Présidentielle 2017: encourager l’innovation sociale et collective !

Le national
tribune agriculture de groupe

Pour que développement rime avec mieux être, les agriculteurs doivent en être des acteurs essentiels.

17/03/2017 - 18:01

Trois responsables agricoles nationaux (Réseau Civam, Trame, Fncuma) signent cette tribune en faveur de l’agriculture de groupe. Elle est adressée aux candidats à la présidentielle.

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Quentin Delachapelle, agriculteur dans la Marne, Président de Réseau CIVAM, Karen Serres, agricultrice dans le Lot, Présidente de TRAME, et Luc Vermeulen, agriculteur dans le Nord, Président de la FNCUMA, ont co-signé une tribune qui défend l’agriculture de groupe. Elle est intitulée : Face à la crise agricole, encourager l’innovation sociale et collective ! Nous en livrons ici l’intégralité.

Notre agriculture subit une crise économique, sociale et environnementale qui montre la limite atteinte par les leviers mis en œuvre par le plan de modernisation de l’agriculture il y a plus de 50 ans. Le soutien à l’investissement est toujours considéré comme la clé d’une amélioration de la compétitivité de l’agriculture française. L’acquisition de matériels est le premier poste d’investissements hors foncier des exploitations de moyenne ou grande taille. Pourtant, si la courbe ne s’infléchit pas en France, on observe que le retour sur investissement est de plus en plus faible. L’indispensable transition du modèle agricole ne peut donc reposer simplement sur un saut technologique, elle induit une transformation profonde des métiers de l’agriculture. Réussir cette mutation nécessite de miser prioritairement sur l’accompagnement des collectifs locaux en marche vers une agriculture plus durable… ce que font déjà les réseaux Civam, Cuma et Trame.

Des transformations qui appellent des réponses multiples

La transition du modèle agricole vers l’agroécologie va au-delà de repérer, proposer, expertiser, valider de nouveaux systèmes biotechniques performants. Les agriculteurs ne sont pas des extracteurs de matières premières ni des opérateurs au service des filières. Etre agriculteur est un métier complet. Il ne suffit pas de produire des matières premières, il faut aussi être éclairé en agronomie, en mécanique, en construction, en comptabilité, en gestion, en vie collective et locale… Répondre aux attentes sociales en matière de qualité des produits, d’emploi, de relocalisation de l’alimentation, répondre aux défis du changement climatique et de la protection de l’environnement de manière générale impose une profonde transformation des métiers de l’agriculture, qui ne va pas de soi, loin s’en faut.
Dans ce contexte où il faut inventer de multiples solutions et non diffuser de manière uniforme. Les collectifs locaux constituent autant de laboratoires d’innovations sociales, organisationnelles et techniques adaptées à chaque terroir. La mise en oeuvre de l’agro-écologie implique de se réapproprier son outil de production. L’échange entre pairs permet de se donner les moyens de décider dans un monde complexe.

Des collectifs de personnes pour développer l’autonomie et accompagner la mutation

Au sein des groupes, le travail collectif est un facilitateur d’innovations portées et issues des membres eux-mêmes. Les transformations sont efficaces lorsqu’elles viennent des acteurs eux-mêmes. Les membres de nos collectifs sont des agriculteurs chercheurs, des salariés agricoles chercheurs dont la contribution à l’innovation technique, sociale, environnementale doit être pleinement reconnue, en complément du travail des scientifiques.

Au sein des groupes, la diversité des systèmes agricoles, des parcours, des modes de production concourt à l’intérêt collectif pour permettre à chacun des membres de trouver une place juste et reconnue. L’autonomie de l’agriculteur est respectée et le collectif est bien au service de la décision individuelle, comme le dit Pierre-Yves, un éleveur d’Ille et Vilaine en système pâturant économe : « c’est grâce au groupe que je prends mes décisions seul ».

