Avec l’arrivée du printemps, les projets refleurissent à la cuma Biovallée des Weppes, située dans le nord. C’est bon signe après quelques années orageuses. “Nous avons de nombreux projets, annonce, ravi, Florian Dievart, le président. Nous projetons d’investir dans du matériel pour mécaniser nos récoltes. Un pas supplémentaire pour la cuma qui ne partage pas encore ce type d’outil. Il faut aussi que nous renouvelions l’un des deux tracteurs et achetions un chariot élévateur.” Retour sur la gestion d’une cuma maraîchage qui a affronté les difficultés.
D’une cuma en difficulté à une cuma en plein essor
De bonnes nouvelles qui rassurent. Car la cuma revient de loin. En effet, en 2020, quatre des sept adhérents de la cuma mettent les clés sous la porte. Le résultat d’installations mal anticipées. Sur la zone de maraîchage qui accueille la cuma, le collectif est loin d’être une valeur commune constate dès son arrivée en 2019 Florian Dievart. “La MEL (métropole européenne de Lille) nous a réunis sur cette zone en sélectionnant nos projets sur le papier, mais elle a oublié un facteur déterminant pour une telle réussite qui est l’humain”, estime le jeune président.
Résultat, avec ces départs, la cuma est au bord du gouffre. La cuma n’accueille plus que trois adhérents qui tentent de compenser les dettes des maraîchers manquants. “Heureusement, nous avons été accompagnés pendant cette période, relate Florian Dievart. La banque nous a permis de décaler certaines échéances, tout comme la MEL. Et d’un point de vue humain et gestion, la frcuma a été très présente.” Un environnement qui permet aux trois agriculteurs d’y croire encore, de poursuivre l’aventure, de ne rien lâcher. “En fait, on n’a jamais vraiment pensé à dissoudre la cuma, révèle le président. Nous avions un bel outil de travail, de bonnes conditions, aucun de nous avait envie d’arrêter malgré les gros investissements et les dettes. Nous voulions également faire profiter de la cuma aux futurs arrivants et qu’ils ne pâtissent pas des erreurs du passé.”
Gestion d’une cuma maraîchage : miser sur le recrutement
De l’optimisme, il en a fallu au groupe. Être visionnaire également. Les trois maraîchers se voient donc obligés de prendre leur destin en main. “Pour remplacer les départs, nous avons suggéré à la MEL de mener nous-même les processus de recrutement », explique Florian Dievart qui n’a pas eu peur de se retrousser les manches. Épaulé de la Frcuma, le groupe sélectionne quatre maraîchers sur 12 projets. “Il fallait des projets sérieux financièrement, mais aussi tournés sur l’humain, précise le président. Les conseillers de la frcuma nous ont aidés à poser les bonnes questions pour mieux cerner les candidats.”
Avec l’arrivée en 2022 des jeunes maraîchers, un vent de fraîcheur souffle sur ce collectif et sur la cuma adjacente. Après avoir fait le dos rond pendant un an et demi, le groupe se relève. Entre-temps, la cuma récupère ses billes après le départ des quatre adhérents. “On a essayé de repartir sur de bonnes bases et on a tout remis à plat, se souvient Florian Dievart. On voulait repartir de zéro et ainsi permettre aux nouveaux de s’intégrer facilement.” Là, de nouvelles règles y sont définies : le bâtiment devient un lieu collectif plutôt qu’un simple stockage. Tout est mis en commun, que ce soit l’atelier, les rangements de palox ou d’intrants comme l’espace de conditionnement. L’objectif est de travailler ensemble lorsque c’est possible.
S’ouvrir aux autres
Ce nouveau groupe donne un nouvel élan : les projets se débloquent, la cuma prend une nouvelle envergure. C’est un pari gagnant. Elle s’ouvre à de nouveaux adhérents hors de la zone maraîchère et accueille un éleveur. Une ouverture qui fait du bien. “Ça nous a sauvés ! On profite d’un regard extérieur, admet le président qui reste confiant et patient. Cela nous permet d’échanger et de mener de nouveaux projets.” En parallèle, la cuma investit de nouveau, portée par le charisme de quelques nouveaux adhérents : laveuse de poireaux à 30 000 euros, chambre de stockage chaude à 55 000 euros ou encore renouvellement puis achat d’un tracteur supplémentaire en commun. On n’arrête plus le groupe. “La frcuma nous suivait pour des impayés, maintenant, c’est pour financer des projets à 55 000 euros”, ironise Florian Dievart.
Pour aller plus loin, Florian Dievart décide de mettre en commun son assolement avec deux autres maraîchers. Un moyen de mutualiser les ressources, de gagner du temps ou de proposer une plus large gamme de légumes à leurs clients. Toutefois, il le concède, “je garde en tête les erreurs du début. Je ne regrette rien mais je ne voudrais pas retrouver la même situation qu’il y a quelques années. On a appris de nos erreurs. On prend du recul, on est davantage dans la prévention, on fait attention aux autres. Il faut parfois être un peu dur, plus sévère à certains moments, mais c’est pour la bonne cause. Et c’est positif, je prends plaisir à venir travailler ici.”
Confort de travail avec la cuma
Pour ces onze adhérents, la cuma a du sens et permet d’avoir une gamme d’outils de travail importante. “On est productif au bon moment et on développe nos exploitations à côté, reconnaît le président. Sans oublier le confort de travail que le collectif nous procure. Seul, je n’aurais pas tenu cinq ans en tant que maraîcher.”
Pour se relever, le groupe a dû prendre des risques, être patient, se faire aider. Mais sans aucun doute, il a dû se doter d’un sacré optimisme. À la cuma Biovallée des Weppes, on ne baisse pas les bras facilement.
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