La météo est revenue à la normale dans les plaines des Ardennes. La canicule de la semaine précédente a laissé des stigmates. Sur les travailleurs, les machines mais aussi sur les grains. Dans la parcelle de Nicolas Villain, agriculteur dans la Marne, certains grains noirs de colza sont devenus rouges. « Je pense que c’est à cause du chaud, estime t-il. Tous les ans il y en a mais là, ils sont beaucoup plus nombreux. J’ai vu à la coop, je ne suis pas le seul à constater ça. »
La moisson de colza en vidéo
Rendements de colzas 2026 impactés par le chaud
Pourtant, les plantes sont belles, grandes, denses et les siliques sont nombreuses et bien remplies. « Je pense que ça doit avoisiner les 37 q/ha, estime à l’œil Baptiste Zins, chauffeur de l’une des moissonneuses de la cuma. Il est bien mûr mais pourtant, nous sommes obligés de ralentir la cadence, ça a du mal à monter. » Réduisant légèrement le débit de chantier.
« On n’aura pas fini ce soir », annonce le chauffeur qui pensait enchaîner avec les blés le lendemain. En effet, celui-ci ambitionnait de battre les 50 ha de colza des adhérents de la cuma en une journée. Possible avec les deux machines dont elle dispose mais ce matin, il a fallu passer un peu de temps pour entretenir et préparer les bolides.
De plus en plus tôt
Le groupe de cinq adhérents s’est laissé surprendre par la précocité de la moisson. « D’habitude, nous prenons le temps de nous réunir pour annoncer les surfaces à battre, les espèces, variétés, parler de la maturité des grains ou encore de la localisation des parcelles, avoue le chauffeur. Mais cette année, on a encore plus d’avance que l’année dernière. Et nous n’avons pas eu le temps de faire cette réunion. » Ni de préparer les machines. Demain, le groupe commencera les blés et espère avoir fini pour le 14 juillet. Une première.
Car la cuma de Condé possède deux machines. Mais ce sont de vieilles dames. L’une, la Lexion Montana 760 entame sa dixième campagne, tandis que l’autre, la 570 est un peu plus âgée de quelques années. La cuma de Condé a misé il y a deux ans, sur la disponibilité de ses machines. « Nous avons un territoire avec un parcellaire assez morcelé, explique Baptiste Zins, jeune agriculteur bio. Mais aussi des cultures très diversifiées. Nous récoltons de l’orge, du colza, du blé, mais aussi du maïs, du tournesol, du soja et beaucoup d’autres céréales. »
Chantier complet en entraide
Alors avec leurs deux machines, le groupe de cinq adhérents a de la flexibilité. Ils savent que la moisson sera faite en temps et en heure. Avec un débit de 3 à 3,5 ha/h. Et pour se motiver devant les 800 ha à récolter, les deux chauffeurs préfèrent travailler dans la même parcelle. Sauf si celle-ci est trop petite. « Ca motive, on a un vrai débit de chantier et ça rend la moisson moins monotone, avoue Baptiste Zins, qui aime piloter. On ne reste que deux à trois heures dans la même parcelle. Et puis, si la parcelle est compliquée, ou que l’organisation est un peu bancale, on s’entraide et c’est reparti. »
Pour cela, il faut que les bennes assurent. Aussi, les adhérents du groupe moisson disposent des quatre bennes et tracteurs de la cuma. « Chacun gère le nombre de remorques dont il a besoin, selon l’éloignement de la parcelle du silo, précise le chauffeur qui organise aussi les chantiers. Le but est d’attendre le moins possible. »
Machine bichonnée
Pour les chauffeurs, là, c’est l’entraide qui prime. Quatre chauffeurs se relaient sur la machine dont deux principaux. « L’idée est d’avoir des chauffeurs attitrés, précise Baptiste Zins, qui en fait partie. Pour que la machine soit révisée mais aussi qu’on ne change pas tous les réglages. »
Des changements qui devront tout de même s’opérer le lendemain. Car certains blés sont mûrs. « Ca s’annonce pas si catastrophique que cela », relativise le chauffeur. Verdict à la mi-juillet.
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