Les pluies attendues n’arrivent pas et les sols restent secs dans la plupart des régions en France. Selon les précipitations localisées, les travaux des champs avancent de manière désorganisée. La preuve avec les semis de colza. “Certaines parcelles ont été abandonnées, d’autres ont pu accueillir du colza qui a certes germé mais n’a pas pu poursuivre son développement”, fait remarquer Richard Wylleman, conseiller à la chambre d’agriculture de l’Yonne, dans une note. Si les tensions autour des semis de céréales se font sentir, les agronomes appellent à la patience. Le point sur le semis de céréales en sol sec.
Quel est l’enjeu de cet automne ?
Il est double : réussir ses semis de céréales malgré des sols secs, sans booster la levée des adventices. “Une opération culturale doit préparer la suivante et non pas corriger la précédente”, lance le conseiller.
En effet, la sécheresse et les faibles précipitations n’ont pas permis aux adventices de se développer, tout comme les cultures précédentes de repousser. La concurrence, lorsque les pluies seront de retour risque donc d’être rude entre les céréales et les végétaux indésirables. Rendant le désherbage complexe et moins efficace.
Par ailleurs, le travail du sol et la préparation d’un lit de semence sont dans certains cas impossibles. “Semer dans le sec, c’est risquer à avoir des levées échelonnées avec des plantes plus ou moins sensibles à certains ravageurs et adventices, ajoute le conseiller. Les interventions chimiques et mécaniques risquent donc d’être retardées et moins efficaces pour certaines céréales.”
Que faire s’il ne pleut pas ?
Attendre ! “Pour germer, les graines doivent reprendre l’équivalent de leur poids, pour atteindre 50 % d’humidité”, rappelle Arvalis. En attendant la pluie, les agriculteurs sont invités à maintenir les pailles et couverts en surface pour assurer la stabilité structurale.
Dans l’hypothèse où il y aurait un peu d’humidité résiduelle dans le sol, un semis un peu plus profond autour des 5 cm doit permettre d’y accéder. Si le lit de semences est complètement sec, les graines peuvent rester inertes en attendant l’arrivée des pluies. Si la germination débute, il est très probable que les plantules trouvent suffisamment d’humidité dans le milieu pour lever… en attendant le retour de pluies significatives.
Comment travailler son sol ?
Le sec a structuré les sols en profondeur. Un travail profond ne s’impose donc pas dans les sols argileux. Y toucher, cela reviendrait à prendre le risque de générer des mottes difficiles à casser. “Un labour, un décompactage ou un déchaumage profond risquent d’être très demandeurs en puissance de traction”, fait remarquer Arvalis. Surtout dans les sols sableux, réputés pour user le matériel.
Richard Wylleman a, quant à lui, estimé les coûts de différentes opérations. Pour un déchaumage superficiel, il faut compter environ 35 €/ha, contre 64 €/ha pour un passage de fissurateur. Carburant compris. L’utilisation d’un semoir TCS coûte 51 €/ha contre 72 €/ha pour un combiné de semis. “Attention, les valeurs sont des moyennes qui varient selon les techniques, l’état des sols mais aussi du prix du GNR, précise le conseiller. Le travail du sol et les semis représentent entre 30 et 45 % des charges de mécanisation d’une exploitation.”

Toutes les infos sur le coût du travail du sol et des semis. (©Entraid)
Quels sont les outils à favoriser ?
Si le sol reste sec, l’agriculteur peut envisager un travail localisé du sol. “Attention toutefois à ne pas multiplier les passages d’outils à disques, alerte Richard Wylleman. Mais plutôt privilégier les semoirs à semis directs qui favorisent le contact terre graine.”
“Dès qu’il sera possible, les sols pourront être travaillés superficiellement grâce à des outils à disques, préconise Richard Wylleman. Le but est d’éviter de créer des mottes. Cela permettra de lever les repousses et adventices.” En revanche, pour un travail plus en profondeur, il faudra attendre la réhumectation des sols.
La charrue peut être utilisée dans les cas où le sol a été humecté. Ce sont les cas où la gestion du salissement l’imposerait. Mais surtout dans le cas où il y a beaucoup de levées de vivaces. Dans cette situation, il faut éviter les outils à disques qui vont multiplier les rhizomes.
Quelles adaptations faut-il prévoir ?
C’est au cas par cas. Dans les argiles, l’agriculteur peut envisager une technique d’implantation simplifiée. Cependant, la méthode est moins probante dans les sols sensibles. Là, la structure et le salissement peuvent devenir de vrais problèmes.
Le plus simple reste de retarder les dates de semis, surtout si la parcelle a tendance à se salir facilement. “Retarder, c’est assurer le bon développement des plantes avec une germination et un développement homogène, assure Richard Wylleman. Il peut être judicieux d’adapter sa densité de semis mais aussi revoir son choix variétal.”
D’autant que, “les céréales à paille présentent une assez bonne flexibilité à la date de semis, rappelle Arvalis. Pour les orges d’hiver, retarder si nécessaire les implantations sur la deuxième décade d’octobre voire la deuxième quinzaine du mois est peu risqué tant que les conditions de sol s’y prêtent.” Avec les températures douces et les sols chauds, la levée peut être rapide. Quant aux blés tendres, les semis peuvent aisément être décalés de 2 à 3 semaines si les conditions le requièrent.
Semer avant ou après les pluies ?
“Dans les parcelles propres, il est possible de semer avant le retour des pluies sans labourer”, estime Arvalis. À condition d’adapter son programme de désherbage. Dans les sols plus sales à bon ressuyage, c’est le type de flore qui va conditionner la stratégie de semis. Si le salissement concerne des adventices, il nous semble urgent d’attendre pour semer et ainsi désherber plus facilement par la suite. Tout comme le cas où les repousses sont gênantes. Le travail du sol permettra de nettoyer la parcelle. « En sols humides souvent infestés d’adventices, il peut être nécessaire d’attendre les premières pluies, propose Arvalis. Pour laisser lever une partie des adventices puis préparer les sols, voire labourer si le sol s’y prête.
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