L’agrivoltaïsme est-il compatible avec toutes sortes de productions agricoles ? En plein essor, l’agrivoltaïsme voit les projets se multiplier dans les campagnes françaises. Et la course contre la montre pour obtenir sa part du gâteau prend parfois de vitesse la recherche. Explications de l’agrivoltaïsme et des productions agricoles.
Agrivoltaïsme et élevage ovin : le rendement financier en question
« Nous attendons encore la démonstration économique d’une adéquation entre le maintien d’un potentiel agronomique et la production électrique », résume Jean-Charles Deswarte, écophysiologiste chez Arvalis. Sur le terrain, les prairies dédiées à la production ovine représentent aujourd’hui la majorité des installations avec des panneaux fixes.
Pour les chercheurs de l’Inrae, le bilan est mitigé. « Le mouton, c’est le grand piège de l’agrivoltaïsme. Pour les énergéticiens, c’est le rêve car il n’y a pas besoin de surélever énormément les panneaux. Mais les revenus de la production ovine sont faibles. Si cet atelier remplace d’autres productions, le revenu d’origine agricole de l’exploitation diminuera. Or la loi Aper ne le permet pas », expose Christian Dupraz.
Prairies : préférer l’agrivoltaïsme sur les faibles potentiels
Sa collègue Catherine Picon-Cochard, présidente du pôle national de recherche sur l’agrivoltaïsme de l’Inrae, en collaboration avec ses collègues de Lusignan, a étudié entre 2020 et 2024 le comportement sous panneaux photovoltaïques de prairies à faible potentiel de production. « Sur trois sites, nous n’avons pas observé de différence de rendement. Deux autres sites ont montré des effets négatifs sur la prairie, et un site, le seul équipé de panneaux mobiles, a permis d’apporter un effet positif au rendement », commente-t-elle.
La chercheuse précise que les légumineuses avaient disparu sous les panneaux fixes. Extrapolés sur des prairies productives où le rayonnement est un facteur limitant majeur, ces résultats pourraient être bien moins avantageux, mais cela reste à démontrer.
Au-delà des chiffres, la chercheuse a noté une dégradation des prairies et un développement de plantes indésirables dû à la pression de pâturage parfois insuffisante ou à l’absence de broyage sous les panneaux. Face à ces différents constats, Catherine Picon-Cochard préconise « l’agrivoltaïsme sur des sites dégradés, où la mise en place des panneaux solaires s’accompagne de l’enherbement du site, mais pas sur les belles prairies ».
Arboriculture et viticulture : adapter l’agrivoltaïsme aux productions agricoles spécialisées
Le développement actuel de panneaux mobiles sur vergers et vignes a pour enjeu l’obtention d’un gain de rendement en les protégeant des événements climatiques tels que le gel ou la canicule, tout en laissant passer la lumière lorsque les plantes en ont besoin.
« La structure crée un microclimat sous les panneaux. Il fait plus chaud dessous quand il gèle et plus frais lors des épisodes de forte chaleur », assure François-Michel Lafay responsable agronomique chez Sun Agri, entreprise spécialisée du secteur.

En arboriculture et en viticulture, l’agrivoltaïsme peut s’avérer intéressant pour protéger d’aléas météorologiques (brûlures, gel, grêle…). (©Olivier Bolte)
Christian Dupraz insiste sur l’importance d’étudier l’impact sur une période pluriannuelle. « Ce n’est pas tous les ans que les grains de raisins vont griller », glisse-t-il.
Chez Sun Agri, la compatibilité entre besoin en lumière et production d’énergie est étudiée au cas par cas. « Nous ne prenons des projets que dans la moitié sud de la France », souligne François-Michel Lafay.
Si la viticulture montre de bons résultats, les retours sont plus hétérogènes en arboriculture. « En cerise, nous avons de bons résultats sur la coloration. Pour l’abricot, les variétés précoces fonctionnent bien mais c’est plus compliqué en tardif ».

Avec le développement des panneaux mobiles, l’agrivoltaïsme s’adapte à de nouvelles productions. (©Sun’Agri)
Grandes cultures : optimiser l’agrivoltaïsme et les productions agricoles de céréales
En grandes cultures, Jean-Charles Deswarte évoque certaines situations pour lesquelles une couverture photovoltaïque pourrait avoir un intérêt. « Dans le sud, les productions de blé vont davantage souffrir des températures et du stress hydrique. L’agrivoltaïsme pourrait apporter un avantage. Mais dans la moitié nord, les meilleures années sont systématiquement les plus ensoleillées, la perte de rayonnement aurait un impact direct sur le rendement », assure-t-il.
Il évoque également le cas des cultures bio dont les facteurs limitants sont la nutrition et les maladies plutôt que le rayonnement. Elles pourraient donc trouver un intérêt en agrivoltaïsme. Comme en cultures spécialisées, les panneaux mobiles offrent une solution adaptée aux différents stades des cultures.
« De mars à mai, lors de l’épiaison, la culture a un besoin majeur de lumière. Il faudrait que les panneaux soient effacés, puis progressivement remis en service à partir de juin », précise le spécialiste.

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