Stratégie d’achat d’engrais et de GNR : « Aucune visibilité »

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Stratégie d’achat d’engrais et de GNR : « Aucune visibilité »

30 % de l'urée que l'union européenne importe provient du Moyen Orient. © Unifa

Avec le conflit au Moyen Orient, les marchés des engrais et du pétrole se sont envolés. Pourquoi les cours des matières premières ne suivent pas leur progression ? Quelle stratégie adopter alors ? Eléments de réponse.

Depuis le début du conflit en Iran, les marchés agricoles vibrent au rythme des déclarations de Donald Trump. Et on peut dire qu’il ne les ménage pas en soufflant le chaud et le froid. Si les cours des grains sont liés avec ceux du pétrole et des engrais, ils réagissent dans leurs sillages mais dans une moindre mesure. Le point sur les marchés de grains.

Pourquoi les marchés des grains ne s’envolent ils pas aussi haut ?

On pourrait s’attendre à ce que les cours des matières premières agricoles crèvent les plafonds comme pour ceux du pétrole et de l’azote. Mais il n’en est rien. « Ils évoluent par sympathie, lance Arthur Portier, consultant chez Argus Média. Quand le prix du GNR augmente de 5 %, celui des engrais progresse de 45 % et pour les grains, on constate une hausse avoisinant les 4%. »

S’ils n’évoluent pas dans les mêmes proportions, c’est parce que le marché mondial des grains est déjà bien pourvu, le bilan est confortable et ce conflit ne joue pas sur la production, les opérations et les échanges des grains.

Le conflit justifie t-il la flambée des cours ?

Le Moyen-Orient est un grand hub énergétique qui est pour le moment bloqué. « 30 % de l’urée que l’Union européenne importe provient de cette zone, » chiffre Arthur Portier. Or, on le sait, une partie des acheminements est bloquée. Pour le moment, aucun engrais provenant de cette zone n’est importé. Rendant, les engrais un peu plus rares.

Par ailleurs, « 26 % des engrais consommés en Europe proviennent d’Egypte, explique le consultant. Ces derniers avaient pour habitude de se fournir en gaz iranien pour fabriquer leur urée. Pour le moment, pour des raisons évidentes de sécurité, les pipeline sont bloquées. » Avec un gaz devenu rare, son coût a donc progressé. « 80 % du coût de l’ammoniac provient du gaz« , rappelle Arthur Portier.

Quelle stratégie peut adopter l’agriculteur français ?

Pour le moment, il y a peu de visibilité. « Les marchés évoluent selon les annonces de Donald Trump, fait remarquer le consultant. Lorsqu’il évoque la fin du conflit prochaine, les cours baissent. Mais le lendemain, il peut dire l’inverse. »

Avec une autre tendance. Face à cette volatilité, les agriculteurs se voient faire le dos rond en attendant des jours meilleurs mais doivent aussi saisir les opportunités.

Quelle différence entre les conflits du Moyen Orient et celui en Ukraine ?

Au Moyen Orient, le conflit se situe dans une zone de forte production énergétique mais pas agricole. « À l’inverse du conflit en Ukraine qui touche une puissance agricole et qui a déstabilisé les marchés des grains en plus de ceux de l’énergie, l’Iran n’est pas un acteur majeur sur les marchés agricole, précise le consultant. Ce sont avant tout les blocages de bateaux d’engrais et de pétrole qui jouent sur leurs prix. »

Les conséquences sont plus violentes avec une partie de gaz et du pétrole mondiale qui se fait plus rare.

Quels sont les risques pour les exploitations si cette situation perdure ?

Il n’y a pas que les exploitations européennes qui souffrent de cette situation. « Au Brésil, en Australie notamment, les agriculteurs sont très dépendants des engrais fabriqués au Moyen-Orient, fait remarquer Arthur Portier. C’est la santé des exploitations qui est en cause. Non pas pour cette campagne mais si la situation perdure, les agriculteurs ne vont plus pouvoir produire à perte. »

Tout comme le risque qu’ils réduisent ou fassent l’impasse sur certains apports d’engrais. « Là on joue sur le rendement, mais aussi sur la qualité, alerte le consultant. Les grains risquent alors de ne plus être conformes aux normes d’exportation et de se retrouver sur un marché fourrager probablement bien fourni. »

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