Données agricoles : propriété centralisée ou distribuée? La controverse

Partager sur
Abonnés

Données agricoles : propriété centralisée ou distribuée? La controverse

La propriété des données agricoles devrait-elle être être centralisée, et efficace? Ou distribuée pour plus de sécurité? (©Entraid)

La propriété des données agricoles fait débat. Doit-être être centralisée pour plus d'efficacité? Ou distribuée pour éviter les dérives? En Suisse, l'opposition a fait rage entre les projets Barto et Ada, rend compte la chercheuse Léa Stiefel.

Les données agricoles naissent chaque jour par millions. Mais quid de leur propriété ? Comment les valoriser ? Une mise en garde dans l’ouvrage « Comment les machines ont pris la terre« . « La numérisation de l’agriculture ne se limite pas à des outils, elle intègre le pouvoir dans sa conception même », souligne la chercheuse Léa Stiefel qui a contribué à cet ouvrage collectif.

Deux projets, deux visions opposées de la propriété des données agricoles

Léa Stiefel a en effet décortiqué l’affrontement de deux projets en Suisse, liées à la propriété et l’utilisation des données agricoles. Entre 2017 et 2019, l’agriculture suisse s’est déchirée entre deux visions numériques, liées à la collecte de données.

D’un côté, le projet centralisé « Barto », propulsé par des acteurs de l’agriculture suisse en place (coopératives, société informatique, acteurs de l’insémination, association d’éleveurs…). Objectifs : simplifier le travail administratif des agriculteurs, se moderniser pour aller chercher de la compétitivité. Mais aussi développer des services intégrés.

Ada, un projet opposé à « Barto »

Les opposants au modèle Barto soulignent qu’il transforme l’exploitant en usager dépendant d’algorithmes non-ouverts. Tout en lui faisant porter la responsabilité légale en cas d’erreur, même si c’est la machine qui est en cause.

En face, le projet « ADA » s’est donc construit en opposition directe. Bâti sur un réseau distribué (pair-à-pair) et en code source libre, ADA laissait l’agriculteur maître du flux de ses informations. Jugée techniquement complexe pour les usagers, l’émergence de cette solution a montré une chose, selon l’auteure: l’architecture informatique n’est pas neutre.

Elle est en prise directe avec les rapports de pouvoir, détermine le degré de dépendance ou au contraire d’autonomie des usagers, dans ce cas les agriculteurs.

[L’avis de Jean-Luc Pérès] « Le débat est aujourd’hui le même pour l’IA »

Ancien du Bureau de coordination du machinisme agricole, Jean-Luc Pérès travaille pour l’organisme central du contrôle des pulvérisateurs.

« Le débat est le même aujourd’hui entre IA (intelligence artificielle, ndlr) ou pas. La données seule n’a pas de valeur si pas comparée et contextualisé. L’usage de l’informatique ne se pose plus. »

« Par contre la confiance dans les algorithmes est toujours en suspens. Les cartes de préconisations de fertilisation sont issues d’image, d’analyse de sols et de récoltes sur plusieurs années avec les données météorologiques. Or quand vous avez un radar monté sur un tracteur, celui-ci travaille que sur un nombre restreint de données, qui ne sont pas automatiquement contextualisées. »

[L’avis de Frédéric Vigier] « La coopération agricole peut avoir un rôle majeur à jouer »

Frédéric Vigier a été conseiller machinisme dans le réseau cuma, puis ingénieur Cemagref, Irstea, Inrae.  » Le choix entre données distribuées ou données centralisées reste un choix politique difficile à déconnecter des contextes réglementaires, fiscaux, économiques et sécuritaires propres à chaque état et internationaux (Europe, monde). »

« Je reste convaincu que moins de centralisation permet de conserver plus d’autonomie et d’indépendance. Cependant, si on souhaite bénéficier des avancées de l’IA qui nécessite de disposer de gros volumes de données diverses et variées, il faut assurément prévoir un partage des données et la coopération agricole peut avoir un rôle majeur à jouer dans ce domaine.

Les questions à se poser

  • L’architecture d’un outil numérique nous rend-elle plus autonome ou plus dépendant, et de qui ?
  • À qui profitent et appartiennent réellement les données générées par les exploitations agricoles ?
  • La technologie des données doit-elle relever d’un bien commun ou d’un système propriétaire ?

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

Moisson 2026, c'est parti !

◉ En direct
Sélectionner deux matériels de la même famille pour les comparer