Quelles sont les conséquences possibles de l’accord commercial signé entre l’Union européenne et l’Australie pour les agriculteurs français ? Réponses avec Thierry Pouch, responsable du Service études économiques et prospective à l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture. Il travaille également en tant que chercheur associé au Laboratoire Regards, Université de Reims Champagne Ardenne. Retour sur l’accord UE-Australie en agriculture.
Accord UE – Australie pour l’agriculture : 8 ans de négociations et d’attente pour les agriculteurs
L’Australie et l’Union européenne ont signé le 24 mars 2026 un accord de libre-échange, au terme de 8 ans de négociation.
Les deux zones économiques ont notamment longuement discuté des volets sur les produits agricoles. Elles sont donc entrées dans la période de ratification des traités. Laquelle peut avoir une durée variable en fonction des rapports de forces et priorités des États de l’Union européenne.
La Commission européenne a, de son côté, négocié l’export vers l’Australie de contingents de fromages. Mais aussi de vins et spiritueux, chocolats, biscuits et confiseries, pâtes alimentaires et produits à base de céréales.
Viande bovine : le contingent agricole qui aura le plus d’impacts
Dans l’autre sens, pour les agriculteurs français, c’est le contingent qui concerne l’importation de viande bovine qui pourrait être le plus impactant, pointe Thierry Pouch. « L’accord dresse un premier contingent de 5 000 tonnes de viande bovine sans droit de douanes. Contingent augmenté de 30 000 t à 10 ans, avec un droit de douane négocié à 7,5 %. »
Si les parties ratifiaient l’accord, cela représenterait une menace directe pour les éleveurs de viande bovine notamment en France. « L’Australie exporte des pièces à griller, de l’aloyau, avec un prix de référence par kilo de viande produite à 4 ou 5 euros, contre 7 euros en France en 2025″.
« L’élevage bovin australien s’affiche volontiers comme « herbager extensif », explique l’économiste. « Une réalité à nuancer, pointe-t-il, « il semble que jusqu’à présent, les animaux nourris à l’herbe soient davantage destinées à leur propre marché. » Car l’Australie comporte aussi une partie d’élevages en feedlots.
« La viande bovine australienne resterait malgré tout moins compétitive que celle du Brésil, qui pourrait arriver sur les étals européens si l’accord du Mercosur entrait en vigueur comme prévu, au 1 er mai 2026 », avertit Thierry Pouch.
C’est la multiplication des accords qui crée une risque de déstabilisation
Parmi les autres contingents négociés par l’Union européenne avec l’Australie, figurent 45 000 t de sucre, un total de 15 000 t de produits laitiers (beurre, lactosérum, lait écrémé), 5 000 t de de riz blanchi… des contingents appelés à augmenter au fil du temps, note l’économiste.
« Ces contingents, pris à part, ne semblent pas en capacité de déstabiliser les marchés européens, » souligne Thierry Pouch.
Derrière l’agriculture, les matières premières industrielles
En revanche, « si le traité venait à être ratifié, ces chiffres s’ajouteraient à ceux d’autres contingents. Tel l’accord commercial déjà signé avec la Nouvelle-Zélande en juin 2022. Sans oublier ceux qui ont été signés récemment, liés aux accords du Mercosur et avec l’Inde, » prévient l’expert, qui rappelle également que l’Union européenne envisage d’autres traités avec la Thaïlande et la Malaisie.
« Pris dans leur ensemble, ces quantités de produits risquent vraiment de venir menacer nos propres filières », pointe-t-il. « Mais ces accords commerciaux sont essentiellement destinés à tisser des liens entre des zones économiques pour résister aux déstabilisations créées par la Chine et les Etats-Unis. Et derrière les produits alimentaires, se dessinent surtout des contingents et des routes pour faire voyager des matières premières destinées à l’industrie, comme les métaux et les terres rares », analyse-t-il.
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