Dans le Pas-de-Calais, le groupe qui agit pour ne pas subir

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Dans le Pas-de-Calais, le groupe qui agit pour ne pas subir

Les trois copains ont créé la cuma de Leulenne il y a une quinzaine d’années pour s’équiper de matériels nécessaires à l’agriculture de conservation des sols. (©Entraid)

À la cuma de Leulenne dans le Pas-de-Calais, l’objectif des adhérents est de transformer les contraintes en opportunités. Pour cela, le collectif est indispensable.

C’est l’histoire d’un groupe qui a appris à lutter contre l’érosion. Mais la cuma de Leulenne, c’est d’abord une bande de trois copains : Bruno, Jean-François et Loïc. Leur complicité et leur sens de l’humour les ont conduits durant toute leur carrière à travailler ensemble. Mais aussi à partager leurs matériels, leurs idées, leurs projets tout en s’investissant dans leur territoire et en rassemblant leurs collègues et voisins autour de l’agriculture. Cela passe par leur cuma, créée il y a une quinzaine d’années. Ils ont débuté à trois puis ont réussi à embarquer une partie de leurs voisins. Le but ? “Accéder à une large gamme de matériels performants, bien équipés, qu’on ne pourrait pas acheter seuls”, assure Jean-François Delzoide, le trésorier. Si au départ, nous l’avons créée pour nous, on est resté ouverts et accueillons à ce jour une bonne dizaine d’adhérents.” Classique. Retour sur l’agriculture de conservation des sols en cuma.

Lutter contre l’érosion en groupe

Mais ce qui caractérise ce groupe, c’est son implication dans le territoire et les projets qu’ils ont menés ensemble. Depuis plus de 20 ans, les trois agriculteurs sont concernés dans le programme Hem ton sol. Il regroupe les agriculteurs et organisations de la vallée de la Hem, souvent en proie aux inondations.

La dernière en date, 2023, lors des précipitations incessantes de cet hiver-là. “Dans ce cadre, nous avons planté des haies, des fascines et étudié nos manières de cultiver, explique Bruno Leduc, le vice-président de la cuma et agriculteur à Tournehem-sur-la-Hem. Par exemple, sur mon exploitation, on a planté 4 km de haie.” Et les résultats semblent prometteurs, et nécessaires malgré le boisement autour de la commune déjà présent. Certes, lorsqu’il pleut en quantité, les inondations sont inévitables, à cause de la topographie de la vallée, mais l’érosion des sols semble s’être atténuée et l’eau dévale moins les pentes.

Agriculture de conservation des sols en cuma, leur credo

C’est aussi grâce aux pratiques de ce groupe d’agriculteurs engagés. “On s’est lancés dans l’agriculture de conservation des sols, il y a de ça dix ans« , ajoute Jean-François Delzoide. Et il faut l’avouer, se lancer en groupe, c’est motivant. “L’un entraîne l’autre”, avoue Loïc Delbende, le président de la cuma. Leur motivation réside également dans le fait de ne pas subir les contraintes mais plutôt à en faire des opportunités, et être acteurs de leur territoire.

Un choix que les trois compères remettent en question aujourd’hui, un peu désabusés. “On s’est rendu compte que ce n’était pas une solution miracle”, estime Bruno Leduc.

Toutefois, ils n’ont pas abandonné leurs bonnes habitudes pour autant. C’est l’art qu’a l’agriculteur à s’adapter aux conditions. Ils mettent un point d’honneur à couvrir leurs sols l’hiver. “Ça nous permet de gérer les vulpins, invasifs, reconnaît Bruno Leduc qui reste intéressé par l’agronomie. On voit aussi que nos sols sont vivants. Avant on écrasait les vers de terre. Maintenant, on essaye d’en prendre soin.”

Le collectif, toujours

L’ambition de ces trois collègues est de rester ouverts. Le collectif est trop important pour eux. Il leur permet de trouver des astuces, d’échanger, de se comparer et de ne pas se retrouver seuls, le bec dans l’eau. “La technique interpelle, elle questionne et se diffuse, estime le Bruno Leduc. C’est le but. Je rencontre des jeunes qui se posent des questions quand ils voient que je sème dans des repousses de lin de 50 cm. » Mais pour lui, la réglementation, même si elle incite à couvrir les sols est un non-sens agronomique. « On nous demande de semer trop tôt nos couverts. Avec une moisson plutôt tardive, la paille à rentrer, les épandages, nous n’avons pas le temps de faire plusieurs passages de déchaumeurs et de tenter de faire lever les adventices.” Un sujet qui le tracasse.

Pour ce groupe d’agriculteurs de la vallée de la Hem, l’essentiel reste d’être la rentabilité de leur exploitation.”On veut soigner l’EBE de nos exploitations, lance Jean-François Delzoide surnommé Picsou pour l’occasion. Pas question de gratter là-dessus.” Pour cela, ils n’hésitent pas à s’adosser aux coopératives de leur secteur mais aussi au Geda. Groupe que Loïc Delbende a remis en place, motivé par le besoin de trouver des techniques qui allient rentabilité et agronomie. “Là on travaille sur les techniques culturales qui nous permettent de raisonner l’utilisation de nos intrants. Mais aussi qui limitent l’érosion, apportent de la vie dans les sols”, illustre Bruno Leduc sensible aux réductions des émissions de carbone.

Accompagnés par la cuma

Ces réflexions ont mené ces trois agriculteurs à contracter une MAE (mesure agro environnementale). Il y a de ça une dizaine d’années. En contrepartie d’une prime d’environ 300 €/ha, les trois agriculteurs se sont engagés à réduire de moitié leur IFT (indice de fréquence des traitements) sur la totalité de leur assolement. Motivé, chacun met son savoir-faire. “Jean-François s’y connaissait en molécules de produits phytosanitaires, Loïc dans les chiffres, à trois nous nous sommes lancés, c’était motivant. Seul, je ne l’aurai pas fait”, avoue Bruno Leduc.

Ces expériences ont mené la cuma à s’équiper de matériels plus adaptés à leurs changements de pratiques. Un semoir de semis direct notamment. Acheté il y a sept ans, il emblavait 450 ha, contre 150 ces dernières années et un prix qui est passé de 17 €/ha à 52€. “On l’utilise pour le colza, les céréales et les couverts selon les conditions climatiques et les dates de semis, explique Loïc Delbende. Mais nous nous sommes rendu compte qu’il fallait tout de même travailler le sol avant les semis.”  « La cuma ça fédère, ça nous permet de se retrouver autour d’une table avec des voisins, de se dire les choses », poursuit Bruno Leduc. Un bel outil qui sera sûrement repris par les jeunes, quand la place sera libre.

La cuma de Leulenne en quelques mots

  • 13 adhérents
  • Matériels : une quinzaine dont du matériel de fenaison, semoir de semis direct, épandeur, outils de travail du sol, bétaillère, bineuse autoguidée ou encore un broyeur de couverts végétaux.
  • L’utilisation de boîtiers Karnott et montant des factures prélevées sont les deux obligations.
  • Pour adhérer, nécessité de s’engager dans trois outils minimum

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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