La pulvérisation ultra-localisée apporte un confort apprécié aux cultivateurs d’herbe du Sud Normandie. Récompense de la conviction. Le jeune service leur fait gagner un temps « énorme », selon le terme du chef d’orchestre de l’activité, Guillaume Martel. C’est de plus sur une tâche que de nombreux éleveurs considèrent peu stimulante. Sur son exploitation, la prairie représente quasiment une centaine d’hectares. Depuis le déploiement de l’Ara sur son territoire, l’éradication des rumex ne lui prend maintenant plus que « deux petites après-midi pour finir ce qu’il reste à droite ou à gauche », illustre l’agriculteur.
Gain de temps « énorme » pour les éleveurs avec la pulvérisation ultra-localisée
En tant qu’instigateur du projet, l’adhérent de la cuma la Pratique apprécie la réussite qui, certes, reste à consolider sur la durée des sept ans d’amortissement. Mais l’initiative valide quelques solides bases. « C’était sûr qu’il y aurait un besoin et que nous trouverions les surfaces, complète-t-il. Mais qu’il y ait un tel engouement et de voir que notre organisation est capable de faire autant de surfaces, c’est un peu ça la surprise. » De plus, la technique fonctionne et au tarif escompté.

Guillaume Martel, responsable de la prestation de pulvérisation ultra-localisée sur prairie à la cuma la Pratique. (©Entraid)
En Mayenne, une expérimentation au printemps confirmait que là où l’Ara passe, l’herbe repousse, mais pas les rumex. Le test comparait en effet l’action ultra-localisée à un traitement en plein. Vingt jours après, la hauteur d’herbe avait doublé dans le premier cas, alors qu’elle n’avait quasiment pas évolué dans le second. Et dans les deux situations, l’adventice ciblée avait été atteinte.
Guillaume Martel ponctue : « On divise environ par dix la quantité de produit nécessaire. » Économie d’intrants à la clef. « Nous sommes très contents d’apporter ce service à toutes les cuma qui ont pris le risque de s’engager au départ », ajoute-t-il.
L’initiative de pulvérisation ultra-localisée a essuyé les plâtres
La particularité du collectif de cuma est qu’il s’engageait effectivement dans une activité qui n’existait pas ailleurs. C’est donc ce groupe, composé de 23 cuma et 200 agriculteurs, qui pose des références à propos du désherbage ultra-localisé en prairies. Ce sera un avantage indéniable pour les collectifs qui projettent de lui emboîter le pas (dont deux sont déclarés en Normandie).
Ces derniers auront toutefois l’inconvénient de trouver des tarifs différents. « Il faut compter aujourd’hui 165 000 € pour la machine », indique Geoffroy Houette, directeur des établissements Werschuren. Et il y a les licences pour les algorithmes de détection qui sont contractualisés sur la durée de vie de la machine. Celui pour le rumex est à 4 500 €/an, par exemple.

