Agrotourisme en Martinique : le parcours inspirant d’Anaïs Chardon Janvier au Morne-Rouge

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Agrotourisme en Martinique : le parcours inspirant d’Anaïs Chardon Janvier au Morne-Rouge

Anaïs Chardon Janvier : "Je veux maintenant que l’agriculture prenne clairement le dessus sur l’agritourisme." (© Entraid)

Au Domaine de la Vallée, Anaïs Chardon Janvier exploite à 100 % ses productions et diversifications. Ultra investie et bien entourée, elle applique à la lettre l’économie agricole de la terre à l’assiette.

Elle déplacerait les montagnes. À moins de 40 ans, Anaïs Chardon Janvier incarne le renouveau de l’agrotourisme en Martinique. Rencontre.

Une force de la nature au service de l’agriculture martiniquaise

La force de caractère d’Anaïs Chardon Janvier la mène à cumuler nombre de responsabilités. Pas encore 40 ans, la Martinique dans le sang, l’agricultrice à la tête de 10 ha de SAU est aussi investie dans l’agrotourisme, dans la vanille, autant sur ses terres que pour les autres. Sa générosité la poussa aussi un temps à prendre la tête de la section JA et à s’investir dans la vie civile.

Pourtant, Anaïs Chardon Janvier s’était éloignée de la Montagne Pelée. Elle est revenue sur son île après des études supérieures dans le juridique. Sa passion pour la Martinique l’a fait revenir sur les pas de ses parents devenus aussi agriculteurs dans leur deuxième vie.

L’exploitation familiale s’étend sur 17 ha dont 10 de SAU. Lorsqu’elle s’installe en 2020, il y a encore les chèvres, tomates, patates douces et dachine (taro) qu’avaient commencé à cultiver Martine et Claude, ses parents, en 2001. Mais « tout en pérennisant la ferme, j’ai voulu développer d’autres activités », explique Anaïs Chardon Janvier.

Une tête bien faite et les idées bien en place

Sur les hauteurs de Morne Rouge, à presque 500 m d’altitude, adieu les caprins et quelques bovins. Welcome vanilles, fruits, plantes médicinales, pisciculture et volaille. Le tout en bio et accompagné d’une offre agritouristique conséquente. Hébergement, restauration, visites, boutique : Anaïs Chardon Janvier est au four et au moulin. « Ces activités mobilisant beaucoup de temps et d’énergie, je ne pouvais plus continuer l’élevage caprin ni bovin lait, trop contraignants. »

Ces développements entraînent des investissements conséquents. « Notamment pour la communication. J’ai beaucoup investi dans la visibilité du domaine, sur les réseaux sociaux par exemple en faisant appel à un community manager. Car il faut de la visibilisation et parler de la modernisation, de la dynamique des activités. » Mais ce n’est pas tout. « Il a aussi fallu repenser la ferme pour l’agrotourisme. Par exemple réaménager les parcours à pied sec, de manière à recevoir dans de bonnes conditions. Et j’ai aussi développé la boutique, la maison de la vanille, la cuisine, le restaurant, etc. »

Un travail titanesque et un besoin fort d’accompagnement. Mais qui paye. Un parcours si inspirant qu’Anaïs Chardon Janvier se trouve décorée d’un Prix national de la dynamique agricole cet hiver 2026.

Inspirante, et inspirée

Sa force, son imagination, la concrétisation de ses idées, Anaïs Chardon Janvier avoue les tenir de son île, et aussi, voire surtout, de sa mère Martine. « La Martinique m’inspire. Je veux mettre en avant l’île, valoriser le territoire, ses productions. Aussi j’étais un temps présidente JA, de la filière agritourisme et vanille. Mais ma première inspiration, c’est ma maman, une femme ‘Potomitan’ – la pièce au centre de tout – impressionnante, force de caractère et de résilience. Elle est très challengeante et je veux marcher sur ses traces. Elle met beaucoup d’amour dans ce qu’elle fait, de cœur à l’ouvrage. Aujourd’hui je lui suit très reconnaissante et nous recevons de plus en plus de monde ».

Familiale et pro, dans la dynamique de groupe

Tout n’est pas rose pour autant. De son propre aveu, Anaïs Chardon Janvier s’épuise et prend des risques. « Ma principale difficulté depuis mon installation est en fait intrinsèque aux métiers manuels. C’est trouver de la main-d’œuvre, sans parler d’un second pour me remplacer. Être femme chef d’entreprise, agricultrice, maman, épouse… il faut trouver sa place. Quand je ne suis pas là, je dois fermer. C’est une perte de chiffre d’affaires. Or je ne trouve personne pour me remplacer ou sur qui me reposer. Je n’ai finalement qu’un salarié et une bonne aide familiale. J’essaie de développer encore. On fait les travaux nous-mêmes. Mais j’arrive à 12 à 15 heures de travail par jour. C’est un métier passion ».

Pour l’aider, Anaïs Chardon Janvier a besoin de quelqu’un qui partage le même état d’esprit, l’attrait pour la terre, l’esprit d’entreprise, le patrimoine, les productions bio, etc. Car elle ne compte pas en rester là. « Je veux maintenant que l’agriculture prenne clairement le dessus sur l’agritourisme. Notamment avec la production des différentes vanilles et à l’export. Je travaille d’abord sur le développement qualité de la vanille affinage. Surtout les vanilles rares comme la variété appelée banane. Avec une vingtaine de producteurs on pose donc les jalons pour une IGP. De manière à se démarquer et se caractériser par rapport aux importations de mauvaise qualité. » Pour Anaïs Chardon Janvier, l’intérêt collectif prime.

La difficulté n° 1 : l’emploi

Quand on parle difficultés, Anaïs Chardon Janvier aborde immédiatement et sans détour l’emploi. Déplorant ne pas trouver de salarié, elle confie se retrouver devant un public qui n’a pas vraiment envie de travailler. Il faut dire que les tâches sont nombreuses, « Il y a beaucoup à faire, dit-elle, c’est un métier passion ».

Alors avis aux passionnés, postulez !

De la ferme à l’agritourisme

Si Anaïs Chardon Janvier a d’abord été ‘aide familiale’ sur la ferme de ses parents dès 2012, le changement de cap économique s’est tout de même fait rapidement. Surtout à partir de son installation en 2020. Exit les caprins et les bovins. Place à la ferme pédagogique et aux productions bio martiniquaises de cultures tropicales, herboristerie créole, aquaponie autour d’une flore et d’une faune variée : paons, canards, poulets rares, carpes Koï, tortue molokoye. Et surtout, place à la vanille rare, à l’agri et au « slow »-tourisme et à la gastronomie.

Last but not least, Anaïs Chardon Janvier continue de collectionner et d’exposer les objets d’art et tradition populaire de Martinique, collection commencée par ses parents. Dont un manège en bois typique de l’île, le « Chouval Bwa ». De la mise en valeur du patrimoine à l’innovation de filière, il n’y a qu’un pas.

Pourquoi cette histoire ?

À l’heure où l’agriculture française se cherche, voilà un modèle économique original et qui fonctionne. Certes, Anaïs Chardon Janvier dispose d’une énergie incomparable et d’une transmission. Mais elle ose le changement, prend des risques au service de son ambition, et n’a pas peur de l’échec. Elle s’assume pleinement comme chef d’entreprise. Et elle connaît ses atouts. Comme sa capacité à mobiliser, à mettre en pratique une idée et à faire avancer un projet de filière émergent. Bravo madame !

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