Dans le Sud-Ouest, quelles alternatives à la culture du maïs ?

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Dans le Sud-Ouest, quelles alternatives à la culture du maïs ?

Culture de sorgho non-irriguées dans les Hautes-Pyrénées. (© Michel Lagleyze)

Maïs or not maïs ? Telle est la question que bien des agriculteurs se posent après le printemps et l'été 2026, qui n'a pas fait de cadeau à cette culture, pilier de bien des assolements dans le Sud-Ouest de la France. Quel casting, quelles cultures alternatives, pour remplacer le maïs en sec, en irrigué limité ou en irrigué tout court ? On a pris la température lors du salon InnovAgri.

Existe-t-il des cultures alternatives au maïs pour les exploitations agricoles, notamment dans le Sud-Ouest? Malgré les critiques, le maïs reste une plante en C4 , un métabolisme super-performant à bien des niveaux. « Plus sobre en eau que le blé, si on ramène le tout à l’unité de production, » rappelle Mathieu Lerat, ingénieur-conseil au sein de l’Union des Ceta d’Oc Agro d’Oc.

Une année 2026 qui préfigure les conditions climatiques à venir

Sans tuer tout suspens, en irrigation non limitante, si l’on vise à la fois le revenu, c’est-à-dire le rendement, la maîtrise des charges, un marché solide, et même l’agronomie à l’échelle d’une rotation, le maïs reste la plante reine des assolements du Sud-Ouest.

Mais voilà, l’année 2026 a donné à voir toutes les conditions adverses qui peuvent affecter une culture de maïs, avec des implantations difficiles en conditions froides et humides jusqu’en mai. Des températures si élevées à mi-juin qu’elles ont « cuit » les fleurs, perturbé la pollinisation. Un manque d’eau chronique pendant toutes les phases de croissance jusqu’à la récolte. Et même un peu de chrysomèle… Une forme de répétition générale du climat à venir.

Alors, quelles cultures pourraient concurrencer le maïs dans les assolements du Sud-Ouest, et dans les revenus des agriculteurs ? Voici les avis des premiers concernés et de leurs appuis techniques, consultés lors d’InnovAgri.

Cultures alternatives au maïs : le casting en sec ?

Pour Mathieu Lerat et Marie-Josée Blazian, du de l’Union des Ceta (Centre d’études techniques agricoles) d’Oc Agro d’Oc, un candidat ressort. « Il s’agit du colza, mais à condition de sécuriser la circulation de l’eau dans les sols en sortie d’hiver pour éviter de se retrouver en une zone asphyxiante, » explique le duo.

Côté marché, « le colza est très bien valorisé, avec la possibilité de s’adjoindre une bonification avec la production d’huile. Cela peut aller chercher jusqu’à +50 € avec des unités de commercialisation comme notre filiale Grain d’Oc par exemple, » appuie Marie-Josée Blazian.

Michel Lagleyze, agriculteur dans les Hautes-Pyrénées, a testé une autre culture alternative au maïs qui s’en est bien sorti, sans un poil d’irrigation : « le sorgho ! Avec les adhérents de la cuma de Sentous-Lahitte, on avait traversé un beau parterre de sorgho aux MécaCulturales. On a tenté sur 7 hectares, on a même acheté des disques exprès pour le semis. »

« Franchement, il n’a quasiment pas vu d’eau, 15 millimètres tout au plus… et au final, il n’est pas vilain, il est même très beau. On le récolte dans 8-10 jours, et je suis certain qu’on va faire plus qu’avec le maïs. »

Habitué au maïs, pour sa part irrigué sur pivot, Michel Lagleyze se désole : « avec 7 tours d’irrigation, on a fait 72 quintaux à l’hectare, contre 130 ou 140 habituellement. Notamment en raison des températures élevées à la fécondation.

Irrigation limitée ? Transformer l’eau en euros, la clé pour les cultures alternatives au maïs

Lorsque l’irrigation est limitée, les choix sont complexes, car la période physiologique pendant laquelle le candidat a besoin d’eau change la donne.

Autres critères à prendre en compte, comme dans toutes les configurations : le coût des semences, l’agronomie, les besoins en intrants, la solidité des marchés… et les nouveaux ravageurs qui s’invitent dans le jeu.

Mais le facteur clé, c’est la capacité d’une plante à transformer de l’eau en rendement. Et là, difficile de battre un maïs. Mais les possibilités existent.

Le sorgho ?

Jérémy Fraysse, du Tarn-et-Garonne, donne un retour plus mitigé sur le sorgho que son collègue haut-pyrénéen, en contexte irrigué. « Le sorgho, c’est moins rentable que le maïs, car le prix de vente est inférieur. Et pourtant, ça nécessite à peu près autant d’eau en moyenne. Si un maïs est humide, un sorgho le sera également« , note-t-il aussi.

