La cuma offre de nombreux avantages aux jeunes agriculteurs lorsqu’il s’agit de s’installer. Témoignage de deux éleveurs qui n’auraient pas pu faire leur installation en tant que jeune agriculteur avec la cuma.
L’accès au matériel en cuma, clé d’une installation réussie
Cela fait seulement deux ans qu’Anthony Pilaud est installé en vaches laitières et pommes de terre bio. « Je suis en Gaec avec mon ancien maître d’apprentissage, donc hors cadre familial », précise le jeune agriculteur.
« Lors de mon apprentissage, l’exploitation adhérait déjà aux trois cuma du secteur : celles de Vaugneray, de Pollionnay et des Vallées. Avec à la clé, des matériels comme l’ensileuse, le tracteur et l’andaineur à tapis, l’autochargeuse et aussi le séchage en grange de la cuma de Pollionnay. La facture annuelle s’élève entre 20 000 et 22 000 €. »
Anthony prend la mesure de l’aide que lui a apporté la cuma. « C’est simple, si une grosse partie du matériel n’était pas en commun, je n’aurais pas eu les moyens de m’installer. L’achat des parts pour le gaec aurait été trop important, surtout quand on voit le prix du matériel aujourd’hui, affirme-t-il.
Grâce à la mutualisation du matériel, j’ai pu racheter la moitié de la valeur de l’exploitation et investir dans l’agrandissement et l’amélioration d’un bâtiment pour les animaux. »
Redécouvrir les cuma à l’occasion d’une installation
Quant à Jean-Baptiste Coquard, c’est en 2017 qu’il s’est installé sur une partie de l’exploitation familiale. En chèvres laitières avec transformation fromagère et vente directe.
« Mon père ne travaillait pas avec les cuma du coin. Ce n’était donc pas un réflexe pour moi de m’en rapprocher », avoue-t-il. Et c’est un voisin qui a invité l’agriculteur déjà installé à venir à l’assemblée générale d’une des trois cuma.
« C’est vrai que je m’embêtais avec du vieux matériel souvent en panne mais sans avoir les moyens d’investir dans du neuf. J’ai d’abord adhéré à la cuma de Pollionnay pour du matériel de fenaison. Juste un andaineur et une faneuse. J’ai vite vu les avantages de travailler avec des matériels en bon état et à un tarif vraiment raisonnable. »
Un système non concurrentiel

L’andaineur à tapis de la cuma des Vallées, un matériel parmi beaucoup d’autres accessibles au deux jeunes installés. (©DR)
Jean-Baptiste change alors son fusil d’épaule. « J’ai revu entièrement ma chaîne de matériels. En propre, je n’ai qu’un tracteur équipé d’un chargeur. Tout le reste des matériels est dans les trois cuma. La facture annuelle se situe entre 10 000 et 12 000 € avec l’utilisation du séchoir en grange. Ça ne sert à rien d’essayer de calculer, on ne peut pas faire beaucoup mieux au niveau des charges de mécanisation. »
Au lieu d’investir dans du matériel, le jeune éleveur a amélioré son système de production. « Je me suis installé sur une surface de 13 ha dont 6 ha labourables et le reste en prairies. J’ai investi dans du foncier. J’ai maintenant 30 ha labourables, ce qui fait que je suis autonome à 95 % pour l’alimentation des animaux. C’était un objectif. La cuma a été un gros levier pour faciliter cette évolution. »
Un certain état d’esprit
Mais ce qui marque aussi les jeunes agriculteurs, « ce sont les échanges avec les autres adhérents », admet Jean-Baptiste. C’est grâce à eux que j’ai pu trouver des terrains. Grâce à ces discussions, j’ai en effet pu faire des progrès très rapides au niveau technique. Quand on débute, le fait de pouvoir parler de son travail avec d’autres adhérents permet de comprendre plein de choses, on progresse, on apprend. »
Des avantages mais aussi une façon de voir différente. « On apprend aussi à penser à l’autre. Quand il y a un coup de bourre, il faut que le travail avance et ne pas compter ses heures car derrière il y en a d’autres qui attendent le matériel. On ne peut pas forcer quelqu’un à travailler en collectif, il faut quand même un certain état d’esprit », reconnaît Jean-Baptiste.
Participer pour faire vivre l’outil cuma
Adhérer à une cuma, c’est bien, mais participer c’est mieux. « Il faut s’approprier la cuma pour que cela fonctionne. On ne peut pas se dire, je suis en cuma pour ce matériel et le reste ne m’intéresse pas. Quand on fonctionne comme ça, on casse la cuma », met en garde Jean-Baptiste.
S’approprier la cuma veut dire s’engager et prendre des responsabilités. C’est pour cela que Jean-Baptiste a pris la décision de participer aux décisions des cuma auxquelles il adhère.
« Je suis administrateur à la cuma de Pollionnay, à la cuma des Vallées et au bureau de la cuma de Vaugneray. Les adhérents sont détenteurs de parts sociales. Le fait de participer au comité d’administration ou au bureau, c’est être acteur de sa ou ses cuma. Ces structures font en sorte que les tarifs soient les plus justes possible, tout en ayant des matériels fréquemment renouvelés. Mais cela devient de plus en plus compliqué avec l’augmentation des prix. C’est pour cela qu’il faut participer pour en apprendre le plus possible sur la gestion car un jour ce sera à nous de le faire. »
Même avis pour Anthony Pilaud. « Je suis installé depuis seulement deux ans. Mon associé est au bureau de la cuma des Vallées. Bien entendu, je m’engagerai dans les cuma auxquelles nous adhérons. Bien les gérer et les pérenniser est un premier pas important dans la bonne marche de nos exploitations. Nous en profitons aujourd’hui mais il va falloir les diriger demain et les transmettre plus tard », conclut le jeune agriculteur.
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