Décarboner ma machine agricole oui, mais à quelles conditions ?

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Décarboner ma machine agricole oui, mais à quelles conditions ?

Des défis attendent encore l’électrique, et devront être résolus pour l’usage agricole et viticole. (©Seederal)

À chaque salon du machinisme, son lot de nouveaux modèles de tracteurs en petites puissances électriques, voire hybrides. Mais avec des limites technologiques. À l’avenir, pourra-t-on compter sur le développement d'alternatives au GNR et plus performantes ?

L’automoteur agricole est-il à la remorque de l’automobile, voire du poids lourd ? Pour l’heure, en moins de 150 ch, cela semble être le cas. Analyse sur la décarbonation du machinisme agricole à l’avenir.

Décarbonation du machinisme agricole : les robots de 150 ch à l’épreuve du terrain

« Il y a maintenant des développements de robots de 150 ch grâce à des batteries de 100 kW, partage Jean-Philippe Féjoz, responsable commercial Voltrac. J’y assiste. Seederal de son côté semble atteindre ce niveau. Et dans ces puissances électriques on peut travailler 4 à 5 heures avant une recharge. Je crois donc qu’on va encore progresser et que l’avenir est à l’électrique et à l’hybride. »

Mais attention, des défis attendent encore l’électrique, qui devront être résolus ces prochaines années pour l’usage agricole et viticole. « La chaleur fait vriller les batteries, prévient Arnaud Romoli, conseiller indépendant. Idem avec le froid. Et on ne démarre pas. La raison est physique. À plus de 35 °C, la machine se met en sécurité à cause de la surchauffe de la batterie. Car il faut comprendre qu’on n’est pas sur de l’automobile. Sur un tracteur, on veut de l’hydraulique, on pulvérise, on travaille le sol. La mécanique est bien plus sollicitée. Et il y a un risque incendie. Idem en dessous de 0 °C. C’est compliqué aussi. Là des chauffe-batteries permettront de dépanner, on trouvera. »

L’hybride bientôt de retour

Le cœur du marché est-il promis à l’hybride ? En puissance moyenne, des acteurs asiatiques montrent déjà des solutions.  » L’hybride est une idée brillante, partage Jean-Philippe Féjoz. Car à l’inverse de l’automobile, en tracteur, on n’est jamais loin du siège d’exploitation pour recharger et profiter pleinement de cette technologie. Et comme pour l’auto, on peut rouler sur du GNR quand la puissance électrique est épuisée. »

moteur hybride Steyr

En hybride, il y a des problématiques de poids des batteries et de tassement des sols. (©Steyr)

« Il y a cependant des mauvaises expériences en hybride détaille Arnaud Romoli. Notamment pour le franchissement de certaines pentes et dévers, en cultures spécialisées et en enjambeur. Il y a aussi des problématiques de poids des batteries et de tassement des sols. De ce point de vue, avec le recul qu’ont les constructeurs, je pense que l’avenir sera plutôt aux hybrides composés de moteur thermique et de transmission électrique. Il faut avant tout une décarbonation intelligente, au service des producteurs. Et là l’idée leur plaira. »

Un autre thermique

Verra-t-on une généralisation des biocarburants et bioGNV en fortes puissances ? Quid du Stage VI agricole ? Sera-t-il pour 2035 ? La Commission Européenne doit faire un rapport d’évaluation du Stage V.

Ce travail guidera en partie toute décision sur des normes futures. Et donc sur les technologies qui seront choisies par les industriels pour leurs tracteurs.

Une RSE agricole pour la décarbonation du machinisme agricole

En matière de décarbonation, la responsabilité sociale et environnementale, dite RSE, concernera aussi un jour l’agriculture. Jean-Philippe Féjoz en pointe une base. « Des rapports hebdomadaires permettent déjà à des clients de robots, comme chez Monarch, de dire les quantités de GNR évitées, ce que ça représente en termes d’émission de CO2 en moins. »

De son côté, Sabi-Agri sait aussi estimer les émissions de CO2 évitées avec la fabrication puis l’utilisation de leur tracteur ou robot électrique comparé au thermique.

Émissions négatives

Pour Jean-François Berthoumieu (ACMG, Agralis), la robotisation va rendre les machines plus efficaces, avec moins d’émissions. Mais il sera possible d’aller plus loin. « On a besoin de sources d’énergie qui ne produisent ni CO2 ni GES. Il existe par exemple un procédé qui s’appuie sur la plasmalyse du méthane, et qui permet de produire de l’hydrogène et du carbone, sous forme de biochar. Une start-up basée à Aix-en-Provence, Sakowin, le développe. Avec de nouvelles pratiques culturales, le bilan de l’agriculture, en termes de GES, peut donc même devenir négatif. »

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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