Jamais 2 sans 3 ? Malheureusement, il est à craindre une troisième vague de chaleur intense dans les jours qui arrivent. Alors que dans nombre de bassins, la vigne est au stade sensible de la véraison. Comment adapter le vignoble à très court terme ? Tout le monde se pose la question. Il y a peu de réponses. Avant tout, on teste, et on reteste. Quitte à se frotter au tabou « du jardin à la française ». On revient sur l’adaptation de la vigne à la canicule de 2026.
Arrêt du rognage : le vignoble face au dôme de chaleur
Comme en Val de Loire du côté de Bourgueil par exemple. « Alors que la vigne a surmonté les dégâts de gel précoces, que l’état sanitaire est bon, que le travail de la vigne a bien pu se faire, on observe moins de rognage, remarque Anthony Chambrin animateur à la frcuma Centre – Val de Loire, le 29 juin 2026. Il a fait trop chaud. Beaucoup de viticulteurs laissent la végétation. Il faut dire qu’il y a quand même eu des problèmes de grillures. La vigne a été bloquée. On aura d’ailleurs et sûrement une vendange moins précoce que prévue. Et peut-être moins de rendement ».
Presque tous les terroirs ont été touchés par ce dôme de chaleur intense. Sur les réseaux sociaux, des témoignages donnent aussi le ton. Comme en sud Drôme, « avec cette canicule plus d’écimage pour le moment je laisse les raisins, du viognier sans irrigation, à l’abri du soleil », écrit un producteur. Sous-entendu, sans rogner.
Adaptation de la vigne à la canicule : jusqu’à 50°C sur les feuilles de vigne
Même inquiétude et même réflexe dans le Sud-Ouest. « 43°C dans le Médoc, partage un château sur Facebook. Une température que nous n’avions encore jamais connue. Les conséquences se font déjà sentir. Certaines grappes sont littéralement brûlées par la chaleur et se dessèchent prématurément ». « On vient d’avoir 15 à 20 mm de pluies sur certains secteurs, constate Thibault Chakrida, animateur à la fédération de proximité des cuma de Gironde et Lot-et-Garonne. Mais la canicule a provoqué beaucoup de brûlures. Il a été mesuré une température allant jusqu’à 50 °C sur les feuilles ! Pour la suite la campagne se déroule avec environ deux semaines d’avance. Les vendanges pourraient démarrer début août ».
« Des grappes ont grillé remarque de son côté Nicolas Figeac, animateur à la fédération des cuma des Charentes. On constate une remise en question du rognage. Des viticulteurs laissent le feuillage pour protéger les grappes. Et on est dans l’expectative pour le relevage. On a un vrai risque de récolte avancée et de petits raisins ».
Les vignes du Sud dans l’expectative face à la chaleur
Même scénario dans le Midi. Sur les réseaux sociaux, plusieurs viticulteurs témoignent de l’adaptation de leur itinéraire technique. « En Hérault entre des chardonnay pas ecimés et une syrah ecimé une fois, le contraste est saisissant ! La syrah me met des feuilles jaunes quand le chardonnay voisin ne bouge pas ! C’est sûr, tout a croisé, mais pour l’instant, j’attends ! »
Idem dans le Gard, notamment sur les parcelles non irriguées. « On laisse retomber, témoigne Alexandre Foulc, viticulteur à Sommières. On fait moins d’écimage pour garder les grappes à l’ombre« . Les fils sont laissés en place. « C’est fini les 4 fils releveurs et la grappe au soleil. Ce n’est pas rentable ».
Adaptation de la vigne à la canicule : écimages tardifs
« On évite aussi de passer avec un tracteur « à 100°C « , près de la vigne. En fait, on fait quand on peut faire, et on n’est pas obligé de passer pour passer ». Son écimage se fera certainement juste avant les vendanges, confie-t-il. Une pratique recoupée par Christophe Auvergne, conseiller machinisme à la Chambre de l’Hérault.
« Pour le moment on était assez tranquille en zones méditerranéenne. On est certes confrontés à des chaleurs qui n’auraient pas encore dû commencer, qui vont jusqu’à 34 à 37 °C, comme le 28 juin 2026. Mais surtout malgré le remplissage hivernal on craint la sécheresse ».
Préférer le « dépalissage » au blanchiment ?
« J’ai pu constater que des vignes n’étaient pas palissées, raconte encore Christophe Auvergne. À Pignan à l’Ouest de Montpellier, des viticulteurs m’ont aussi dit qu’ils n’écimeraient que dans le rang du passage de pulvérisateur. Et comme ils se sont équipé d’une écimeuse à section à 3 exploitants ils ne passeront que quelques jours avant la vendange. Des études concluantes sur le non palissage dans certaines conditions reviennent en tête de certains viticulteurs ! ».
Et la vendange se profile déjà. « Dans les plaines on est à pleine véraison. Et la véraison attaque sur Pic Saint-Loup ». Sur les réseaux sociaux, des viticulteurs se demandent comment exécuter un blanchiment du feuillage. Sur ce point, attention, des doutes persistent sur l’efficacité de la technique. « Des relevés de température sur feuille n’ont pas montré une efficacité certaine« , comment Christophe Auvergne.
Tandis que d’autres testeurs semblent y trouver un intérêt. Comme Bruno Bourrie, conseiller nutrition à Olea. Il partage sur LinkedIn un »très bon effet de la protection thermique (Eclipse à 20 kg/ha + Megagreen à 1,5 kg/ha). Baisse significative de la température des feuilles (jusqu’à – 2,98 °), légère hausse de l’activité photosynthétique (+10 %), tout cela à 16 h 00, par 37° à l’ombre ». De quoi relancer le débat.
Autre remarque : éviter de poudrer / soufrer à très forte chaleur. Le risque étant de provoquer de la phytotoxicité par brûlure, perturber la respiration par pores. S’ajoutent les problèmes de volatilité du produit et la pénibilité avec EPI pour les interventions.
La crainte de l’orage de grêle
Dans le Gard, Alexandre Foulc reste confiant face à la chaleur. Mais craint l’orage. « Les sorties sont jolies. On est bon sur l’aspect sanitaire. On irrigue depuis quelques jours. Mais face à la sécheresse un orage serait le bienvenu. La vigne a 5 à 10 jours d’avance. Mais on craint aussi l’orage pas bon, accompagné de grêle ».
Ce qui est tombé sur la tête de malheureux champenois de deux communes de la Marne début juin. Une centaine d’hectares vendangés en quelques secondes.
Les leviers d’adaptation aux fortes chaleur sur vigne
Pour le non-effeuillage, le rognage haut, l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) dans ses fiches techniques rappelle qu’un effeuillage tardif expose brutalement la baie aux rayons ultraviolets. L’institut démontre que les grappes témoins non effeuillées côté soleil couchant échappent à l’échaudage. Les Bulletins de Santé du Végétal (BSV) signalent chaque été, dès les premières alertes caniculaires, qu’il faut « raisonner ou suspendre les effeuillages afin de contenir les symptômes d’échaudage ». A suivre donc.
Côté gestion du sol et des couverts végétaux, les Chambres d’Agriculture dans leurs guides pratiques, mettent en avant l’effet tampon du paillage. Un sol tondu trop ras ou fraîchement travaillé augmente l’émission de chaleur vers les grappes. Tandis qu’un couvert « roulé » au sol conserve la fraîcheur de l’inter-rang. Une autre façon aussi de voir « une vigne propre ».
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





