L’école n’est pas finie pour Angélique Prins, agricultrice et enseignante en agronomie

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L’école n’est pas finie pour Angélique Prins, agricultrice et enseignante en agronomie

Angélique Prins, enseignante au lycée agricole de l'Oise ne se contente pas d'apprendre l'agronomie à ses élève, elle leur ouvre aussi l'esprit. (©Entraid)

Angélique Prins multiplie les casquettes : enseignante au lycée agricole de l’Oise, elle est aussi agricultrice. Sachant vivre de ses deux passions, elle tente, chaque année de transmettre les valeurs du collectif, de l’ouverture d’esprit et la curiosité d’apprendre. Rencontre.

Au lycée, où elle enseigne l’agronomie, elle est chez elle. Elle traverse la cour et les salles de classe avec aisance. Pourtant, elle ne devait exercer ce métier que quelques années, histoire de renflouer sa trésorerie après avoir repris l’exploitation familiale. Trente ans plus tard, Angélique Prins, enseignante, n’a pas quitté les bancs de l’école, comme une élève qui ne cesse de redoubler. Pourtant, cette ingénieure en agronomie, qui a effectué un double diplôme en économie en Irlande, n’était pas partie pour ce type de métier. “J’ai choisi l’enseignement parce que je voyais le côté financier et peu chronophage qui correspondait bien à mon premier métier d’éleveuse, se souvient-elle. Mais en fait, ça demande beaucoup plus de temps qu’il n’y paraît et c’est passionnant.” Elle n’a pas pour autant lâché son exploitation avec ses vaches laitières, sa deuxième passion.

Enseigner l’agronomie mais pas que…

La passion de ses métiers, on la ressent dès qu’Angélique Prins prend la parole, elle ne peut le cacher. “L’enseignement, c’est semer des graines, estime-t-elle. Parce qu’à 17 ans, on n’écoute pas vraiment les enseignants, on oublie.” Prof en BTS et bac pro aménagement paysager et agronomie, elle ambitionne de faire découvrir tous les systèmes agronomiques possibles. “Je veux montrer que leurs actions individuelles ont un impact sur leur environnement et sur la collectivité, explique-t-elle. J’ai aussi envie de leur montrer qu’ils ont le choix. Le choix de devenir ou non agriculteur ou d’adopter la technique qui leur convient le mieux.”

Pour cela, elle n’hésite pas à proposer des rencontres. Que ce soit avec des professionnels du milieu ou des agriculteurs. Elle peut également s’appuyer sur l’exploitation du lycée qui lui permet de faire découvrir tous les champs des possibles. “Nous travaillons sur les techniques agronomiques qui permettent de réduire l’érosion, le tassement des sols, de favoriser la biodiversité, tout en étant viable économiquement, précise-t-elle. On essaye aussi, sur l’exploitation, de leur montrer comment ils peuvent travailler différemment que dans l’exploitation qu’ils connaissent. Notamment sur la sécurité, le fait de prendre le temps de faire les choses.” L’ouverture d’esprit est donc de mise.

Propre opinion

C’est l’une des valeurs qu’elle essaye de transmettre à ses élèves. “J’ambitionne de leur montrer tout ce qui est à leur portée, à eux de se forger leur propre opinion pour ensuite faire les bons choix.” Sortir de l’entre-soi, s’enrichir en échangeant oui, mais toujours dans la bienveillance qui la caractérise.

En trente ans de carrière, des élèves, elle en a vu. “C’est un métier de rencontres. J’accompagne les élèves dans leurs projets professionnels et personnels. Il y a des élèves qui changent notre vie, assure-t-elle avec nostalgie. Je pense à une en particulier qui a repris une exploitation et avec qui je suis toujours en contact. Une autre m’a aussi confié qu’elle aimerait avoir mon poste. C’est gratifiant !” Pas trop familière, pas trop distante, Angélique Prins tient son rôle au sein du lycée agricole de l’Oise.

S’installer, un rêve, vraiment ?

