À quoi vont ressembler les machines agricoles de votre fin de carrière ?

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À quoi vont ressembler les machines agricoles de votre fin de carrière ?

Pour éviter l'obsolescence de leurs équipements, la Fncuma, The Shift Project et les filières ont modélisé quatre trajectoires pour la machine agricole du futur. (© FNcuma)

Au rythme des chocs climatiques et géopolitiques, les machines agricoles actuelles risquent de se retrouver assez vite au garage. Comment "stimuler" une autre manière de concevoir les machines? La FNcuma s'est penchée sur la question, avec les filières agricoles et le think-tank The Shift Project . 

SOMMAIRE

À quoi ressembleront les machines agricoles du futur ? Cela se dessine dès aujourd’hui. Au moins dans le rapport « Prospective pour penser les machines autrement : quels agroéquipements en 2050 pour une agriculture durable, résiliente et prospère », proposé par la Fncuma. « La bonne machine agricole, c’est celle qui n’enferme par l’agriculteur dans un système, alors qu’il doit développer la robustesse de son exploitation, » résume Romuald Carrouges, agriculteur dans la Marne et président de la Commission développement de la Fncuma. « Or les machines agricoles actuelles produisent de la contrainte, de la rigidité dans les exploitations. Elles ne contribuent pas toujours à la viabilité économique, ni à la viabilité climatique des fermes, » développe Stéphane Chapuis, responsable du service AgroDev de la Fncuma.

Le futur, c’est un big-bang des machines agricoles en perspective

L’équipe de la Fédération publie, à l’occasion des salons agricoles de l’automne, une « prospective pour penser les machines autrement. Quels agroéquipements en 2050 pour une agriculture durable, résiliente et prospère ? ».

Elle s’est appuyée sur le scénario de conciliation produit par le Think-tank « The Shift Project ». Travail qui a conduit l’équipe à écrire, avec les filières agricoles et agroéquipement une multitude de scénarios regroupés en quatre trajectoires pour dessiner les machines de demain. Ceux qui ont aussi contribué à ce travail sont : Axema, Arvalis, Terres Inovia, ITB, IFV, Itab, Inrae (UMR Sadapt), Solagro, Aspexit.

Un « demain » qui n’est pas si lointain, précise Stéphane Chapuis, responsable du service AgroDev de la Fncuma. « L’horizon 2050, c’est la deuxième partie de carrière des agriculteurs qui s’installent aujourd’hui, » note-t-il.

« Le Shift Project cherche une trajectoire conciliant le respect de la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), le maintien de la productivité et les piliers de la durabilité. C’est une trajectoire possible, et même souhaitable. À condition qu’il y ait une planification de l’action des acteurs socio-économiques et des pouvoirs publics. Que cela soit planifié ou sous la contrainte d’une indisponibilité des carburants fossiles, le constat reste le même. Il vaut mieux anticiper. De plus, par définition, une prospective ne se réalise jamais à 100 %. Elle sert à donner de la matière à réflexion et à orienter les choix, » argumente Stéphane Chapuis.

Pourquoi travailler avec The Shift Project ?

« Le réseau cuma n’a pas les compétences pour réaliser une prospective agricole globale. Mais il est au bon endroit pour analyser l’impact sur l’agroéquipement« , analyse le responsable du Pôle AgroDev de la Fncuma.

« Nous avons étudié cinq prospectives. Et retenu celle du Shift Project pour deux raisons principales. C’était une étude récente, nous avions accès aux experts pour aller plus loin que le rapport. Et son approche est à l’échelle « Ferme France », sans découpage territorial rigide. Ce qui facilite la modélisation de la machine agricole plutôt que de devoir projeter chaque profil d’exploitation à 2050. »

Pourquoi repenser la machine agricole du futur ? La limite arrive vite

« L’enchaînement des aléas en agriculture laisse penser que le système actuel va arriver à sa limite plus vite que prévu. Ce que l’on considère comme un épisode exceptionnel en 2026 se reproduira à l’avenir. Aujourd’hui, on est loin de préparer cette transition. La fiscalité en général, la détaxation du GNR en sont des preuves évidentes, » pointe Stéphane Chapuis.

