De la machine à traire aux champs : les robots agricoles en question

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De la machine à traire aux champs : les robots agricoles en question

Robot ou humain : retour sur le cas éclairant de la traite. (©Entraid)

Manuelle jusque dans les années 1950, la traite connaît dès lors une succession d’étapes de mécanisation puis d’automatisation jusqu’à l’automatisation complète des opérations à partir du milieu des années 1990. Une histoire éclairante, à l’heure où la robotique gagne les champs.

La robotisation de l’agriculture en marche vers les parcelles. « Je n’envisage pas d’avenir sans robot dans mes champs » Florent Georges, vice-président de Gofar (Global organization for agricultural robotics), est agriculteur et convaincu que la robotique jouera un rôle clé dans le développement de certaines formes d’agriculture. « En production végétale, et plus particulièrement en agriculture biologique, son intérêt est évident : le désherbage mécanique est une tâche à la fois pénible et très gourmande en main-d’œuvre. Dans ce contexte, il devient difficile d’imaginer répondre efficacement à ces contraintes sans recourir à la robotisation. »

Robotique agricole : entre risques techniques et nouvelles perspectives

Comme tout progrès cela aura ses revers. « La ‘contrepartie’, c’est par exemple qu’il faut maîtriser de nouveaux aspects techniques (connectique, logiciels, paramétrage). Cette évolution technologique représente un investissement conséquent aussi. Il y a toujours une part de risque. Mais à l’image du machinisme agricole qui a déjà permis de réduire la pénibilité physique du métier, la robotique offre aujourd’hui une nouvelle perspective », estime le producteur. En élevage, elle a déjà fait sa place.

La machine a déjà pris le pis

Très tôt, l’automatisation est venue au secours de la traite qui a « toujours constitué une astreinte contraignante » constate l’ouvrage « Comment les machines ont pris la terre ». Et d’autant plus qu’à mesure d’une intensification en capital et en intrants, les éleveurs doivent traire plus de vaches.

Dans les années 1960, le pot trayeur remplace la mulsion manuelle, puis devient suspendu. La décennie suivante, le lait s’achemine vers un récipient collecteur par un « pipe-lait ». Le décrochage des gobelets trayeurs devient automatique, alors la salle de traite se répand et que les premières recherches avancent vers le robot. Après sa première mise en action en 1992 aux Pays-Bas, ce dernier devient significatif à partir de la fin des années 2000. En 2020, il constitue 13 % du parc français des machines à traire. Une nouvelle installation sur deux est alors un robot.

Porosité des temps

Pour la plupart des exploitations équipées, le robot doit sa présence au fait que la traite devenue insupportable au regard de son volume horaire et des gestes répétitifs qu’elle constituait.

L’avantage est aussi sur le plan de la flexibilité du travail. En quelque sorte, le robot rapproche l’éleveur d’autres métiers de bureau. « Il permet de nouvelles sociabilités », au producteur de lait qui par exemple verra plus facilement ses enfants le matin.

Pour autant, « le robot ne diminue pas le temps de travail des éleveurs », indique Théo Martin. « Il contribue à étendre la sphère du travail dans le temps et dans l’espace. » Car si la traite en salle bornait les journées de travail, « le robot impose sa temporalité à l’éleveur qui doit s’assurer de pouvoir intervenir à toute heure en cas d’alarme. » Or, cela est parfois vécu comme une astreinte mentale contraignante, « une nouvelle forme de pénibilité. »

En parallèle de cette évolution, l’ouvrage constate que le développement du machinisme a participé à une hausse de la productivité physique du travail. « Le machinisme n’a pas réduit la pénibilité du travail. » Parfois il l’a même accentuée. Sur les troupeaux laitiers, le progrès –même en amont de la robotique- « ne s’est pas non plus traduit par une baisse du temps de travail des éleveurs. » Un chiffre vertigineux pose une explication : Alors que l’agriculture occupait 31 % des actifs en 1955, elle ne représente plus que 1,5 % de l’emploi en 2019.

Perspectives

Et l’avenir ? « Aujourd’hui, la robotique me permet de me projeter dans un système bio de légumes plein champs. Difficile d’envisager y répondre autrement, ne serait-ce qu’à la problématique du désherbage », éclaire pour sa part Florent Georges.

« Après avoir comparé le désherbage mécanique classique et le désherbage robotisé, le constat est clair. À l’échelle du chiffre d’affaires de la culture, les performances économiques sont a minima équivalentes. Toutefois, cela suppose d’atteindre une certaine “masse critique”, c’est-à-dire une surface suffisante pour rentabiliser l’investissement. Cette surface varie selon la valeur des cultures. » Dans son cas, le seuil se situe autour de 10 hectares de cultures légumières.

Des constats qui se posent dans l’histoire

  • Le nombre d’exploitations agricoles a chuté de 36 % en 15 ans… entre 1955 et 1970 ;
  • « La mécanisation de l’agriculture a profité à tous les partenaires sociaux, à la seule exception de ceux qui conduisent les machines », concluait un colloque en 1977.

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