Travail du sol post-récolte, que faire s’il ne pleut pas ?

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Travail du sol post-récolte, que faire s’il ne pleut pas ?

Déchaumer par temps sec, c'est risquer de faire partir la terre la plus riche en poussière. (©Entraid)

Pas de pluie à l'horizon, pourtant, il faut travailler le sol pour semer les colzas ou les couverts d'interculture. Le déchaumage par temps sec, c'est une bonne idée ? Et comment adapter ses techniques ? Réponses.

Moisson finie, place aux travaux d’interculture. Qu’il soit destiné à l’implantation du colza ou des engrais verts, le travail du sol conditionne la bonne levée des plantes. En revanche, la sécheresse actuelle, les agriculteurs sont tentés de ne pas toucher à leurs sols. À l’image de Nicolas Villain, agriculteur dans les Ardennes. Pour lui, malgré la récolte de sa parcelle de colza achevée, « pas question de déchaumer, assure t-il. Il fait trop sec, je ferais de la poussière. Dans ces conditions, c’est la meilleure terre qui part ». Alors quelle est la meilleure stratégie ? Partir en vacances en attendant la pluie ? Ou adapter ses outils et méthodes ?

Le déchaumage par temps sec, une bonne idée ?

Cette année, l’enjeu sera donc de trouver le meilleur moment pour implanter son colza, et non pas, comme ont l’habitude la plupart des agriculteurs, conserver la fraîcheur du sol… Puisque dans la majorité des situations, il n’y en a plus. Travailler son sol dans leur état actuel pourrait empirer les choses. « Déjà il faut réussir à faire pénétrer les outils dans le sol, ce n’est pas gagné, illustre Matthieu Loos, ingénieur chez Terres Innovia. Sans compter les surcoûts liés à la consommation de carburant ou à l’usure des pièces. »

Par ailleurs, le plus gros risque est de faire de grosses mottes de terre, faute de pouvoir travailler plus finement le sol. « Là il faudrait plus de 30 millimètres d’eau pour les réhumecter et réussir à les affiner, estime l’ingénieur. Or, ce n’est pas ce que les modèles météorologiques annoncent. Sauf, en cas d’orage. » L’ennemi numéro un de cet été c’est justement les mottes.

Faire pire que mieux

Selon l’ingénieur, trois situations s’offrent aux agriculteurs selon l’état de leur sol:

  • Le sol a reçu de l’eau il y a quelques semaines, il est encore frais. « Dans ce cas, on peut imaginer le passage d’un outil à dent pour tenter de créer un lit de semences », relativise Matthieu Loos.
  • Le sol limono-argileux est sec. La pire des situations implique qu’il faut absolument attendre une ondée. « Lorsque la structure de sol sera satisfaisante, l’agriculteur pourra envisager une préparation limitée aux premiers centimètres, prévient l’ingénieur. L’avantage avec les sols limoneux, c’est que le travail du sol peut avoir lieu juste avant les semis. Ce qui laisse un peu de temps à l’agriculteur. En revanche, pour les sols argileux, s’il ne pleut pas, il faudra trouver des subterfuges. »
  • Enfin, pour les sols sableux ou argilo-calcaires plus poreux, seuls quelques millimètres de pluies suffiront pour apporter de la fraîcheur au terrain. « Une intervention plus profonde pourra alors être envisagée lorsqu’une compaction est réellement identifiée, précise Matthieu Loos. En attendant, un travail des premiers centimètres peut être envisagé. L’objectif est de réaliser un premier mélange des résidus de paille avec de la terre restant relativement fine. »

Se laisser du temps

Suivant les situations, les agriculteurs devront prendre patience donc. Mais il n’y a pas le feu au lac. « Si on veut rester positif, il faut tout de même rappeler que le temps sec a permis aux sols de se structurer, fait remarquer Matthieu Loos. Il n’y a pas eu de tassement. Si le sol est bien travaillé au-dessus, le colza n’aura donc pas trop de mal à s’enraciner rapidement. »

Et pour l’implantation du colza, l’agriculteur bénéficie encore d’un délai. Pour les sols argileux à forte disponibilité, les dates de semis préconisées vont du 1er au 25 août pour l’est de la France et le Centre, du 20 août au 10 septembre pour le pourtour méditerranéen et la deuxième quinzaine d’août pour les zones situées sur les bordures maritimes. Un délai supplémentaire d’une dizaine de jours est envisageable pour les sols profonds à forte disponibilité en azote. D’autant que pour obtenir un colza robuste, « une pluie est nécessaire après les semis, idéalement 7 à 10 millimètres« , estime Terres Inovia. Pas de précipitation donc.

Idem pour les couverts. « Cette année sera compliquée pour une implantation des couverts tôt. Les agriculteurs peuvent travailler le sol superficiellement pour faire un faux semis et ainsi être prêts pour les semis en août », admet Sophie Wieruszeski, conseillère à la chambre d’agriculture de l’Oise.

Retarder les semis de couverts

« Je n’ai rien semé, annonce Benoit Guilbert, agriculteur dans les Hauts-de-France. D’habitude, je profite de l’humidité du sol et des résidus de récolte. J’équipe ma moissonneuse d’un semoir à la volée après le broyeur. Mais cette année, tout est sec et je ne voulais pas semer dans la poussière. » Sans retour de la pluie, beaucoup d’agriculteurs ne feront rien. « Il faut que les couverts lèvent, lance Victor Parmentier, agriculteur dans l’Oise. On met beaucoup d’argent sur la table alors il faut du résultat. Pour maintenant, je vais attendre les semis de colzas pour implanter mes couverts dans la foulée. »

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