Les grandes parcelles agricoles en monoculture ont-elles de l’avenir ? Ce qui est sûr : les cultures en relais (ou relay-cropping), qui consistent à semer une culture dans une autre, ainsi que les cultures en bandes, ouvrent davantage de perspectives agronomiques. En réduisant la vitesse des infestations, ces itinéraires permettent de repenser la fertilité, de diminuer les interventions phytosanitaires (en anticipant les impasses) et de favoriser la biodiversité.
De nouveaux outils
Toutefois, ce virage technique exigerait de nouveaux outils. Pour Arnaud Romoli, conseiller indépendant de l’agroéquipement, « le développement du relay cropping dépendra essentiellement de l’investissement des acteurs de l’agroéquipement dans la cartographie parcellaire ».
Si les équipements comme les semoirs ou les pulvérisateurs localisés sont prêts, les solutions de guidage et les itinéraires techniques requièrent encore une approche collective.
L’avenir des parcelles agricoles, l’atout robotique ?
Cette vision s’oppose à certaines dynamiques actuelles. Jean-Philippe Féjoz, responsable commercial chez Voltrac, observe en effet le développement de « clusters d’une même culture, sur des parcelles immenses », des surfaces idéales pour rentabiliser les machines autonomes actuelles. Et futures ? Tout dépend des virages des politiques agricoles. Rendements à toute vapeur ? Au risque de « lessiver les sols », au propre et au figuré. Car la robotique a aussi le pouvoir de libérer le potentiel d’une agriculture ultra-diversifiée.
Eric Lucet, chercheur en robotique mobile au CEA, évoque carrément le « pixel cropping », un système où des micro-parcelles s’entraident : « Difficilement envisageable aujourd’hui », mais pas demain avec certains robots.
Le concept du « pixel farming ». (©Pixel Farming)
Des parcelles plus complexes
En « physicien « du climat, Jean-François Berthoumieu (Association climatologique de la moyenne Garonne) entrevoit des parcelles plus complexes. Pour lui, les monocultures plates « sont des accélérateurs d’aléas » face aux flux climatiques. Il préconise de cultiver selon les courbes de niveau et de recréer de la rugosité paysagère (haies, strates végétales) pour freiner les éléments.
Une rupture technologique qui, selon Jean-Pierre Chanet du département MathNum à l’Inrae, nécessiterait de faire évoluer le logiciel économique des filières pour « moins s’appuyer sur le rendement, et davantage sur le maintien du revenu global » des exploitations. De quoi revoir complètement l’architecture, non seulement des parcelles, mais aussi des exploitations… et des filières françaises.
Retenir l’eau, question de gravité
Face aux sécheresses et inondations, la configuration même des champs devient un outil d’adaptation. Raisonnant en physicien, Jean-François Berthoumieu rappelle qu’en matière de gestion hydrique, il est bien plus « facile, et logique, de la retenir. En faisant jouer les principes de la gravité, qu’en faisant travailler des pompes ».
Les aménagements parcellaires suivant les courbes de niveau, couplés à des systèmes végétaux complexes capables de ralentir les flux, s’avèrent indispensables. Des pratiques déjà éprouvées localement dans le monde.
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