Il faut dire qu’elle les connaît et qu’elle s’attache à ses élèves. Lorsqu’ils lui confient leur projet professionnel, ils lui livrent aussi une part de leur vie personnelle. Des parcours de vie qui peuvent remettre en questions ses approches. “Lorsque je vois la douleur de mes élèves de l’année dernière, je me questionne, avoue-t-elle émue et pleine de compassion. Ils avaient des projets, ils étaient ensemble. Ils voyaient aussi l’installation dans une exploitation comme un aboutissement, un rêve. Mais c’est une situation qu’ils ont idéalisée. Ils pensaient être heureux avec leurs beaux tracteurs. Mais finalement, ils se retrouvent loin les uns des autres, avec leurs parents ou seuls, à enchaîner les heures sans assurer une rentabilité. Parfois ça va trop vite, c’est trop grand, mais leur laisse-t-on vraiment le choix ? ”

Des situations qu’elle essaye d’anticiper et de déjouer. “Je ne peux que leur donner de l’espoir sur leur métier, estime-t-elle. Mais j’essaye de les accompagner à s’adapter. Apprendre le plus possible, pour être autonome, prendre du recul, s’ouvrir sur le monde et être solidaire, ce sont les conseils que je donne à mes élèves.”

La culture du collectif

Le sens du collectif donc, qui fortifierait les agriculteurs en devenir ? Sans aucun doute pour Angélique Prins. C’est une des pistes qu’elle explore avec ses élèves. “J’essaie de faire découvrir la culture du collectif. Je leur fais remarquer qu’ils ont besoin de s’entraider sans quoi, seuls, ils ne s’en sortent pas, estime-t-elle. Par les projets, ils apprennent à faire équipe. La vie peut être dure, on doit aussi apprendre à perdre. C’est ce qui arrive à l’école. Perdre seul c’est difficile. Prendre ensemble, c’est plus facile de rebondir, de progresser et de performer.”

Angélique Prins

Pour Angélique Prins, il est important d’inculquer le sens du collectif à ses élèves. (©Entraid)

Valeur qu’elle applique à son métier d’enseignante. Outre le modèle des cuma qu’elle fait découvrir ou approfondir à ses élèves, Angélique Prins travaille en équipe. Toujours. “Avec les collègues en premier lieu, illustre-t-elle. On se motive entre nous pour monter des projets. D’une idée en vient une autre. Cela dépasse même le cadre du lycée.” En effet, elle n’hésite pas à faire intervenir des personnes engagées dans le territoire : collectivité, maire de la commune, techniciens de la coop, des collectifs agricoles. “De cela, on leur apprend à faire société, à savoir s’écouter même si on a des idées différentes. Notre école n’est pas une école classique, c’est celle de la vie.”

L’humilité de l’enseignant

S’engager, c’est aussi ce que tente d’infuser cette enseignante. “On peut avoir des responsabilités et être heureux, admet-elle. Ce peut être un moyen de s’épanouir.” Parfois, la mayonnaise prend, au regard du devenir de ses élèves, parfois non. C’est le charme de l’enseignement qui a rendu cette professeure humble. “Chaque année on repart de zéro, fait-elle remarquer. Il faut essayer d’oublier ce que nous avons apporté à nos élèves l’année dernière et ne pas vouloir reproduire les mêmes effets. L’important reste d’enseigner ce qui ne s’apprend pas.” Un beau boulot.

Trophée des cuma

Pour la deuxième année, les élèves de BTS du lycée agricole de l’Oise participent au concours Trophée des cuma porté par la frcuma des Hauts-de-France. L’objectif est de faire découvrir le modèle des cuma en étudiant un projet concret d’un groupe. Cette année, la cuma de Catenoy a ouvert ses portes à ces étudiants pour qu’ils se penchent sur l’intérêt technico-économique d’un robot d’irrigation. “Outre le côté économique et financier, on se retrouve dans un projet avec plusieurs aspects. Il y a la communication, la confiance envers la start-up qui le développe, l’écologie mais aussi la main-d’œuvre.” La pluridisciplinarité, valeur chère à Angélique Prins est à l’œuvre dans ce projet.

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