Plan CASI : le décryptage

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Plan CASI : le décryptage

Décryptage du Plan CASI du gouvernement, destiné à soutenir les agriculteurs face aux aléas de l'année 2026. Crédit: Entraid

Quentin Mathieu, économiste et chargé des Entreprises agricoles au sein du think-tank Agridées, décrypte le Plan CASI annoncé par la ministre de l'agriculture Annie Genevard.

Casi pour « Climat. Adaptation. Sécheresse. Incendies ». Annoncé le 4 septembre 2026 par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, ce plan entend, selon la communication du gouvernement, répondre à « un double objectif : indemniser les pertes exceptionnelles pour éviter les faillites et redémarrer la production agricole en facilitant l’approvisionnement des agriculteurs en intrants. » Décryptage du plan casi pour l’agriculture.

Plan casi pour l’agriculture : le gouvernement fait avec ce qu’il a

Accompagné d’un déblocage « d’un milliard d’euros » selon les annonces officielles, la première lecture du plan casi pour l’agriculture révèle une stratégie « à 360° », avec une prise en compte des multiples problèmes que peuvent affronter les agriculteurs.

En réalité, souligne l’économiste Quentin Mathieu, chargé des entreprises agricoles au sein du think-tank AgrIdées, « malgré le nom de ce plan, le gouvernement arrive en fin de mandat. Il n’a pas les moyens de faire du long terme. » « Donc je ne dirais pas qu’il y a des angles morts dans ce plan, mais que gouvernement et ministre ont fait avec ce qu’ils ont« , résume-t-il.

Lire aussi: « Le Plan CASI pour retrouver une capacité à produire »

Décryptage : 235 millions d’euros dont la distribution est pilotée par les préfectures

« Sur les 1,3 milliards annoncés, la plupart ne sont pas de nouveaux fonds mais des réaffectations. La seule nouveauté correspond au Fonds de réarmement agricole« , c’est-à-dire les 235 millions d’euros pilotés par les préfectures », analyse l’économiste.

« Les préfets vont naturellement tenir compte des spécificités de leurs territoires respectifs. La conséquence, c’est qu’il y a du flou sur le déploiement et le périmètre de ces fonds. Cela introduit une forme de subsidiarité entre les départements français… mais également la possibilité de s’adapter aux contextes et enjeux locaux. »

Parmi les autres mesures, une partie des agriculteurs qui ne sont pas assurés pour les pertes de récolte bénéficieront d’une indemnisation, de l’ordre de 30 %. Mais derrière ce constat, Quentin Mathieu pointe autre chose. « À très grands traits, les agriculteurs qui souscrivent des assurances ‘pertes de récolte’ ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin. On appelle cela un effet de sélection adverse. Et cela s’explique très bien par la trésorerie des exploitations en question, la gestion, la santé économique des exploitations. »

« La Bretagne et le sud de la France sont par exemple très peu couverts, pour diverses raisons. Or, cette année, ils ont beaucoup souffert des aléas climatiques. »

Moyenne olympique : ça va glisser

Autre indice de « court-termisme »: « le plan casi fait passer la moyenne olympique, qui détermine de taux d’indemnisation des agriculteurs ayant souscrit une assurance récolte, de 5 ans à 8 ans. « Avec la prise en compte de ces 8 années, cela devrait améliorer un peu les niveaux d’indemnisation. Mais à l’avenir, les aléas vont aller en s’intensifiant. En « glissant », le risque est que les 8 années incluront toutes des aléas ».

Au-delà du décryptage, et du court terme, quelles solutions ?

Quentin Mathieu pointe en premier lieu la gestion régionale de l’eau, source de très vives tensions dans les territoires qui affrontent pour le première fois de graves pénuries.

« Nous avons vécu, en France, sur une sorte de rente que nous procurait un climat tempéré. Nous n’avons donc pas entamé cette réflexion, très aboutie en Espagne par exemple. Là-bas, on planifie les usages et les ouvrages depuis des années. »

« En France, certaines régions déjà confrontées à ces questions ont entamé cette réflexion, C’est le cas de Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’Occitanie, un peu plus tardivement, mais le mouvement est en cours. Les bassins poitevins et vendéens se trouvent dans des phases de tension. » L’économiste estime qu’au niveau hexagonal, ces transitions devraient prendre une dizaine d’années. Et ce malgré le déploiement du plan eau depuis 2023 censé organiser la gestion de l’eau entre les utilisateurs et apaiser les tensions déjà entrevues ces dernières années.

Eau et fertilité en tête des préoccupations de long terme

Même pas de temps pour la restructuration des filières agricoles, « avec sans doute une phase intermédiaire que nous entamons, pendant laquelle il va malheureusement y avoir beaucoup de destructions. »

« Le climat n’est pas le seul en cause. Il y a la fertilité, qui est beaucoup plus importante dans d’autres zones du globe. Et va-t-on persister à concevoir la filière céréalière comme un fleuron de la France ? Va-t-on persister à produire des cultures sur lesquelles nous ne sommes pas compétitifs et sur lesquels nous dépendons d’autres pays concurrents, eux-mêmes beaucoup plus compétitifs ? »

Là encore le climat peut rebattre les cartes . « Un effet du super « El nino » pourrait rebattre, temporairement, les cartes. »

L’économiste pointe enfin le problème de transfert de l’innovation en France, rendu encore plus aigu encore par l’accélération du changement climatique: « Nous avons en France de très bons chercheurs. Mais les innovations ne parviennent pas aux usines. Ou bien ne servent pas le monde de la production. »

Eau, fertilité, stratégie, innovation : les clés du long-terme sont là pour l’agriculture française.

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