr un observatoire qui vient compléter les données de la Safer.
« Ce niveau de prix, bas par rapport aux voisins européens, permet aux agriculteurs de financer leurs projets, et pas seulement la fraction d’entre eux la mieux dotée financièrement. »
« Par contre, cette faiblesse des prix du foncier explique, selon lui, le taux d’artificialisation de terres », précise-t-il.
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