Jean-Bernard : « Je décale mes apports d’azote pour être au plus près des besoins de la plante »

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Jean-Bernard : « Je décale mes apports d’azote pour être au plus près des besoins de la plante »

La méthode de calcul des apports d'engrais Appi-N se base sur les besoins du blé défini avec une pince qui détermine le taux de chlorophylle de la plante. (©Entraid)

Jean-Bernard Lozier, agriculteur à Coudres, dans l'Eure raisonne sa fertilisation sur les céréales afin d'optimiser ses apports. Il n'hésite pas à faire des impasses ou à décaler ses interventions pour que l'engrais soit le plus efficace. Témoignage.

Ca fait partie d’une démarche globale initiée il y a une dizaine d’année et longuement réfléchie par Jean-Bernard Lozier, agriculteur à Coudres, dans l’Eure. « Je voulais assurer ma marge, annonce t-il. Car dans le fond, c’est ça qui compte. Alors j’ai revu mes ambitions de production à la baisse, j’ai fait mes calculs et j’estime qu’avec un rendement de 60 q/ha, je m’en sors tout aussi bien. » Avec ce niveau, les charges de ses intrants sont maitrisés. Toutes les infos sur le pilotage de la fertilisation azotée.

Pilotage de la fertilisation azotée : une autre méthode de calcul des apports d’engrais

L’agriculteur se penche sur une nouvelle méthode de calcul de dose d’engrais. Celle-ci promet une économie des quantités d’azote apportées de 25 %, qu’elle que soit la forme. Elle est développée par l’Inrae. De son nom, Appi-N, la méthode permet de piloter les apports tout au long du cycle de la plante.

« Elle se base avant tout sur le besoin de la céréale, explique Marie-Hélène Jeuffroy, directrice de recherche à l’Inrae. En prenant en compte le climat, le potentiel de la parcelle, le stade de développement, les besoins et l’offre disponible en azote de celle-ci, elle indique à l’agriculteur le moment et la dose dont elle a besoin. » La mesure se fait par une pince qui mesure le taux de chlorophylle du blé à un instant T. Grâce à des abaques, l’agriculteur connaît le besoin de la plante. »

Donner à manger au blé quand il a faim

« C’est un changement complet de raisonnement, avoue l’agriculteur. C’est perturbant d’appliquer 125 unités d’azote sur un blé alors qu’habituellement, c’était plutôt 200. Cela demande de la pédagogie mais aussi de faire confiance à cet outil. » À l’image de cette année où l’agriculteur a apporté ses engrais bien plus tardivement en saison que d’habitude. « J’ai fait mon premier apport d’azote mi mars, bien plus tardivement que mes collègues, fait-il remarquer. Et en quantité moindre afin que tout soit utilisé. »

En effet, lors du premier apport, les chercheurs estiment que seule la moitié d’azote est valorisée. « C’est une période où l’engrais est mal utilisé par la plante, explique Marie-Hélène Jeuffroy. On peut se permettre une période de sous-nutrition à la sortie de l’hiver qui ne sera pas préjudiciable ensuite. »

Finalement, c’est un peu comme donner à manger à son blé uniquement lorsqu’il a faim. Ni avant, ni après.

Pilotage de la fertilisation azotée : deux apports au lieu de trois

Mais il ne s’agit pas non plus de biberonner le blé. Mais plutôt de le laisser utiliser les ressources disponibles dans le sol. Comme l’illustre Jean-Bernard Lozier. L’année dernière je n’ai fait que deux apports d’azote, avec une dose totale de 40 à 120 unités selon les parcelles et les précédents. Alors que la méthode du bilan me conseillait d’en apporter 140. »

Le but est avant tout de laisser la minéralisation se faire. « Cette année, en avril 2026, le temps était trop sec pour apporter de l’azote, fait remarquer l’agriculteur. J’ai pincé mon blé au début du mois, puis trois semaines plus tard. La dose préconisée était réduite. Le blé avait moins de besoin car la minéralisation a eu lieu. » Un changement d’état d’esprit donc. Mais ce dernier insiste sur le fait que ce ne sont que des outils. « Les abaques ne couvrent pas toutes les situations et il faut continuer à utiliser son savoir-faire. »

Déjà couvert

Mais sur le long terme la méthode est-elle valable ? « On parle souvent de pool azoté avec une quantité d’azote présent dans le sol nécessaire mais finalement ça n’est pas très utile, affirme la directrice de recherches. En revanche, avoir de la matière organique dans le sol présente un réel intérêt, ça permet de proposer une bonne nourriture à la plante. »

Pourtant, la conjoncture et les niveaux de prix des engrais actuels n’obligent pas Jean-Bernard Lozier à l’économie. Car ce dernier profite encore des tarifs d’achat d’engrais de l’année dernière. « J’avais acheté trop d’engrais l’année dernière, sous forme d’ammonitrate solide certes, mais beaucoup moins onéreux que ceux de cette année. D’autant que je suis dans l’optique de me passer de solution azotée, top volatile à mon goût. » L’optimisation de l’engrais n’est donc pas une nécessité. Mais c’est un état d’esprit.

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com

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