Robotique agricole en essaim : une réponse à la pénurie de main-d’œuvre

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Robotique agricole en essaim : une réponse à la pénurie de main-d’œuvre

Yanmar travaille déjà depuis plusieurs années sur la robotisation de tracteurs pouvant évoluer ensemble dans la même parcelle. (©Yanmar)

Préservation du sol, limites mécaniques, consommation, main-d’œuvre, climat, etc. Face à de multiples contraintes, l'avenir sera-t-il à une flotte autonome aux ordres d'un tracteur ou d'un robot de tête ? Quels sont les blocages à l'essor de l'essaim ?

L’essaim ou les moindres puissances autonomes associées, les constructeurs y pensent déjà. Et pas qu’en se rasant. Yanmar travaille sur le sujet. Fendt aussi avec la flotte de robots collaboratifs Xaver. En France, Sabi-Agri expérimente ce mode avec un Zilus répondant aux ordres d’un tractoriste. La réalité rattrape la fiction ? Retour sur la robotique agricole en essaim.

Robotique agricole en essaim : une réponse concrète à la pénurie de main-d’œuvre

« J’appuie cette idée de flotte comme d’avenir, partage Arnaud Romoli, conseiller indépendant en agroéquipement. Cela aura notamment l’avantage de répondre à la pénurie croissante en main-d’œuvre. » Pour Jean-Pierre Chanet, ingénieur de recherche à l’Inrae, « c’est plausible, notamment si l’agroécologie se développe, avec des surfaces plus complexes à travailler. On y croit depuis longtemps. » Même avis pour Jean-François Berthoumieu, agroclimatologue à l’ACMG (Association climatologique de la moyenne Garonne) et Agralis. « La robotique collaborative m’évoque les premières banques de travail, une optimisation de l’utilisation des matériels. »

Petites flottes de robots

Outre les contraintes humaines et sociétales, ce dernier ajoute : « On va sans doute voir émerger, par exemple sur l’irrigation, des petites flottes de robots pour appliquer l’eau avec précision. » Car côté changement climatique et agronomie, « il va falloir s’adapter avec d’autres rythmes de travail. En s’appuyant sur de petites unités robotiques capables de préserver les sols. »

Fendt explore plusieurs voies dans la robotique agricole, dont les petits Xaver pouvant travailler en essaim.

Fendt explore plusieurs voies dans la robotique agricole, dont les petits Xaver pouvant travailler en essaim. (©Fendt)

Techniquement, le travail en essaim autonome serait bientôt possible. Pour Eric Lucet, chercheur en robotique mobile au CEA, « on est techniquement prêts sur la flotte de véhicules autonomes. Comme le montre par exemple les applications de platooning. Ce développement, originaire des Etats-Unis, à vocation plutôt militaire, est une méthode de conduite autonome ou semi-autonome pour créer des convois de véhicules. Des développements sont en cours pour le transport routier. L’Inrae aussi a des résultats sur la gestion synchronisée de plusieurs machines autonomes pour les tâches agricoles. On sait donc faire des prototypes en utilisant les capteurs à disposition. »

En panne de normes

« Il y a quand même la question des normes et de la législation, partage Arnaud Romoli. J’analyse par exemple le flop actuel en partie par la nécessité d’avoir un opérateur proche de la machine robotisée. La non-supervision par l’humain n’est pas autorisée. En ce sens, la flotte collaborative aura un avenir, mais avec un chauffeur ».

Jean-Philippe Féjoz, responsable commercial Voltrac, abonde : « La législation européenne ne s’applique que pour la robotique en milieu industriel ou maîtrisé. Il reste difficile, à court terme, de gérer un robot avec un autre. Même si on a de l’avance en France, ça me paraît complexe. »

Sabi-Agri propose une approche open source de kit (appelée Torque Works), avec des modules à assembler. (©Sabi-Agri)

Eric Lucet précise : « On ne sait pas encore rendre ces ensembles fiables. C’est-à-dire qu’on ne sait pas encore dire quels défauts de capteurs peuvent être détectés. On a besoin de normes robotiques qui les définissent. Il y a des initiatives, mais rien d’abouti. Il reste par exemple à écrire sur l’évitement d’obstacle. » Mais ce travail devrait s’accélérer. Car un règlement européen sur l’utilisation des robots doit entrer en vigueur en janvier 2027. Il formera un cadre mais nécessitera l’application de normes. « Il y a une idée d’avancer côté français pour écrire ces normes, car le pays a de l’avance en robotique agricole. »

Robotique agricole en essaim : l’accessibilité et le coût

Reste pour Jean-Pierre Chanet deux grosses conditions au décollage de l’essaim : « L’accessibilité à la robotique et les coûts. Si on continue sur de grands parcellaires en monocultures, il n’y a pas de raison que les industriels changent de logique. Mais la robotique sera peut-être facilitée dans les pays avec des parcellaires plus morcelés, en contrepartie de machines moins chères. Sabi-Agri a par exemple proposé une approche open source de kit (appelée Torque Works), avec des modules à assembler. Les robots SRBC peuvent être construits par les utilisateurs avec les briques technologiques qui leur sont nécessaires et à des coûts plus accessibles. » Il reste à les rendre capables de travailler en équipe…

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