Ne pas confondre urgences et précipitation. Avant l’action, l’heure est aux diagnostics dans les systèmes fourragers mis en souffrance par le climat exceptionnel de cette année. Les premiers constats chiffrés confirment en effet l’impression. L’aridité de l’été 2026 est d’une ampleur inédite. « Dans ce contexte, la première étape, quelle que soit la production, est d’établir son bilan fourrager », insistent les ingénieurs Idele lors d’un webinaire spécial sécheresse le 9 septembre 2026. Retour sur la gestion du manque de fourrage et la sécheresse.
Confirmation
Vagues de chaleur, déficits de précipitations, niveaux d’assèchement des sols… les records n’ont pas manqués. « Depuis que les enregistrements existent, 2026 est le deuxième été le moins arrosé. Il est en même temps le plus chaud jamais enregistré », insiste Aurélie Madrid, ingénieur agronome Idele spécialiste des adaptations au changement climatique.
« Météo France indique une température moyenne cet été de + 3,6 °C par rapport à la référence. En comparaison, en 2003, ce surplus de température moyenne était de +2,7 °C. »
Gestion du manque de fourrage et sécheresse : Ni pic printanier, ni pousse estivale
En conséquence, les experts de la production fourragère constatent l’absence de pic printanier dans les prairies françaises. « Et à partir de mi-juin, la pousse a été à l’arrêt », continue Soline Schetelat, chargée d’études sur le pâturage à l’institut de l’élevage. « Les éleveurs ont ainsi dû fortement mobiliser leurs stocks. Cela nous fait désormais redouter un manque de fourrage pour passer le prochain hiver. »
Aussi le reverdissement des prairies après le retour de précipitations fin août apparaît comme une bonne nouvelle. « Il faudra toutefois des pluies conséquentes pour voir les prairies repartir en production. Et dans tous les cas, l’automne n’arrivera pas à compenser le manque de fourrage accumulé », confirme Soline Schetelat en adressant néanmoins quelques préconisations pour optimiser la valorisation des prochaines opportunités.
« Il faut faire confiance aux sols et aux prairies »
Tout d’abord, il s’agit d’éviter une remise au pâturage trop précoce lorsque la parcelle reprend des couleurs. À ce stade où elles ont mobilisé leurs dernières réserves, les graminée et légumineuses qui ressortent « ont besoin de leurs jeunes feuilles, pour produire d’autres feuilles et du rendement par la suite. »
Pour espérer une bonne production automnale : « Mieux vaut continuer d’affourager en attendant que la prairie atteigne une hauteur de 10 cm, quand c’est possible » poursuit l’agronome en précisant : « Le facteur limitant actuellement, c’est l’eau. Cela ne servira à rien d’apporter de l’azote en plus. »
Observer avant de resemer
Quant à savoir si sa prairie mérite un resemis (ou un sursemis), là encore, l’observation s’impose avant toute décision. « Une prairie grillée, n’est pas une prairie morte », insiste Soline Schetelat. Ce n’est qu’après un reverdissement complet qu’un diagnostic déterminera si la culture a surmonté l’épreuve ou s’il vaut mieux la resemer.
À l’instar des cultures dérobées qui constituent un autre levier à envisager pour les éleveurs, la remise en place d’une prairie devra être faite d’ici la fin du mois de septembre. « Mais il faudra des précipitations suffisantes pour que ce semis puisse réussir », souligne l’ingénieure Idele. La technique du semis sous couvert de méteil a un intérêt, notamment de repousser la fenêtre d’implantation possible jusqu’à fin octobre 2026.
Le salut ne viendra pas des pays limitrophes
Les intervenantes se montrent enfin pessimistes quant à la possibilité de compter sur l’importation de fourrage. L’ensemble du continent étant confronté à une situation comparable. « Sur le marché, on dépasse les 200 €/t de foin… Mais la principale difficulté est déjà d’en trouver », résume Soline Schetelat.
Sa collègue conclut avec un dernier conseil : « Des plantes qui ont subit sécheresse peuvent avoir valeur différentes des normales. L’analyse de fourrage permettra de mieux connaitre la valeur de ses stocks et d’ajuster les utilisations aux besoins des animaux. »
Idele propose un dossier technique spécial sur l’adaptation à la sécheresse.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





