La canicule n’a laissé aucun répit à Patrick Mougeot, agriculteur à Saint Aubin, dans le Jura. Entre la moisson la nuit et le matin de bonne heure, il y a l’irrigation de son maïs semence. « La priorité est au maïs, lance t-il. D’habitude, j’ai le temps d’irriguer le soja et le tournesol mais cette année, la maïs prend quasiment tout le temps. » Les températures sont montées tellement haut dans ce secteur que le maïs avait besoin de plus de 45 mm/semaine. La profession anticipe déjà une baisse de la production de maïs après la canicule de 2026.
Baisse de la production de maïs après la canicule de 2026
Malgré tout le soin apporté, les plantes souffrent toujours. « Le début était prometteur, estime Franck Laborde, président de l’AGPM (association générale des producteurs de maïs). Les semis se sont réalisés dans d’excellentes conditions. Mais avec les températures élevées et le stress hydrique, les maïs accusent le coup malgré le remplissage des nappes d’eau cet hiver. »
Pour le maïs grain, Arvalis penche déjà sur une perte de rendement allant de 15 à 20 %. D’autant que plus de 150 000 ha ont été touchés par la gémoyze, engendrant des pertes considérables. « En accumulant ces phénomènes climatiques, sanitaires à une réduction de la sole de 20 % cette année, l’AGPM table sur une baisse de la production de 30%, poursuit le président. Soit une production française de maïs grains de 9,5 millions de tonnes. Engendrant une situation économique très compliquée pour les exploitations françaises. »
Maïs irrigué, dégâts limités
Pour ce qui est du maïs fourrager, il est encore tôt de faire des pronostic. « De manière épisodique, un éleveur m’a annoncé qu’il n’avait pas attendu la floraison de son maïs pour l’ensiler, relate Franck Laborde. De peur de tout perdre. »
Dans des conditions de météo extrêmes, ce n’est pas possible de contrecarrer l’évaportranspiration du maïs lorsqu’il fait environ 40 degrés. Mais les agriculteurs de la région de la plaine jurassienne, comme dans d’autres secteurs, ont pu l’atténuer grâce à une dérogation pour le maïs semence. « Pour le maïs irrigué, soit 27 % de la sole, les dégâts ne devraient qu’être très limités« , estime Franck Laborde.
Cultures à bout de bras
Patrick Mougeot comme tous ses collègues du secteur, tiennent à bout de bras leur culture de maïs même si cette semaine, la météo leur laisse un peu de répit. Il pense toutefois à sa parcelle de maïs qui n’est pas irrigable. « C’est un risque que j’ai pris en tout état de cause, raconte-t-il. J’ai choisi d’y implanter une culture de printemps en sachant que les résultats économiques seraient probablement décevants. Mais cette stratégie me permet de faire l’impasse de quelques passages de désherbage l’année suivante dans les blés. L’un dans l’autre, je m’en sors » Car là, il y a de grosses problématiques de graminées dans ce secteur où peu de diversifications sont possibles.
Toutefois, on y voit tout de même d’autres cultures depuis quelques années. Dans les tournesols et soja, à peine en floraison, les plantes se tâchent. « Il y aura des avortements de fleurs, annonce résigné l’agriculteur. Les tournesols se panachent et manquent d’eau. » Les agriculteurs sauvent les meubles malgré l’arrêté les interdisant d’irriguer ces plantes entre 11 et 18h.
Agriculture et prudence
« Mais il va y avoir des problèmes, avertit Patrick Mougeot. Pour des raisons économiques et agronomiques, de nombreux agriculteurs du secteur ont choisi de développer le maïs dans leur assolement ces dernières années, fait il remarquer. Mais sans pouvoir irriguer, le risque est très accrue. Il faudra assumer. La météo nous rappelle toujours que nous devront être prudents, aussi bien dans nos investissements que dans l’évolution de nos assolements. »
S’il faut une bonne nouvelle, il faut se tourner vers les marchés, qui eux, portent le maïs. L’Ukraine et la Russie n’étant pas touchés par le dôme de chaleur pour le moment, la hausse des cours n’est que timide. « Dans ce contexte l’échéance novembre 2026, en nouvelle récolte, a progressé de 8 €/t la semaine dernière pour se situer à 221 €/t au 26 juin 2026, relate FranceAgriMer. La récolte 2025 n’est pas en reste avec des prix physiques qui se situaient en hausse également. Entre 205 et 220 €/t selon les régions. »
La période de castration des maïs débute en France. Et une autre vague de chaleur se profile. « Il faudra adapter nos horaires de travail, anticipe Patrick Mougeot.Les équipes seront sûrement plus nombreuses, à travailler moins longtemps. » Une situation qu’il ne souhaite pas trop devancer, car secrètement, il espère que la météo s’emballe bien plus rapidement que la climat.
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