Il pointe également le manque de recherche et d’homologation sur les herbicides dans cette culture. Il souligne que le sorgho contribue à davantage compacter les sols. « Et si on veut le semer en semis direct, il faut attendre deux semaines entre la récolte et le semis suivant, car les résidus sécrètent des substances allopathiques qui empêchent la germination d’autres espèces, » note-t-il aussi.

Le soja ?

Le soja était une option évidente il y a quelques années, confirme Francis Pialat, agriculteur dans le Tarn-et-Garonne, désormais retraité. « On le vendait en bio, à 900 € la tonne, quasiment sans intrant, pour l’alimentation humaine. »

Une époque désormais révolue. Les cours des marchés sont retombés et restent, actuellement, moindre que ceux du maïs.

« Le soja a l’avantage de fabriquer son azote, avec ses nodosités, relève son collègue Jérémy Fraysse. Mais il ne « transmet » pas cet azote à la culture suivante, à la différence d’une luzerne ou d’un trèfle. »

« La phase d’irrigation peut devenir problématique, car elle arrive plus tardivement en saison que celle du maïs, elle peut intervenir à des périodes de pénuries plus aiguës encore, « pointe Jérémy Fraysse. En outre, le changement climatique a apporté avec lui un nouveau ravageur sur soja, avec la multiplication des attaques de punaise diabolique.

« Qu’il s’agisse du sorgho ou du soja, lorsqu’ils sont irrigués, le différentiel de prix de vente, ramené au coût de l’irrigation, n’est pas très favorable. En clair, les prix de vente ne valorisent pas l’effort d’irrigation, analyse Mathieu Lerat, du Ceta Agro d’Oc. « D’autant plus que le rendement d’un sorgho plafonnera même avec une irrigation illimité, à l’inverse d’un maïs qui accroîtra son rendement, » souligne-t-il.

« Autre option pour valoriser de l’irrigation, mais toujours à mettre en regard de ce que pourrait développer un maïs dans les mêmes conditions.

Le tournesol ?

Le tournesol a clairement été identifié comme une alternative à la culture du maïs, en sec ou en irrigation limitée, cette année dans le Sud-Ouest. Peu exigeant en intrants, résistant à la sécheresse, déployé sur des marchés assez solides… malgré tout, attention à ne pas trop irriguer cette culture, qui cette année a donné des résultats très hétérogènes.

Les facteurs qui ont altéré la quantité et la qualité des produits sont encore en cours d’analyse. Cette année, l’aspect visuel des champs de tournesols ne laissait pas forcément présager le rendement.

Quand l’irrigation n’est pas un facteur limitant

En 2026, ce n’est pas tant le manque d’eau qui a tué les rendements du maïs. Ironiquement, ce sont le froid et la pluie du printemps qui ont retardé les semis. Semis tardifs, combinés aux fortes températures lors des périodes de floraison, pollinisation et fécondation, qui ont empêché les plantes de donner leur plein potentiel.

« Même si l’eau ne change pas la température d’une culture, elle permet de réguler l’ambiance. Un maïs irrigué lorsqu’il en a besoin permettra toujours d’atteindre une triple valorisation : c’est la plante qui valorise le mieux l’eau qu’elle reçoit, avec des rendements difficiles à atteindre par d’autres cultures, et des prix le plus souvent élevés, » analyse Mathieu Lerat.

« Planter des variétés précoces peut faire partie de l’arsenal à venir, lorsque c’est possible pour éviter des risques de fortes chaleurs aux périodes clés », développe-t-il.

La valorisation de l’eau comme facteur-clé

Et pour ceux qui souhaiteraient malgré tout sortir des sentiers battus… il en existe d’autres cultures que sont le blé et le colza, en conditions irriguées. « Dans les Sud-Ouest, ces cultures valorisent bien l’eau. Un blé fera +5 à +20 quintaux/ha avec irrigation, un colza, +4 à + 10 quintaux, avec des périodes de prélèvement moins problématiques que celles du soja par exemple. »

Le mot de la fin à Fabrice Casteraa, agriculteur dans les Landes. « Il va se faire plus de colza, de triticale, de soja et de tournesol. Mais on n’est pas très sereins parce qu’on a déjà essayé tout ça. Les céréales, c’est compliqué avec l’abondance des pluies hivernales. Il va falloir partir plus tôt. Et je crains que les parcelles à faibles potentiel finissent en jachère. La seule chose qui nous sauve actuellement, ce sont les prix. »

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