Se passer de produits phytosanitaires, un rêve pour les agriculteurs qui risque de devenir une nécessité dans les prochaines décennies. Cependant, les agriculteurs, à l’heure actuelle peinent à ne pas y avoir recours. Techniquement mais surtout afin de s’assurer une marge correcte. Pour réduire les risques liés à de tels essais, l’Inrae s’est emparé du sujet. Ainsi, sur neuf sites expérimentaux, les chercheurs se sont passés de produits phytosanitaires pendant dix ans. Le nom de l’étude: Res0Pest. Retour sur l’étude sur la grande culture sans pesticides de l’Inrae.
Grande culture sans pesticides, c’est possible
Après dix années de successions culturales, l’Inrae affirme « que des systèmes de grande culture conventionnels sans pesticides peuvent être productifs, techniquement et économiquement réalisables. » Toutefois, des ajustements par rapports aux systèmes classiques s’imposent. Avec « une diversification des successions culturales, des filières de commercialisation adaptées et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes », rappelle l’institut.
Pour parvenir à cette conclusion, l’inrae a donc testé neuf systèmes de cultures au quatre coins de la France couvrant les spécificités régionales avec systèmes de grande culture et quatre en polyculture-élevage incluant des prairies temporaires. Pour chacun d’entre eux, les chercheurs se sont passés de pesticides mais se sont permis un recours possible au travail du sol et aux engrais de synthèse.
Rendements en deça
Par ailleurs, les rotations étaient de cinq à neuf ans. » La réussite des systèmes testés repose sur les principes de la protection agroécologique des cultures, précise l’Inrae dans un communiqué. Avec notamment la mise en application de la prophylaxie, la valorisation de la biodiversité végétale ainsi que l’amélioration ou la préservation de la santé du sol lorsque c’était possible.
Les résultats obtenus ont été comparés aux données d’Agreste collectées localement et comparables aux systèmes de culture étudiés. « Les systèmes conventionnels sans pesticides enregistrent des rendements le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique », annonce l’institut de recherche. Toutefois, « dans certaines situations, ils ont pu atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs. »
Grande culture sans pesticides : maîtrise des adventices
Autre résultat sur le long terme, « les dommages aux cultures causés par les maladies et les ravageurs au sein du réseau n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps. » En revanche, la gestion du désherbage reste un enjeu de taille. L’Inrae précise tout de même que les adventices ont été maitrisés. C’est à dire qu’avec certains recours comme le labour, la flore adventice a été maitrisée.
Par ailleurs, d’un point de vue économique, les systèmes ont été mis à l’épreuve pendant dix ans. Pour quatre plateformes, Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon, la marge nette a été qualifiée de satisfaisante. « Elle pourrait conduire dans 20 % des cas à un revenu entre 1 et 2 SMIC, dans 45 % des cas entre 2 et 3 SMIC et dans 35 % des cas plus de 3 SMIC mensuels », chiffre l’Inrae.
Influencer les politiques publiques
L’institut de recherche rappelle que pour parvenir à promouvoir ces systèmes diversifiés, « des politiques publiques adaptées sont nécessaires. Ces résultats permettent également d’alimenter les réflexions européennes pour accélérer la transition agroécologique. »
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