« Au-delà du travail de projection, il s’agit d’une invitation à approfondir ce sujet à tous les acteurs de l’agroéquipement. Notamment les industriels, mais aussi la distribution, l’enseignement, la recherche » souligne-t-il.

Ce que proposent les filières et la Fncuma représente un changement profond pour une industrie lourde. Dotée de cycles de R&D s’étalant sur 10 à 15 ans. « Le risque principal pour les constructeurs, comme les agriculteurs, c’est l’« actif échoué », » développe Stéphane Chapuis. C’est-à-dire « investir en R&D sur des machines lourdes, très puissantes ou technologiques qui n’auront plus de marché en 2040 ou 2050. »

« D’un autre côté, nous, filières, FNcuma, Shift Project, n’avons pas les compétences pour concevoir une récolteuse à trois stades de maturité. C’est bien le cœur de compétence des industriels. Mais par contre, avec ce travail, nous pouvons leur fournir la capacité à s’extraire des dynamiques de marchés et de concurrence de court-terme. Et leur fournir des indicateurs qui peuvent leur permettre de se projeter dans ces nouveaux marchés. »

Prospective Agroéquipement : ce que les 4 trajectoires ont en commun

Voici ce que les quatre trajectoires dessinées par la FNcuma, ses partenaires et le Shift Project ont en commun:

  • La transition énergétique ne concerne pas que la motorisation des machines agricoles. Décarboner l’énergie change le ravitaillement, la gestion des risques et la conception. Si la source de puissance devient très chère, le moteur devra peut-être devenir amovible pour passer d’une moissonneuse à un pulvérisateur ou à un tracteur ;
  • Le sol comme contrainte de conception. La préservation de la structure physique et biologique du sol interdit les engins de 40 tonnes à l’avenir, surtout dans un modèle en semis direct ;
  • La fin de la course à la puissance. La puissance pure ne sera plus le premier critère. On privilégiera la sobriété, la réparabilité, la modularité et la durée de vie ;
  • D’énormes changements logistiques. Avec la valorisation maximale de la biomasse et la récolte de cultures associées, la logistique champ-ferme devient centrale. De plus, pour des raisons de sobriété, le transport lourd sur route passera probablement du tracteur aux engins routiers (camions) ;
  • L’évolution des compétences. Piloter des engins autonomes, planifier la logistique et maintenir des technologies hybrides redéfinissent complètement les métiers de l’agriculture, et donc la formation.

Machine agricole du futur : les 4 trajectoires étudiées

Trajectoire 1 : une transition technique inégalitaire, portée par les acteurs les plus capitalisés

Ce scénario décrit l’évolution tendancielle. La concentration du foncier et du capital, ainsi qu’une pression économique chronique structurent le monde agricole. Les exploitations agricoles sont dépendantes du marché mondialisé et mises en concurrence par ce même marché. Les filières sont segmentées, avec une gouvernance par l’aval privé. L’accès aux technologies est inégal. Les formations restent insuffisamment ouvertes aux nouveaux profils, et l’adaptation climatique est partielle. Les politiques publiques soutiennent la compétitivité, la souveraineté productive et le maintien des volumes. Les aides au verdissement, bien que présentes, ont reculé. Les filières privées structurent une partie croissante des exigences de conformité, de preuve d’impact et de traçabilité.

Les agroéquipements accompagnent la transition, mais sans remettre profondément en cause son organisation actuelle. Ils changent surtout par adaptation aux modèles existants : efficacité énergétique, décarbonation directe et indirecte, automatisation partielle, outils plus précis, mais maintien d’une logique de machines puissantes, spécialisées et souvent coûteuses. Le numérique se développe, mais de façon inégale selon les territoires, les filières et les moyens économiques des structures agricoles. La dépendance aux constructeurs, aux logiciels propriétaires, aux réseaux de maintenance spécialisés et aux pièces détachées reste forte.

