À la cuma de Maringes, la banque de travail est une institution. « Cela remonte au début des années 80, avec des chantiers d’ensilage qui pouvaient rassembler beaucoup de monde, surtout quand les silos étaient éloignés des parcelles », explique Marc Coquard, adhérent de la cuma. La cuma pratiquait l’entraide, mais à un moment donné, il a fallu mettre les choses à plat. Certains trouvaient qu’ils donnaient plus de temps que d’autres.
Banque de travail en cuma : une monnaie virtuelle
Le groupe de huit adhérents travaille ensemble pour l’ensilage, le foin et l’enrubannage. À part les tracteurs, tous les matériels nécessaires à ces activités sont aujourd’hui en cuma. Jusqu’à peu, la fauche se pratiquait encore en individuel.
Pour les tarifs des différents services, chacun se voit attribuer un nombre de points qui correspond à une minute de travail. Cela permet de travailler avec les compteurs qui sont sur les outils. « L’attribution du nombre de points fait partie de discussions qui peuvent parfois se prolonger. »
Par exemple, le service adhérent + tracteur + faneuse correspond à 1,42 point. L’adhérent chauffeur a 0,42 point et le tracteur attelé à la faneuse de la cuma est à 1 point. Quand le tracteur est attelé à la faucheuse, cela vaut 3 points, car la consommation de GNR est plus importante avec la faucheuse. « Quand il y a une nouvelle activité, le nombre de points est fixé en comparant ceux attribués aux activités déjà existantes. Le point est la monnaie virtuelle de la cuma. »
Garder des comptes équilibrés
Celui qui fait le travail reçoit un certain nombre de points. À la fin de l’année, une réunion avec tous les adhérents est organisée pour faire les comptes.
« Depuis le départ, il n’y a aucun échange d’argent. Chaque année, on remet tout à plat. Ceux qui sont en déficit de points le comblent l’année suivante, en prenant des activités qui rapportent plus de points, comme la presse. En fait, c’est le conseil d’administration, au vu des comptes de chacun, qui décide qui va prendre telle activité pour retrouver l’équilibre, et en général tout le monde est d’accord. »
Un fonctionnement comme un service complet
Du côté de l’organisation, le fonctionnement ressemble à un service complet. Les différents travaux ont gagné en débit de chantier. Le groupe s’est vite aperçu qu’un même chauffeur avec son tracteur travaillant chez plusieurs adhérents était plus efficace que de passer son temps à atteler et dételer. Cela augmente la qualité, par exemple pour le foin, dont les différentes étapes peuvent être réalisées rapidement.
La principale préoccupation des adhérents est bien sûr de récolter un fourrage de qualité. Cette organisation offre une grande réactivité, permettant ainsi d’intervenir aux stades de récolte idéaux. Avec cette organisation, la qualité du fourrage est généralement au rendez-vous. « Cela demande un petit effort de la part de chacun, mais il faut bien se rendre compte que le tarif de la récolte avec tous les matériels de la cuma, qu’elle soit de qualité ou non, sera le même. Faire un effort tous ensemble pour avoir un fourrage de qualité, cela veut dire plus d’autonomie sur les exploitations. Vu la conjoncture actuelle, le premier poste d’économie est donc de bien s’organiser et de viser la qualité pour éviter les achats de concentré à l’extérieur. »
Banque de travail en cuma : avoir une certaine flexibilité
Pour travailler avec une organisation en banque de travail, il faut aussi une certaine flexibilité. « Dans notre organisation, il est tout à fait possible qu’un adhérent ne travaille pas sur ses parcelles, mais uniquement sur celles des autres. Cela dépend de l’organisation. Mais le travail sera fait, et dans les temps. » En revanche, il est important que tous suivent les consignes des responsables des matériels.
Des matériels qui sont renouvelés régulièrement, en général tous les 5 ans. C’est un parti pris par la cuma pour avoir toujours à disposition du matériel performant, car il est hors de question qu’il y ait des pannes à répétition.
Pour les adhérents, le point fort de cette organisation est de savoir que tout le monde va participer aux chantiers de récolte de l’herbe de façon équitable. En cas d’indisponibilité, de maladie, le travail se fera quand même. Il faut aussi savoir reconnaître que des tensions peuvent exister, qu’elles sont même inévitables. « Mais il faut savoir les apaiser. Il faut aussi que tout le monde comprenne que travailler en groupe, c’est parfois faire des concessions. En revanche, dans le travail en groupe, il y a aussi un côté social très important. On ne vient pas simplement chercher des outils à la cuma, on travaille véritablement ensemble. On va chez les autres, on se rencontre, on échange, on améliore nos manières de faire et les organisations de travail. Cela fait partie des éléments certes non chiffrables, mais qui sont importants », conclut Marc Coquard.
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