Anthony Gavend :  » Une connerie peut être un coup de génie « 

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Anthony Gavend :  » Une connerie peut être un coup de génie « 

Anthony Gavend et son chien robot débarquent en agriculture. (©Entraid)

Anthony Gavend et son entreprise Evotech inventent des robots, dont l'e-doggy, qui a sécurisé les Jeux Olympiques. Il arrive en agriculture. Portrait d'un programmeur autodidacte qui partage beaucoup de valeurs avec les cuma.

Les images de son chien-robot parmi les volailles ont fait le tour du monde. L’e-doggy de l’entrepreneur Anthony Gavend guidait 14 000 poules de plein air vers leur poulailler. Il nous présente son robot de surveillance agricole : e-doggy.

E-doggy : le robot de surveillance agricole polyvalent

L’éleveur landais avouait son soulagement d’éviter cette corvée de deux heures par jour. Pour l’e-doggy, c’est une nouvelle mission, après avoir joué les démineurs aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et de Milan-Cortina 2026. Il suit son maître, ou plutôt son créateur, Anthony Gavend, co-fondateur de l’entreprise Evotech avec son frère David. Et si l’e-doggy invite les poules à rentrer au bercail, c’est le fruit d’une rencontre inopinée. « L’idée est venue au cours d’une discussion informelle, explique Anthony. Ça m’a tout de suite intéressé. J’ai découvert que l’agriculture est un grand vecteur de robotisation. »

Réduire la pénibilité et augmenter la sécurité de la main-d’œuvre agricole, surveillance du bétail et des hangars de matériels, un partenariat avec la coopérative Maïsadour, les projets ont tout de suite fourmillé. Ainsi va Anthony Gavend. Au fil des rencontres. Au fil de ses intuitions. Toujours avec implication et pragmatisme. Le fruit d’un parcours autodidacte.

Tombé dans le code à 12 ans

Excellent élève en première scientifique, Anthony s’ennuie. Les professeurs rechignent à approfondir les cours comme il le voudrait, et bien tant pis. Il quitte le lycée. Avec l’idée de se consacrer à sa passion, le code. « Je suis tombé dedans à 12 ans », se souvient-il. À son palmarès, des programmes pour initier les écoliers à l’informatique et le piratage du logiciel d’encadrement du collège. Cette fois, il veut en vivre tout en réalisant des services utiles.

En 2008, il crée sa première entreprise, qu’il finance en travaillant en parallèle dans le bâtiment. En 2016, il rencontre le succès international avec ses drones ‘Helpers’. L’entreprise sauve des dizaines de personnes de la noyade en les secourant avec des drones. Mais périclite à cause de problèmes de financement.

Autofinancer ses innovations

Pas grave. Il recommence, des projets d’application de robotique et d’intelligence artificielle plein la tête. Principal obstacle selon lui : « La vision très étriquée que la France a de l’innovation. Elle a tendance à ne prêter qu’aux riches, à hauteur de leurs capitaux. En outre, maintenant que je travaille pour le secteur de la défense, je ne peux plus avoir de subventions ! » Et bien soit, Anthony et David créent un centre de recherche privé, qui financera les innovations de son entreprise.

« Evotech est prestataire de services, nous développons des solutions technologiques sur-mesure pour nos clients. Grâce aux revenus, nous développons nos propres projets », explique le trentenaire. Evotech travaille aujourd’hui à industrialiser et commercialiser l’e-doggy. « C’est moins marrant, confesse Anthony. Ce qui m’anime, c’est la technique ! »

robot e-doggy devant un poulailler

Rentrer des volailles, surveiller des troupeaux ou des hangars, Evotech a des projets agricoles pour son chien robot e-doggy. (©Entraid)

Car s’il a créé de nombreuses entreprises (lui-même ne sait plus combien), de programmes et d’engins innovants, c’est par amour de la technique. Avec la pensée « je veux comprendre ! » comme leitmotiv. Et comprendre, il le fait tout seul. Sans forcément respecter les règles. Il potasse, démonte, remonte, invente, teste, casse, améliore, reteste, recasse… Jusqu’à maîtriser son sujet. Au point de devenir une référence dans certains domaines. C’est en suivant sa méthode d’autodidacte qu’il a intégré l’équipe d’experts en drones pour l’Union européenne.

Autodidacte sociable

« Je sais que cela paraît déroutant, admet Anthony. Mais je ne suis pas le seul à procéder ainsi. L’itération de cycles rapides d’échecs, c’est commun et encouragé aux Etats-Unis, pas vraiment en France ni en Europe. » Parlez avec Anthony, et vous relèverez vite quelques-uns de ces mantras. Parmi eux, « Comprendre qu’une connerie peut être un coup de génie », ou « C’est grâce à l’échec qu’on avance ». Mieux, si un développement se passe sans échec, Anthony impose une introspection à son équipe, pour évaluer si c’est normal, ou si les essais n’ont pas été assez exigeants.

Au sein d’Evotech, Anthony collabore avec 10 employés. Cet « homme qui s’est fait tout seul » ne correspond pas à l’image du Géo Trouvetout qui farfouine dans son garage. Alors, c’est quoi, être autodidacte, et cela est-il compatible avec le travail d’équipe ?

