Accord commerciaux UE : « La déstabilisation des marchés se joue en fait à bas bruit »

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Accord commerciaux UE : « La déstabilisation des marchés se joue en fait à bas bruit »

Thierry Pouch est responsable du Service études économiques et prospective de Chambres d’agriculture France, et chercheur associé Laboratoire Regards, Université de Reims Champagne Ardenne. (© APCA)

Mercosur, Inde, Australie, mais aussi Nouvelle-Zélande, Thaïlande ou encore Malaisie : l'Union européenne enchaîne et accélère les signatures d'accords commerciaux avec d'autres zones économiques du globe. Le point sur les conséquences par filière avec Thierry Pouch, économiste expert des marchés agricoles.

L’Union européenne enchaîne les signatures d’accords commerciaux avec d’autres zones du globe. Retour sur les accords commerciaux de l’UE en 2026 et les impacts sur l’agriculture en France.

Accords commerciaux UE 2026 et agriculture : quel impact ?

L’objectif des accords est de contrer les soubresauts liés aux décisions chinoises et américaines. L’Union européenne a donc signé dès 2022 un accord commercial avec la Nouvelle-Zélande. Le 27 janvier 2026, elle a signé un autre accord avec l’Inde. Puis l’Australie. Depuis le 1er mai 2026, s’applique de manière provisoire le traité signé avec les pays sud-américains du Mercosur.

« L’Union européenne envisage également de signer des accords avec la Thaïlande et la Malaisie« , souligne l’économiste Thierry Pouch, responsable du service études économiques et prospective à l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture. À savoir qu’il travaille également en tant que chercheur associé au Laboratoire Regards, Université de Reims Champagne Ardenne.

Filière par filière, quelles sont les conséquences de ces accords commerciaux pour les agriculteurs?

Les experts commencent à voir se dessiner les tendances liées à l’agrégation des contingents de produits négociés accord par accord.

Attention toutefois, les textes définitifs ne sont pas tous publiés. Et le diable se cache parfois dans les détails des petites lignes.

Accords commerciaux de l’UE en 2026 sur l’agriculture : impact sur la filière grandes cultures

L’Europe et la France sont davantage exportatrices de céréales qui importatrices, résume Thierry Pouch. Dans ce domaine, les accords conclus récemment avec l’Inde, le Mercosur et l’Australie, ne semblent pas en mesure de déstabiliser les filières de l’Hexagone.

« Dans ce domaine, comme dans celui de la volaille de chair ou de ponte, c’est davantage l‘adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne qui pourrait venir franchement bousculer les équilibres« , nuance l’économiste.

L’impact sur la Viande bovine des accords

Sur la viande bovine, la partition est encore plus complexe. « Certains pays de l’Union européenne voient un intérêt à importer de la viande bovine en provenance par exemple du Mercosur. Une grande partie devrait par exemple aller en Allemagne, » pointe l’économiste.

« Mais comme sur la volaille, la déstabilisation des marchés se joue en fait à bas bruit, plutôt au niveau intra-communautaire. »

L’Ukraine est à nouveau citée, mais des pays déjà adhérents de l’Union européenne, comme les Pays-Bas ou l’Irlande, jouent leurs cartes.

Et parfois, les « paris » effectués par les acteurs donnent des résultats contre-intuitifs. Cela a par exemple été le cas dans le cadre de l’accord de l’Union européenne avec le Canada. « Cet accord avait suscité beaucoup de craintes au niveau des filières de viande bovine, » rappelle Thierry Pouch. « Or l’Union européenne en retire pour le moment un bénéfice, avec l’ajout d’une clause sur le refus du bœuf « hormoné ». Mais le Canada est en train de construire cette filière sans hormone. Et le bénéfice devrait s’inverser ».

Le diable est donc bien dans les détails… et dans le cumul des effets des accords commerciaux.

Impact sur les Produits laitiers

Sur les produits laitiers, plusieurs cas de figure en fonction des différents produits.

Un accord datant de juin 2022 avait déjà été signé avec un acteur décisif dans ce secteur, la Nouvelle-Zélande. « Les contingents accordés de la Nouvelle-Zélande vers l’Union européenne concernaient le beurre, le fromage ingrédient pour 25 000 tonnes (soit 1,3% de la consommation de l’UE), en plus des 38 000t de viande ovine et de 10 000t de viande bovine. »

Et d’un autre côté, analyse Thierry Pouch, nous avons ‘gagné ‘ sur le porc, les produits de viticulture, les aliments pour animaux, quelques produits laitiers, les chocolats et confiseries, et plus d’une centaine d’IGP qui ont été reconnues. »

Gain possible aussi pour les producteurs de lait infantile dans le cadre du Mercosur, avec notamment 10 000 t de lait infantile, sur lequel la France et l’Union européenne pèsent lourd.

Accords commerciaux: impact sur les Vins et spiritueux

« Je m’étonne que l’on n’évoque pas davantage les conséquences de l’accord lié au Mercosur sur les filières françaises liées aux vins et spiritueux », indique Thierry Pouch.

« On voit l’Argentine et le Chili, qui font partie du Mercosur, comme des marchés potentiels, mais ce sont aussi de gros exportateurs de vins, reconnus au-delà de leur frontière. »

« Les consommateurs de ces pays seront-ils sensibles aux vins français, et à leurs niveaux de prix? »

« Et l’expérience chinoise montre que ces facteurs comptent. Nous étions présents en Chine, nous le sommes toujours, mais l’approvisionnement chinois s’est progressivement ouvert à d’autres zones géographiques. Au-delà du prestige français, ces acteurs ont joué leurs cartes. »

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