Le projet a fédéré une bonne vingtaine de cuma. (©Cuma Normandie)
Malgré ces coûts plus élevés que pour l’unité pionnière, le lancement de projets reste totalement pertinent, estime Guillaume Martel. « Mais ça laisse moins de marge de manœuvre sur les surfaces et les tarifs. Pour moi, il faudra plutôt tabler sur un engagement de 1 200 ha, avec un tarif de prestation plus élevé. Cependant, quand on voit le confort de travail pour les éleveurs, ça se justifie. »
L’Ara de la cuma la Pratique a pour sa part traité 1 590 ha en 2025 entre le 20 février 2025 et mi-novembre 2025, soit 200 ha de plus que sur l’exercice inaugural. C’est aussi le double du volume prévisionnel établi au moment de l’achat. Ce fut une année sans accroc, après les quelques soucis de jeunesse observés sur la campagne précédente. « On apprend à travailler avec la machine », glisse le responsable.
Bien que le travail à l’abri des capots permette des interventions à des stades tardifs grâce à l’absence de dérive, « on s’est rendu compte par exemple que de mi-juillet à début septembre, il faut tout de même arrêter » en raison de la faible efficience du traitement aux stades végétatifs de cette période.
Des spécificités dans la prairie
Idem au niveau du matériel, qui a fait l’objet de quelques ajustements sur 2024. Outre les pneumatiques et des connexions changés, des amortisseurs ont été ajoutés afin de limiter les vibrations. « Il faut voir que notre unité est celle qui est la plus sollicitée dans le monde, souligne Guillaume Martel. D’une part en termes de surface annuelle, d’autre part parce que nous travaillons sur prairie. Ce n’est pas comme en maraîchage où le sol est travaillé, souple et nivelé. »
Autre grande différence cette année : le recrutement d’un troisième chauffeur en contrat intermittent. Un jeune retraité, ancien adhérent, vient en effet prêter main-forte depuis septembre aux deux agriculteurs sollicités jusqu’ici. « Avec ce renfort, on augmente la disponibilité du matériel. Il a ainsi pu tourner six jours sur sept », commente le responsable.
La meilleure maîtrise de la technique et de l’organisation a aussi son effet sur l’augmentation de la surface traitée. Et Guillaume Martel observe : « Enfin, les conditions météo en mars-avril ont été très favorables cette année. Cela joue beaucoup. » Si le désherbeur satisfait en priorité les groupes engagés, « nous avons ainsi pu servir quatre cuma au-delà de nos adhérents », précise-t-il.
Encore des inconnues pour la pulvérisation ultra-localisée des prairies
« Le déçu aujourd’hui, par rapport au service, c’est l’éleveur qui n’y a pas accès », selon le responsable qui assure qu’il y en a. « Nous essayons de faire le maximum, nous n’arrivons pas à aller satisfaire tout le monde. »
Reste que le niveau d’activité en régime de croisière est une inconnue de l’équation. Contrairement à la sole de prairies temporaires, la demande pour la prairie permanente devrait en effet s’estomper. Une fois la pression maîtrisée, « on ne devrait pas y revenir avant six ou sept ans, normalement », explique l’éleveur normand. « Nous restons également dans l’inconnu par rapport au vieillissement du matériel et aux coûts d’entretien », reconnaît-il.
Pour autant, le responsable se montre peu inquiet : « Nous nous sommes donné trois ans pour en savoir un peu plus sur toutes ces questions. » En attendant, le tarif reste à son niveau initial de 60 €/ha, qui permet à l’activité de constituer une sécurité.
« Tout le monde a bien joué le jeu »
Clef de réussite dans ce type d’activités : « L’organisation est hyper importante. Il faut des gens réactifs quand il y a des hectares à faire, cela doit être bien organisé. »
En soulignant la bonne volonté des dirigeants de la cuma de la Pratique puis celle des 22 autres coopératives, de leurs référents, des chauffeurs, mais aussi du constructeur et du concessionnaire qui ont été réactifs pour résoudre les problèmes, l’initiateur retient : « Quand on travaille avec des gens qui ont envie, tout se passe bien finalement. »
Le principe de la machine
Sous un capot qui stabilise la zone de travail des caméras et des buses, un système analyse la végétation pour déclencher une pulvérisation sur la mauvaise herbe détectée. L’unité de la cuma la Pratique sert uniquement sur prairie pour le traitement du rumex (80 % de l’activité), du chardon ou des deux adventices ensemble.
L’efficacité de la reconnaissance atteint déjà 98 % avec les algorithmes mono-espèces et 95 % dans le cas de la détection combinée, selon le responsable de l’activité. Le tarif (60 €/ha) intègre la conduite, la traction et l’outil mais pas l’intrant utilisé que l’adhérent doit fournir.
Pourquoi cette histoire
Au départ, il n’y avait rien, pas même des références. Car la technologie au cœur du projet de la Pratique n’avait pas fait ses preuves sur le terrain. Au final, deux cents agriculteurs de trois départements auront été les pionniers d’une révolution dans la gestion des adventices de la prairie.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :




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