Ca sonne comme le glas. « Désormais, il faut 2,5 tonnes de blé pour acheter une tonne d’azote« , lance d’un ton grave Jean Jacquez, analyste chez FranceAgriMer. De quoi plomber l’ambiance. Surtout qu’il ajoute, « c’est un pic historique. Lors de la crise en Ukraine, le ratio engrais – blé était de 214 %. Aujourd’hui, il est de 251 %. » Les prix des engrais n’ont pas amorcé de baisse depuis. Pour la solution azotée, ce sont les mêmes ordres de grandeur. « Aujourd’hui, elle vaut 2,27 fois plus cher que le blé, contre 1,13 fois avant la crise », lance Arthur Portier, consultant chez Argus Médias. On fait le point sur le prix des engrais azotés en 2026.
Engrais, pas de baisse des prix en vue
Ramené à la parcelle et en faisant quelques calculs, on s’aperçoit rapidement que les rendements de céréales devront être élevés pour assurer les achats en engrais des nombreuses exploitations. Selon la forme de l’azote utilisé et la dose apportée, on estime qu’une tonne d’azote fertilise un hectare de céréales, soit en moyenne 9 tonnes de blé.
La situation que subit les agriculteurs est une conséquence en cascade des tensions qui règnent autour du détroit d’Ormuz, l’un des plus gros hub énergétiques de la planète. « C’est de là que transite 30 % de l’urée utilisée dans le monde. Européens, nous ne sommes pas directement impactés, assure Arthur Portier. En France, un quart de l’urée provient de l’Egypte. Le reste vient de Russie et d’Algérie. » Or pour fabriquer de l’urée, il faut du gaz et celui-ci est devenu rare et cher, même en Egypte. Ce qui complexifie la fabrication de ces engrais.
Détroit d’Ormuz, petit problème ?
Cela pose la question de notre souveraineté énergétique. « En Europe, nous sommes à la merci de cinq grands exportateurs d’énergie, assure d’un air vindicatif Arthur Portier. À savoir, la Russie, les pays du Moyen-Orient avec le Quatar et l’Iran, la Chine et l’Egypte. Et on peut dire que les relations avec ces nations sont assez compliquées. »
Par ailleurs, 13 % de l’urée est produite au Moyen-Orient. Avec les défis logistiques et d’approvisionnement, seuls 6 % sont à se jour assurés. « Il faudrait un mois pour retrouver une pleine production, estime Arthur Portier. Mais cela ne donnerait une petit bouffée d’air à un marché qui est déjà extrêmement tendu. J’estime que l’ouverture du détroit d’Ormuz ne ferait baisser que de 45 €/t d’urée. Guère plus. »
Bilan tendu pour le prix des engrais azotés en 2026
En Europe, la taxe MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) pèse sur les prix des engrais sur notre continent. « Après une longue période d’indécision, le commissaire européen Christophe Hansen a estimé le 19 mars 2026 que la suspension du MACF n’était pas envisagée par la commission, malgré l’évolution du contexte géopolitique », rapportent Jérémy Denieulle, directeur des études et Xavier Donnenfeld, membre du comité d’orientation stratégiques d’Agriculture Stratégies.
À cela s’ajoute un équilibre entre l’offre et la demande en engrais azoté très tendu. C’est avant tout le résultat de décisions politiques. Les principaux pays producteurs d’engrais protègent leur agriculture en favorisant les débouchés intérieurs plutôt que l’exportation. Le flou de la situation et le manque de perspectives inquiète les pays quant à leur souveraineté alimentaire. C’est le cas notamment de la Chine. Quant à l’Egypte, notre principal fournisseur, le pays a choisi d’augmenter les taxes à l’export. La prudence est donc de mise.
Agriculteurs français en étau
Les agriculteurs français sont clairement dans un effet ciseaux sur plusieurs années. « Sur un indice de base 100, le blé en vaut 100, le GNR est à 192 € et l’urée à 312 €, poursuit Jean Jacquez. C’est un niveau jamais atteint même lors de la crise de l’Ukraine et de l’urée. » Résultat de tensions géopolitiques qui n’en finissent pas. « Les cours varient au fil des discussions d’accords mais aussi des perturbations maritimes, relate Majda En Nouhri, analyste chez FranceAgriMer. Les flux sont perturbés et entretiennent une tension sur l’énergie. »
Même si la tendance reste baissière pour le cours du pétrole, le baril reste toujours au dessus des 100 $. « Le flou ne rassure pas les marchés, ajoute l’analyste. Les engrais restent à des niveaux très élevés même si sa progression s’essouffle et que son cours tend à se stabiliser. En urée du Moyenne Orient, on note une hausse de 320 $/t depuis le début du conflit dans la zone. Tandis que l’origine américaine a subit une progression de 146 $/t. » La demande mondiale se retient donc.
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