« Il faut avoir le cerveau câblé pour (sic). Un autodidacte possède une capacité d’auto-apprentissage et un mode de raisonnement qui ouvrent des portes, qui font la différence entre un bon élève et un très bon élève. » En revanche, ce n’est pas toujours une sinécure. « J’ai soif d’apprendre tout le temps. Mais une fois la chose comprise, je m’en désintéresse », avoue-t-il. On comprend mieux pourquoi l’industrialisation du projet e-doggy le botte moins que son développement.

Robot de surveillance agricole : il y a « inventeur » et « ingénieur »

Et puis il faut s’adapter au fonctionnement des autres : « J’ai parfois un langage décalé. Par exemple, le dialogue est parfois difficile avec les ingénieurs », sourit l’inventeur, avant d’affirmer, plus sévère : « Selon moi, les ingénieurs sont trop formatés, ce qui ne les met pas dans les meilleures conditions pour innover. Les personnes qui innovent vraiment, ce sont celles qui remettent en cause les acquis, qui pensent différemment. » Anthony se remémore même un déficit de légitimité dans ses débuts, lorsqu’il était confronté à des personnes expérimentées ou bardées de diplômes.

Au quotidien cependant, il semble agréable de travailler chez Evotech. « Je tiens à ce que nous nous fassions plaisir au travail, et que nous menions nos projets dans la bonne humeur », insiste Anthony. Tout sauf une façade type start-up branchée, qui mettrait un baby-foot dans l’entrée mais presserait ses employés comme des citrons. « J’ai institué la semaine de 4 jours, avec 34 h de travail, pose-t-il. Et j’y tiens : si des gens dépassent leurs horaires, je leur demande de rentrer chez eux. » Quitte à parfois frustrer ses collègues, il souhaite favoriser l’équilibre entre les vies pro et perso.

Semaine de 34 h

« Le cerveau travaille de deux manières, consciente et inconsciente. Dans nos métiers, si quelqu’un bloque dans un process d’innovation, mieux vaut qu’il s’arrête pour s’extraire de sa réflexion. Il repartira mieux ensuite, parfois en trouvant la solution à son problème sous la douche ou en se promenant. »

Management idyllique ? Anthony admet qu’il peut exister des périodes délicates. Le souvenir des tensions quelques semaines avant la livraison des chiens robots pour les JO de Paris semble vivace. « Il y avait des tensions au sein de l’équipe, on voyait qu’il serait difficile de livrer à temps. Néanmoins, nous avons réussi grâce à la confiance des employés envers la direction », relate-t-il. Une confiance issue des précédents succès des travaux d’équipe, selon lui.

Et Anthony Gavend d’inscrire sa politique de gestion des ressources humaines dans une perspective pragmatique : « Avec la semaine de 34 h sur 4 jours, je perds une heure de travail par semaine par collègue, sans effet sur la productivité. En revanche, tout le monde y gagne en qualité de vie. »

Landes 1 – Californie 0

La qualité de vie, une réelle préoccupation pour Anthony. La raison pour laquelle il n’est pas parti empiler les lignes de code sous le soleil de la Silicon Valley, soit dit en passant.

Fils de parents ouvriers, il a gardé un mode de vie peu dispendieux. Il dit avoir refusé des ponts d’or. Ce qu’il veut, c’est profiter de la vie pour « faire des trucs sympas, dans une bonne ambiance de travail. » Et après le boulot, profiter de sa famille, de son entourage et des paysages des Landes. « Je suis entrepreneur pour subvenir aux besoins de ma famille, pas pour l’argent, déclare-t-il. Sinon je ferais du Shein. Mais ce serait en contradiction avec mes valeurs et ne servirait pas mon territoire. »

En effet, bien qu’Anthony juge parfois la France ingrate vis-à-vis des efforts d’innovation, il tisse la fibre citoyenne et géopolitique : « Par exemple, l’e-doggy et la technologie associée répondent à des besoins stratégiques pour la France et l’Union européenne. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que les USA et la Chine pourront toujours nous fournir l’équivalent. Il y va de notre souveraineté technologique. » Anthony est attaché aux Landes, reconnaissant envers le modèle français. Il considère que, parvenu à la réussite, l’un des jobs d’un entrepreneur est de contribuer à pérenniser le cadre de vie qui a permis son épanouissement professionnel et personnel.

Sa fierté : les drones de sauvetage en mer

Lorsque l’on demande à Anthony quel est son plus grand accomplissement professionnel, il étonne encore. Il cite ses drones de sauvetage en mer, dont la liquidation lui avait fait tout perdre. « Oui, mais cette activité a sauvé des dizaines de vie, défend-il. Des entreprises ont même copié le concept sans que j’en perçoive un centime, mais je n’ai aucune rancune. » Devant mon air mi-dubitatif, mi-admiratif, Anthony philosophe, tout en conservant son humilité : « Je me dis toujours que le soleil se lèvera demain. Il faut relativiser. Quoiqu’on fasse, il existe toujours une force supérieure à nous. » Un créateur de robots loin d’être mégalo.

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