« Se passer de GNR, ça ne passera pas par un autre carburant merveilleux »

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« Se passer de GNR, ça ne passera pas par un autre carburant merveilleux »

Maîtriser sa consommaiton de GNR et trouver des alternatives : une question clé pour l'autonomie des chefs d'exploitations agricoles selon Gabrielle Dufour d'Agridées. (© Entraid)

Gabrielle Dufour examine les sujets "Énergie" et "Durabilité" pour le think tank Agridées, dont l'objectif est de réfléchir au futur des chefs d'entreprises agricoles. Elle a publié une note sur la dépendance, et donc une potentielle autonomie, par rapport au GNR. On fait le point.

Gabrielle Dufour a publié pour le think tank Agridées une note intitulée « GNR: fondement et défi de l’autonomie agricole« . En pleine crise des carburants, la prise de recul est salutaire.

Pourquoi le GNR est un sujet tabou chez les agriculteurs ?

Gabrielle Dufour. Les agriculteurs et les agricultrices subissent les hausses des coûts liés aux énergies, via le GNR, mais aussi les engrais. Tout en étant la variable d’ajustement économique de la chaîne alimentaire. Ils ne peuvent pas construire seuls la robustesse, ni assumer seuls les coûts de cette transition.

Remplacer le GNR n’est pas un simple changement de carburant. C’est tout un système de production, d’organisation, de fiscalité et de politiques publiques qu’il faut repenser. Un peu comme cela a été fait à l’après-guerre.

Lire aussi: « Détaxation des carburants: une succession d’occasions manquées »

Quel a été le déclencheur de la rédaction de cette note sur le GNR et l’autonomie agricole ?

Ce que nous vivons actuellement, la crise des carburants liée à la situation du détroit d’Ormuz, mais avant cela la guerre en Ukraine, c’est ce qui préfigure le monde qui nous attend, caractérisé par des crises multiples qui se superposent. Des crises de plus en plus importantes. Et une exposition directe des entreprises agricoles aux aléas des marchés à ces fluctuations et à cette instabilité. Et bien sûr aux aléas climatiques, de plus en plus intenses et nombreux. L’été 2026 marquera sans doute les esprits.

L’autonomie par rapport au GNR, et à l’énergie en général,  nous la voyons chez Agridées comme un levier de résilience pour l’entreprise agricole et une capacité pour les agriculteurs à gérer les risques nouveaux de ce monde qui arrive.

Comment abordez-vous l’autonomie énergétique des exploitations agricoles dans cette démarche ?

Dans nos travaux, nous avons identifié deux axes principaux :

  • la maîtrise des consommations ;
  • la production d’énergie.

Aujourd’hui, les deux principaux postes de dépendance de l’agriculture sont le GNR (énergie directe) et les engrais de synthèse (énergie indirecte).

Or, en France, les agriculteurs vivent une contradiction majeure. L’agriculture française produit près de 20 % des énergies renouvelables du pays, mais consomme quasi exclusivement des énergies fossiles importées. Le secteur participe à la souveraineté énergétique de la société sans construire la sienne. Ce qui le rend très vulnérable aux chocs géopolitiques.

Au-delà de ce paradoxe, les agriculteurs rencontrent une opportunité historique de construire leur autonomie énergétique. Mais aussi et de participer davantage à celle des territoires tout en créant de la valeur.
Le nouvel enjeu réside dans la maîtrise des usages, des débouchés et la valeur économique, dans un contexte où les règles du jeu ont profondément évolué.
Les agriculteurs vont devoir innover, mutualiser, se structurer et construire de nouveaux partenariats territoriaux.
Car la réponse à la dépendance au GNR ne viendra probablement pas d’une énergie de substitution unique. Elle passera par une combinaison de sobriété, d’efficacité énergétique, de production locale d’énergie et de nouvelles coopérations économiques.

Les agriculteurs seraient-ils les seuls concernés, si on changeait le « système GNR » ?

Non, bien sûr. Se passer du GNR, ça ne passera probablement pas par un autre carburant miracle, à coût acceptable et décarboné, qui le remplacerait.

Se passer du GNR, ça va passer par un changement dans tout le système de production alimentaire : l’organisation, la fiscalité jusqu’au à la politique. Il faut essayer de tout repenser, un peu comme on a fait à l’après-guerre avec le plan Monnet.

Cela impliquera une transformation plus profonde du système de production alimentaire. Cela passe par l’organisation du travail, l’équipement des exploitations, la mutualisation des matériels. Mais aussi le financement des alternatives, qu’il s’agisse de l’électrique, du bioGNV ou des biocarburants. Cette transition concerne donc bien davantage que les seuls agriculteurs et agricultrices.
Elle engage l’ensemble de la chaîne de valeur : constructeurs, coopératives, cuma, Eta, transformateurs, distributeurs, pouvoirs publics et, in fine, consommateurs. Chacun devra prendre sa part de l’effort et du coût de l’adaptation, qui sera colossal.
Chez Agridées, c’est précisément pour cette raison que nous nous adressons à l’ensemble de l’écosystème agricole et alimentaire. La question du GNR touche en réalité à celle de notre capacité collective à adapter l’agriculture aux nouvelles réalités énergétiques, climatiques et géopolitiques. Comme au lendemain de la guerre, il faudra peut-être se donner les moyens d’un grand plan de transformation, non pas de reconstruction, mais d’adaptation.

Si vous aviez un mot à adresser à celles et ceux qui construisent les politiques?

Si on veut se passer de GNR, nous n’allons sans doute pas avoir le choix, il va falloir écrire un nouveau contrat social avec l’agriculture. Un contrat qui reconnaisse à la fois les impératifs de décarbonation, les attentes de la société et la nécessité de préserver la viabilité économique des exploitations en valorisant à leur juste mesure les services rendus à la société.

Le défi est précisément là. C’est-à-dire articuler des objectifs qui sont souvent traités séparément, qu’il s’agisse du climat, de l’énergie, de l’environnement, de la souveraineté alimentaire ou de la compétitivité.
La transition ne réussira que si les politiques publiques parviennent à concilier ces dimensions plutôt qu’à les opposer. Car derrière le GNR se joue en réalité celle des conditions économiques, techniques et sociales d’une agriculture durable.

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