Vu ses tarifs compétitifs, la cuma de Saint-Julien n’a pas volé son qualificatif de supercuma. Le tour du hangar, même s’il fait 2 °C ce jour-là, est éclairant. On y trouve, bien rangés, des tracteurs, dont un muni d’une épareuse, une moissonneuse-batteuse et ses coupes, une machine à vendanger, un télescopique, un tuneleur pour les melons, des semoirs, une éclaircisseuse, des bennes, un tapis convoyeur pour la récolte des prunes, une enjambeur pour le maïs, un broyeur… Retour sur la cuma et la réduction des coûts de mécanisation.
Cuma et réduction des coûts de mécanisation : 30 % de moins qu’une entreprise
L’ensemble donne à voir la diversité de productions du Tarn-et-Garonne, un département où les exploitations jouent la carte de la diversification et de la valeur ajoutée de longue date. « Les exploitations commencent juste à s’agrandir », explique Christophe Sicard, le président.
Dans la plaine, bien sûr, on retrouve les célèbres vergers de pommes, de kiwis, de prunes du département. Mais bien des exploitations ici ont fait le choix, pour lisser les revenus et aller chercher de la valeur ajoutée, de produire du melon, de l’ail, du maïs et de la betterave semence. Lesquels demandent beaucoup de travail, de technicité… et de matériels.
« On est polyculture et parfois élevage. L’inconvénient de ces options : on ne s’arrête jamais. Et pour pallier cela, le manque de temps et le coût des machines, il y a la cuma« , pointe-t-il, soulignant ces deux créneaux : « Nous leur offrons des chauffeurs et des matériels à des tarifs compétitifs. » C’est-à-dire ? « Trente pour cent de moins qu’une entreprise, sinon on n’y va pas. »
Caverne d’Ali Baba
La caverne d’Ali Baba sous le hangar a une autre vertu : celle de faire envie. « C’est fait pour ! », dit en souriant Christophe Sicard. « Nous procédons à des paris. À partir du moment où un besoin émerge, même si cela ne concerne que quelques adhérents, nous écoutons. Nous amortissons davantage sur des heures ou des surfaces que sur des durées. Et dans quasiment tous les cas, nos paris fonctionnent. Quand les autres adhérents voient le matériel sous le hangar, même s’ils ne sont pas à l’origine du projet, ils finissent par l’utiliser. »
Dernier cas en date : un broyeur et un télescopique. Un luxe qui se paie avec des parts sociales à 20 % pour les gros matériels : « Nous avons des salariés et des annuités à payer », résume le président. « Notre équilibre reste fragile, alerte-t-il. Nous sommes en mesure d’étaler les paiements pour ceux qui ont une difficulté ponctuelle. Mais quand on fait les comptes de l’année écoulée, les paiements des factures correspondantes doivent être rentrés. »

Le hangar de la « supercuma » Saint-Julien, c’est la caverne d’Ali Baba, pour répondre à tous les besoins de ses adhérents. (©Entraid)
Cuma et réduction des coûts de mécanisation : des salaires comparables à ceux du BTP
Hormis ses tarifs compétitifs, l’autre atout majeur de la cuma repose sur une solide équipe de salariés. « Nous avons trois permanents actuellement et sommes en train d’en embaucher un quatrième, souligne Christophe Sicard. Nous faisons aussi travailler quatre saisonniers l’été, souvent des adhérents ou leurs enfants », pour le ramassage des prunes d’Ente notamment (la variété des fameux pruneaux d’Agen).
« Les chauffeurs, c’est notre atout numéro un. Là aussi, on a choisi de casser les codes. Si on veut garder des salariés, il faut des matériels performants, technologiques. Mais aussi un salaire conséquent. Donc nous avons choisi d’aligner les salaires de notre équipe sur ceux des chefs d’équipe dans le bâtiment. Aujourd’hui, cela atteint 2 000 € nets pour 35 heures. Il y a 10 ans, ce discours passait parfois mal auprès des adhérents. Evidemment, ils se disaient « ils gagnent plus que nous ».
Mais j’estime que les salariés nous le rendent bien. Ils sont tous issus du monde agricole. S’il faut faire des heures, ils les font. On aménage leur temps quand ils en ont besoin. On les soigne. »
Assurance : une gestion hors norme mais efficace
« L’assurance, nous la réservons aux gros coups durs », résume Christophe Sicard. Concrètement, cela signifie que la cuma ne fait pas appel à l’assurance pour les sinistres inférieurs à quelques milliers d’euros. « Cela nous permet de contenir les augmentations de primes. Et cela renforce aussi la relation avec notre assureur. »
Cette année, complète-t-il, nous avons décidé d’aller plus loin : nous avons fait augmenter les franchises de tous les matériels assurés à la cuma. Et nous avons réalisé un travail de prévention auprès des adhérents. »
La cuma de Saint-Julien en chiffres
- 80 adhérents
- chiffre d’affaires de 450 000 €
- 4 salariés permanents et 4 saisonniers l’été
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