Des démarches ascendantes pour faciliter les innovations ou les adaptations

Nos réseaux travaillent dans une logique de démarches ascendantes où la méthode prévaut sur la prescription. Il s’agit bien d’être au service des agricultrices et des agriculteurs, de leurs projets et de leurs idées. Cette approche ascendante est un puissant levier de transformation de l’agriculture.

L’animation de ces groupes est essentielle pour coordonner les réflexions ou les actions et pour créer les conditions que chaque agricultrice et agriculteur trouve les moyens de mieux vivre son métier au sein de fermes plus robustes, plus viables et plus vivables, ouverte sur l’ensemble des acteurs de la ruralité, bien au-delà de la simple fourniture de matière première.

Forts de nos expériences, nos réseaux ont tiré des enseignements des pratiques d’accompagnement et ont identifié des leviers d’actions pour favoriser le changement et permettre aux agricultrices et agriculteurs de co-construire leurs propres solutions en utilisant leurs propres ressources. La dynamique de ces collectifs divers doit être soutenue (et parfois tout simplement permise) par une animation reconnue, encouragée et financée.

Des Insertions fortes dans les territoires

Nos collectifs et leurs membres se veulent partie prenante de l’économie rurale et de l’insertion de leur activité dans le contexte local. Nos démarches permettent d’agir de façon adaptée à ce contexte. Nous œuvrons pour développer l’économie de nos territoires en partenariat avec une diversité d’acteurs locaux (collectivités, associations, entreprises privées ou coopératives, …).

Nos travaux contribuent à nourrir l’ensemble de nos concitoyens correctement et durablement en permettant au plus grand nombre d’exercer son activité. Nous voulons avoir de nombreux voisins, agriculteurs et ruraux, pour pouvoir, collectivement, mettre en oeuvre notre vision de l’économie rurale. Nos méthodes de travail visent à responsabiliser nos adhérents qui assument leurs décisions pour les avoir prises eux-mêmes et portent sur leur situation et celle du monde un regard constructif.

Priorité aux politiques publiques qui aident l’accompagnement des agriculteurs et des salariés agricoles vers des systèmes plus durables

Trop de politiques publiques se contentent aujourd’hui de soutenir les investissements individuels des agriculteurs, continuant à aggraver leur endettement au-delà du raisonnable et à accélérer la réduction des actifs agricoles et la concentration des moyens de production. Une ambition politique forte est indispensable pour véritablement prioriser les financements publics vers les démarches collectives. Ces démarches parce qu’elles sont collectives sont des leviers considérables pour l’innovation, pour le maintien des activités dans les territoires et pour une réelle prise en compte de l’environnement et des attentes de la société

Mesdames et Messieurs les candidats à l’élection Présidentielle, nous considérons que les modes de production et d’organisation doivent être contingents d’une perspective politique qui garantit la préservation des biens communs, le partage des ressources et des productions.

Mesdames et Messieurs les candidats, l’animation des groupes d’agricultrices, d’agriculteurs et de salariés agricoles est un pilier essentiel pour dépasser les crises qui secouent le monde agricole. Le financement de cet accompagnement collectif est le meilleur investissement dans le temps.

La mise en réseau est un démultiplicateur dans l’action. Nous attendons que vos propositions pour la prochaine mandature reconnaissent et soutiennent ces dynamiques collectives en agriculture. C’est le sens de cet appel lancé par nos trois réseaux nationaux de développement agricole et rural. Pour que développement rime avec mieux être, les agriculteurs doivent en être des acteurs essentiels.


presidentielle 2017 agriculture

Cliquez sur l’image pour accéder à notre dossier sur les élections présidentielles 2017.

Quentin Delachapelle, agriculteur dans la Marne, Président de Réseau CIVAM, Karen Serres, agricultrice dans le Lot, Présidente de TRAME, Luc Vermeulen, agriculteur dans le Nord, Président de la FNCUMA.
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