Trajectoire 2 : une transition verte pilotée par l’Europe et les normes, mais encore très technologique

Ce scénario ne décrit pas une transition pleinement maîtrisée, mais une transition écologique partielle, encadrée, sélective et socialement différenciée. L’agroécologie est devenue légitime. Les aides européennes, les standards publics, la demande sociale et les stratégies de souveraineté poussent à transformer les pratiques. Mais cette dynamique se déploie dans un système encore marqué par la concentration du foncier et du capital, la dépendance aux acteurs industriels, l’inégal accès aux compétences, l’instabilité des filières et une adaptation climatique incomplète.

Les agroéquipements sont mobilisés pour réduire les émissions, limiter les intrants, améliorer l’efficacité énergétique et accompagner les nouvelles pratiques agricoles. L’électrification, le biogaz, les biocarburants, les capteurs, la robotique et l’automatisation progressent plus fortement. Les machines deviennent plus performantes, plus propres et plus connectées, mais aussi plus complexes. L’enjeu est alors l’accès à ces équipements, leur coût, leur réparabilité, la maîtrise des données et la capacité des structures agricoles à ne pas subir une transition uniquement pilotée par l’offre technologique.

Trajectoire 3 : une trajectoire agroécologique, sobre, territorialisée et mutualisée

Ce scénario décrit une transition organisée, portée par des choix publics, territoriaux et professionnels plus affirmés. Les structures d’exploitations agricoles sont fondées sur des collectifs, sécurisées par l’action publique dans leurs efforts de transition. Pour s’adapter, des coopérations fortes émergent, pour l’investissement, l’usage, et/ou la maintenance. Les filières sont reterritorialisées avec des systèmes agroécologiques généralisés. La sobriété numérique et matérielle est de mise. La technologie n’est légitime que si elle reste appropriable, utile aux pratiques agroécologiques et au maintien du travail humain. Bien que demandant des investissements, cette transition s’appuie davantage sur la planification, l’expérimentation collective et l’adaptation aux contextes territoriaux.

Dans ce cadre, l’agroéquipement est au service de la transformation, de l’émergence de pratiques et de manières de faire ensemble. Les machines sont davantage pensées pour être réparables, modulaires et compatibles avec plusieurs usages. Les concepteurs les adaptent aux pratiques agroécologiques : semis direct, cultures associées, fertilisation organique, gestion des couverts, récoltes diversifiées et associées, entretien des haies et des systèmes agroforestiers. Moins énergivores, elles deviennent un levier de sobriété, d’adaptation et d’autonomie. Le numérique est recherché pour son appropriation et son utilité réelle : guidage, précision, sécurité, organisation des chantiers.

Trajectoire 4 : une conciliation hybride entre souveraineté, agroécologie, technologie utile et diversité des territoires

Ce scénario décrit un système de conciliation sous contraintes. Production alimentaire, réduction des émissions, autonomie énergétique, sobriété matérielle, adaptation climatique, préservation des sols et maintien d’une activité agricole sont les injonctions qui fondent ce scénario. Les filières sont à la fois pilotées par des cadres publics, par des exigences privées de preuve d’impact et par des gouvernances locales. Nous avons donc une agriculture en équilibre instable, plus agroécologique, plus territorialisée, plus végétalisée, plus collective et plus encadrée, mais traversée par des tensions et contradictions fortes.

Les faisabilités techniques, organisationnelles, territoriales et économiques dicteront ces adaptations, dans une agriculture agroécologique. Les équipements sont plus ouverts, réparables, interopérables et adaptables à des systèmes agricoles diversifiés, tout en permettant une productivité. En fonction des cas, la robotisation et l’automatisation peuvent exister, mais comme auxiliaires du travail humain et de l’agronomie. La centralité de ce scénario repose sur la finalité des agroéquipements : permettre à toutes les structures agricoles d’accéder à des équipements productifs, efficients, sobres, appropriables et utiles pour les pratiques recherchées.

En savoir plus en vidéo avec Stéphane Chapuis, responsable du service AgroEcoDev de la Fncuma

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