« Equipez-vous tout de suite avec un équipement au prix d’avant inflation, c’est ce qu’il faut vendre à vos clients », délivre Philippe Dessertine. L’économiste de l’université parisienne Panthéon Sorbonne intervient en conférence, vendredi 10 avril 2026 à Vichy devant un parterre de concessionnaires en assemblée générale du Sedima, leur syndicat représentatif. Il donne son analyse sur les effets de la crise liée à la guerre en Iran et au Proche-Orient sur la chaîne commerciale de l’agroéquipement. Et à rebours du réflexe de prudence observé dans nombre de région chez les agriculteurs et les cuma, son message est celui de rester attentif voire de se positionner sur des achats. Retour sur le prix des machines agricoles.
Répercussions de la crise énergétique dans tous les domaines
Dans l’analyse de Philippe Dessertine, tout porte à croire que malgré le cessez-le-feu en cours négocié entre Etats-Unis et Iran, l’inflation adviendra sur les prix des machines agricoles. « Le dérèglement est durable, affirme-t-il. On ne reviendra pas à la situation de février, avec un baril à 70 $, avant longtemps. Seuls 5 navires sont passés le Détroit d’Ormuz quand 2 000 sont en attente. La crise énergétique a des répercussions partout. Cette inflation va se répercuter sur les prix à la production. Et pour les agriculteurs il y a déjà une augmentation des coûts sans augmentation des prix. De mai à juillet, les coûts vont augmenter partout ».
Une analyse d’autant plus éclairante que les Etats-Unis disent bloquer à leur tour le Détroit le 13 avril 2026.
Prix des machines agricoles d’avant crise en Iran
« Mais dans vos ventes, comme en leasing, on est encore aux prix d’avant crise, avant inflation, décrit Philippe Dessertine. C’est ce qu’il faut vendre à vos clients : équipez-vous tout de suite avec des équipements au prix d’avant inflation ! La fenêtre de tir est intéressante en ce moment. C’est encore supportable. Surtout si les prix des produits augmentent ».
Dans son argumentaire, le chercheur ajoute qu’un autre effet de l’inflation sera l’augmentation des salaires, à prévoir. « Ce sera un défi cet été et lors du dernier trimestre 2026. Si c’est possible, il est donc important maintenant pour les puissances impliquées de voir comment revenir le plus vite possible à une situation s’approchant de la normale. D’où le cessez-le-feu ».

Economiste à Panthéon Sorbonne, Philippe Dessertine livre son analyse sur les enjeux commerciaux des entreprises de l’agroéquipement dans le contexte de guerre au Proche-Orient et en Iran. (© Entraid)
Inconnues sur les taux
Autre conséquence de l’inflation, une répercussion sur les modes de financement. « Les taux ne baisseront pas. Ils devaient baisser en UE en mars mais non. Car c’est mécanique. En général l’inflation entraine une remontée des taux. Ce serait quand même moins brutal qu’en 2022, jusqu’en septembre. Il y aura de la prudence. Les conditions seront donc peut-être plus favorables ensuite. Mais le message à faire passer à vos clients est de profiter de prix non inflationnistes actuellement, avec pédagogie car ce n’est pas le même contexte que 2022 ».
Leçons sur la trésorerie
Philippe Dessertine concède qu’après 2022, nombre d’exploitations sont devenues plus prudentes quant à préserver leur trésorerie. « Les prix des intrants ont grimpé. Il y a une perspective long terme de baisse de marge. Les grandes exploitations savent les possibilités de difficultés sur les trésoreries et lèvent le pied sur l’investissement. Cela a des conséquences immédiates en distribution. Soyez attentifs aux problématiques de trésorerie. Travaillez avec les industriels pour partager la charge du stock. Regardez avec les banques comment gérer le temps long ».
Avertissement fort sur la défense du secteur en France
À plus long terme, Philippe Dessertine tient à avertir l’audience de faiblesses françaises face à de multiples enjeux libéraux et de politique internationaux. PAC 2027, Pacte vert, Traités de libre-échange, balance agricole… « Il faut être attentif. Le lobby agricole n’est souvent pas assez puissant. Le politique non plus. Heureusement l’autonomie alimentaire est forte dans les esprits. C’est maintenant stratégique. Mais l’investissement est capital, vital. Il n’y a pas d’autre choix que d’investir massivement. Pour une montée en puissance qualitative. Par le terrain. On ne peut pas rester sur nos acquis. Tout le monde agricole doit monter en compétences, en intégrant les progrès de la science. Notamment dans l’IA et les data. De la robotique à l’ingénierie financière ».
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