Il n’aura pas fallu cinq minutes à l’assemblée pour comprendre que la vie dans une équipe de rugby ressemble extrêmement à celle dans une cuma. Métaphore filée pendant près d’une heure par Laura Di Muzio, ancienne rubywomen au club de Villeneuve d’Ascq, la sportive issue du milieu agricole n’a cessé de vanter les mérites du collectif tout en mettant en valeur les enjeux et les difficultés. Car un groupe, ça se ménage.
Le collectif, des enjeux et des difficultés
Le récit commence. « Nous étions une petite équipe, et depuis toujours, nous avions tendance à perdre nos matchs, nous nous sentions médiocre et forcément ça joue sur la motivation, se souvient la joueuse. On doutait, on ne voyait que le négatif. Puis nous sommes sortis de cette spirale grâce à notre coach. À force de penser que nous étions nuls, on le devenait vraiment. Mais il y a toujours du potentiel. »
Mais pour gagner, il ne suffit pas seulement d’y croire, il faut des bases. L’équipe de Villeneuve d’Ascq s’appuie sur deux principes. Le premier est leur « bible ». Là où sont consignées les stratégies, les postes et missions de chacun, le fonctionnement de l’équipe, les règles du jeu. « C’est notre projet commun », résume t-elle.
Engagement et implication
L’autre principe est que chaque joueuse doit venir s’entrainer au moins cinq fois par semaine. « C’est l’engagement, poursuit-elle. La question n’est pas de savoir si on est motivé. Cela est cyclique, tout le monde vit des moments où l’on a moins envie de jouer. Mais il faut savoir que si on vient pas, parce qu’on n’est pas motivés, ce sera plus difficile pour ceux qui seront présents. »
Une fois les bases ancrées, la jeune nordiste et son équipe se sont appuyés sur ce qu’elles appellent le « supplément d’âme ». Ce petit plus qui fait que dans un collectif on a besoin de l’autre. « C’est la complémentarité, ajoute t-elle. On s’appuie sur les différences de chacune, et c’est une force. Cela permet aussi que chacune prenne confiance en elle pour qu’elle exprime tout son potentiel. » Chacune est responsable de cette ambiance et cela permet de dépasser les aprioris.
Communiquer
L’autre point clé que Laura Di Muzio dévoile est la communication. Avec son leitmotive. « Ce qui ne s’exprime pas s’imprime. » Dans notre équipe, personne ne s’est choisis. Pourtant on doit toutes travailler ensemble. On n’a pas le choix, nous devons nous entendre. »
Pour cela, dans l’équipe, quelques préceptes ont été mis au point. « Si tu parles pas, t’es morte, lance la joueuse. On a toutes des frustrations, des tensions, et nous avons appris à les gérer. Chaque mardi, on fait un débriefing. Là on se dit ce qu’il s’est bien passé ou pas bien passé la semaine précédente. Si personne ne parle, personne ne sort. » À l’inverse, le dimanche avant chaque match, l’équipe se retrouve pour un briefing et se motiver. « Là on se dit qu’on est ensemble, que ca va aller, qu’on est tous dans la même galère. »
Accompagner le décisionnaire
Par ailleurs, elle le reconnaît, les règles du jeu du rugby sont basées sur le collectif. Il est très difficile de mener une action seul. Et il y a un principe pour cela. C’est le soutien. « Si une coéquipière se lance dans une action, que ce soit prévu ou non, que ce soit une bonne initiative ou non, on accompagne le décisionnaire. On ne le fait pas pour soi, mais pour l’équipe. En revanche, si ça échoue ou que c’était le résultat d’une mise en danger inutile, là on a un code. Petite frappe dans le dos et on se permet de lui dire « poubelle ». » Entendez « tu t’es trompé, c’est pas le moment de se disputer puisqu’on est dans le match mais on va trouver une solution. Ca ne veut pas dire qu’on rate tout. »
Elle le reconnait, un match se déroule rarement comme prévu. « Au début, il y a une stratégie, ironise Laura Di Muzio. Mais ça ne se passe jamais comme prévu. On a tous l’impression de bien faire mais on ne peut pas compter que sur nous. »
Déléguer aux meilleures
À l’image du poste de capitaine qu’elle a occupé avec une co-équipière pendant longtemps. « Là, j’ai appris à mes dépend à déléguer, se souvient-elle. Au début je m’occupais de tout, et je finissais par m’épuiser, me plaindre du manque d’engagement des joueuses. Puis j’ai appris le leadership. L’idée de laisser les autres prendre des initiatives selon leurs compétences. »
Dans l’équipe de Villeneuve d’Ascq, il y a trois types de leader :
- Celui du jeu, qui prend des initiatives sur la stratégie. ;
- Le leader du combat, celui qui mène vers l’action ;
- Le leader de vie. Lui crée le lien, apporte et prend soin de l’humain.
Alors, elle le reconnait, « quand on perd, c’est nul. On n’a pas envie d’y retourner. Mais ca nous tire vers le haut. » Si bien qu’il y a dix ans, l’équipe de rugby féminine a gagné la coupe de France. « On a mobilisé des ressources qu’on n’imaginait même pas avoir, se souvient-elle avec émotion. Nous avons vécu intensément le projet. Finalement, il n’y a pas d’aventure collective sans aventure humaine. »
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