La hausse du prix du Gazole Non Routier (GNR) impacte les trésoreries. Nous avons fait quelques simulations pour évaluer l’effet de cette augmentation dans le poste des charges de mécanisation. En préambule, rappelons l’effet du choix de l’itinéraire technique sur la consommation en carburant. Comme le montre ce tableau de la Fncuma, inclure du labour alourdit la charge de GNR en €/ha. Le tableau prend en compte un tracteur de 150 ch, une charrue 5 corps, un déchaumeur et des semoirs larges de 3 m. Retour sur le coût du GNR par hectare lors de la préparation des sols.
Le labour, cette opération gourmande en GNR
La composante « GNR » des charges de mécanisation varie selon le débit de chantier permis par chaque outil. S’il possède une faible largeur de travail et requiert des taux de charge moteur élevés, il nécessitera davantage de GNR pour travailler. A largeur égale, elle explique sans surprise les coûts de chantiers supérieurs des outils animés. Rien de bien étonnant, mais ces calculs ont le mérite de chiffrer l’influence des prix du GNR.
Nous avons simulé des prix de chantier avec des coûts respectifs du GNR à 1,3 €/l, 1,6 €/l et 2 €/l (hors taxes), d’après les données moyennes du document « Coûts des opérations culturales 2025 des matériels agricoles » (Chambre d’Agriculture France).
Coût du GNR par hectare : jusqu’à 130 €/ha le passage d’une charrue 4 corps
La hausse du carburant impacte davantage le labour que les autres façons culturales. Concernant le travail profond, la charrue souffre d’un prix de chantier important.
L’augmentation du prix du GNR se fait d’autant plus sentir. Le coût de chantier d’une charrue 4 corps coûterait 93 €/ha avec un GNR à 1,3 €/l. A 1,6 €/l, il augmenterait de 17 %. A 2 €/l, de 41 %.
GNR en hausse, retour du pseudo-labour ?

Les chantiers avec outils de pseudo-labour subissent moins la hausse du GNR que les charrues. (©Quivogne)
Bien qu’ils ne réalisent pas le même travail, les prix de chantier des décompacteurs, des chisels et des cultivateurs sont à mettre en face. Le facteur est de l’ordre du simple au double, en défaveur des charrues. Peut-être un retour de « hype » pour les outils de pseudo-labour ?
Risque de 15 % de hausse pour le décompacteur
Le décompacteur ne se soucie pas de la mode. En effet, pour diverses raisons, il est souvent de sortie ces dernières années.
Malgré leurs faibles débits de chantiers, la hausse du GNR ne ferait pas trop décoller leurs coûts d’usage. Ils augmenteraient de 6 à 16 % selon les tarifs du carburants et les modèles.
Jouer avec la polyvalence des déchaumeurs
Dans une optique de travail à profondeur entre 5 et 20 cm, les chantiers avec des cultivateurs, des déchaumeurs à dents + disques et des modèles à disques indépendants affichent des prix intermédiaires. En tout cas inférieurs à ceux des pulvériseurs (ou cover-crops), plus tirants.
Sous réserve de conditions pédoclimatiques favorables, les déchaumeurs pourraient rendre des services. Par exemple, certains cultivateurs et déchaumeurs à dents pourraient s’occuper de restructurer des sols, tandis que des déchaumeurs à disques indépendants pourraient se substituer à des outils d’émiettement comme la herse rotative. De plus, les déchaumeurs peuvent accueillir des équipements de semis, polyvalence intéressante dans certains contextes.
Les herses rotatives limitent la casse

Les herses rotatives de 3 à 4,5 m de large avoisineraient 60 €/ha avec un GNR à 1,6 €/l. (©Kuhn)
Pour désagréger les mottes ou préparer le lit de semences, les herses rotatives, comme les autres outils animés, consomment plus de GNR par hectare que les alternatives non animées.
Toutefois, bien qu’elles soient énergivores, la hausse du GNR n’impacte qu’à la marge leur coût de chantier. Pour 3 m de large, par rapport à une situation avec un GNR à 1,3 €/l, des tarifs à 1.6 €/l et à 2 €/l induisent des augmentations respectives de 5 % et 11 %.
Les vibroculteurs fourbissent leurs dents
Comme les déchaumeurs à disques indépendants, les vibroculteurs peuvent être comparés aux herses rotatives. Certes le passage du « vibro » génère moins de frais de GNR que celui de la « rotative ». Cependant, il est intéressant de constater que, pour l’exemple d’une largeur travaillée de 4.5 m, la hausse du GNR ne creuse pas la différence de prix.
Entre des prix du GNR de 1,3 et 2 €/l, si l’écart augmente légèrement, il demeure de l’ordre de 20 €/ha. Au-delà de ces chiffres et de l’effet des deux outils sur le sol, notons qu’ils présentent chacun des atouts respectifs.
Avantage pour le vibroculteur : son débit de chantier supérieur.
Avantage pour la herse rotative : sa possibilité d’être combinée au semoir.
Hausse du GNR, prière et boule de cristal
Bien entendu, comparer des itinéraires techniques sur le seul critère du prix du GNR est réducteur. Toutefois, ces simulations éclairent d’un nouveau jour les différentes solutions qui se présentent avant les préparations des semis de printemps.
Espérons que mars et avril 2026 réservent de bonnes conditions pour ouvrir et émietter les terres. Des situations qui obligeraient le recours à des outils énergivores du type rotavator et fraises seraient malvenues pour les trésoreries.
Bien sûr les considérations agronomiques, pédoclimatiques et les fenêtres météo joueront un rôle dans les décisions d’utiliser tel ou tel outil. Mais les prévisions de prix de vente des cultures envisagées peuvent aussi peser.
À défaut de boule de cristal, les niveaux de prix récents des cultures de printemps inciteront à travailler le sol de manière plus ou moins intensive. Les cuma sont susceptibles de proposer différents outils pour changer son fusil d’épaule, davantage que le parc d’une seule exploitation. Elles constituent dans cette situation un levier intéressant pour qui voudrait adapter son itinéraire technique.
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